Archive | 26 février 2015

Le quinconce, tome 1 de Charles Palliser

Présentation de l’éditeur :

Nous sommes dans l’Angleterre du début du XXe siècle – celle des romans de Dickens – et nous découvrons avec le petit John Huffam, élevé dans un village perdu, la cruauté qui fonde les castes sociales et celle qui déchire les êtres. A l’occasion d’une rencontre avec une gamine de son âge, Henrietta, fille des chârelains de l’endroit, il croit comprendre que sa mère et lui, pauvres parmi les pauvres mais attachés au maintien d’une improbable dignité, sont mystérieusement apparentés aux propriétaires du vaste domaine voisin: Hougham, lieu de sinistre réputation s’il en est. Mais il s’agit là d’un secret qu’il vaut mieux ne pas trop creuser si l’on tient à avoir la paix- car « l’ennemi » dans la terreur duquel vit sa mère pourrait bien être plus réel qu’il n’y paraît…

Merci à Babelio et aux éditions Libretto pour ce partenariat.

Mon avis :

 L’action se passe dans un petit village anglais, quasiment coupé du monde. Rien d’étonnant : nous sommes au début du XIXe siècle, la révolution industrielle n’a pas encore commencé, et seule le passage de la diligence sur la grand route vient troubler le calme de ce village. Parfois, des étrangers traversent le village, il ne manque pas d’être repérés, puis chassés : ces chemineaux n’ont rien à faire ici.

Attardons nous dans cette belle maison, justement, là où ce chemineau vient de se faire rembarrer de la belle manière. Y vivent une femme seule, et son fils John, le narrateur de cet histoire, tout jeune garçon dont le lecteur suivra la croissance. Ils sont entourés par la nourrice, la cuisinière, une jeune servante, un jardinier aussi, occasionnellement. La jeune femme pourrait respirer la tranquillité – pas du tout. Les ordres sont stricts, son fils ne doit parler à aucun étranger (cette consigne n’est pas si différente de celles que donnent les parents contemporains à leur progéniture), son fils n’a pas le droit de s’aventurer dans telle ou telle partie du village. Il ne peut non plus poser des questions sur son père, ou sur le père de Sukey , la jeune domestique superstitieuse. Ses interdits lui pèsent-ils ? Il est un enfant, un enfant solitaire, qui n’a pour compagnon de jeu que sa mère, les lectures qu’elle ou sa nourrice lui font. Aussi transgresse-t-il parfois, les interdits, se questionne-t-il sur tout ce qui l’entoure, attentif aux symboles et aux objets.

Le quatrième de couverture compare ce roman à Dickens, et je ne puis qu’être d’accord. Il montre la misère noire qui sévissait jusque dans les villages les plus paisibles, la difficulté à simplement vivre – et je ne parle même pas « vivre décemment » pour les domestiques trop âgés pour servir, ou pour les jeunes domestiques en charge de leurq nombreux frères et soeurs. J’ai surtout pensé aux Contes des deux villes, pour les procédés narratifs (ah ! ce narrateur omniscient qui s’introduit jusque dans les logis les plus secrets de la capitale anglaise, qui suit pas à pas des êtres qui pourraient être des disciples de Fagin) et à David Copperfield, pour les descriptions particulièrement évocatrices, qui s’intègrent parfaitement au récit et  pour le destin contrarié de John. Sa mère a la douceur de celle de David, la naïveté aussi, sans pour autant être tombée dans les griffes d’un nouveau mari. Ses adversaires n’en sont pas moins redoutables, et elle semble terriblement démunie, terriblement seule aussi – et les paroles de Bissett sonnent comme autant d’inquiétantes anticipations.

Ce tome 1 du Quinconce est terriblement prenant. Quelles nouvelles épreuves attendent la mère et son fils dans les tomes suivants ?

Meurtres en neige de Margareth Yorke

tous les livres sur Babelio.com

Présentation de l’éditeur :

Que faire dans une station de ski, aussi charmante soit-elle, quand neige et vent vous empêchent de mettre le nez dehors ? Confinés dans leur hôtel, les vacanciers s’inventent des occupations. Mais celles-ci sont loin d’être innocentes… Il n’en faut pas plus pour éveiller la curiosité de Patrick Grant, venu prendre quelques jours de détente dans les Alpes autrichiennes…

Circonstance d’écriture :

Mon tout premier billet anglais après la fin du challenge God Save the Livre. Émotions.

Mon avis :

Je serai brève dans un premier temps : je me suis rarement autant ennuyée à la lecture d’un roman policier, j’ai rarement ressenti aussi peu d’émotions, même quand j’étais confrontée à une situation tragique (trois pages sur l’ensemble du roman, j’ai compté).
Pour quelles raisons ? Le tout premier chapitre était très prometteur, il semblait nous plonger dans l’action sans attendre. Il faudra plus de 170 pages pour que cette scène prenne un sens, et que d’ennui entre les deux.

Nous sommes ensuite confrontés à des touristes, venus plus ou moins bien skier sur des pistes blanches, noires ou rouges. Pendant ce voyage organisé, certains sont devenus amis, d’autres s’isolent. Liz, elle, en a assez de skier avec un moniteur, d’être seule (elle est divorcée, ses cinq années de mariage se soldèrent par un échec). Aussi, qu’elle n’est pas sa joie de retrouver Patrick, le charmant universitaire qui fit battre son cœur des années plus tôt, et qu’elle n’épousa pas, parce qu’il n’a pas songé qu’elle pouvait être amoureuse de lui  – et lui ne l’était pas d’elle.

L’intrigue s’emballe… Non. Les skieurs skient moins, le temps ne s’y prêtent pas. Du coup, ils dînent, dansent, des intrigues amoureuses se nouent et le lecteur continue à s’ennuyer ferme. Je ne passerai pas sous silence les doléances d’un éleveur de vison, les aléas de l’élevage de ses « sales bêtes » et le manque de bénéfice : l’éleveuse est contrainte de porter du faux vison. Un peu plus, et je verserai des larmes. De crocodiles, bien sûr. Ne parlons pas d’écologie en 1972. Ne parlons pas non plus de féminisme. Si la jeune mariée est abandonnée à l’hôpital par son tout jeune époux, qui a trouvé des bras consolateurs, cela dérange – un peu. Personne ne va cependant le traîner au chevet de sa femme – il a peut-être la phobie de la maladie, le pauvre chéri – ni lui dire ce qu’il pense de lui – sa femme n’avait qu’à épouser un meilleur mari. En fait, si, deux personnes agissent, l’une serait tentée de tout dire à la jeune mariée, mais l’autre (Patrick) la convainc de n’en rien faire : certaines jeunes femmes pas jolies et sottes sont faites pour être mariées, et avoir des enfants gentils mais sots. Elles seront très heureuses ainsi, et ne supporteraient pas de divorcer. Quelle perspicacité ! Non, ce n’est pas moi qui le dis, c’est Liz.

Et l’intrigue de démarrer enfin, au bout d’une centaine de pages. Oui, le meurtre sera résolu, par Patrick – les valeureux skieurs sont bloqués par la neige, il est le héros de la série, lui qui voit des meurtres là où d’autres ne voient que des accidents,  il était évident qu’il découvrirait le coupable, le mobile et tacherait que justice soit rendue. Il est bon qu’il ait réussi à tout trouver, parce que quasiment rien dans le récit ne laissait présager ce que les trente dernières pages révèleraient au lecteur. C’est d’autant plus dommage que les thématiques développées, pour être un peu datées, n’en étaient pas moins passionnantes.

 Meurtres en neige est à lire si vous n’avez pas d’autres romans sous la main. Si vous êtes coincé dans un chalet à cause de la neige, je vous recommanderai plutôt Le mystère Sherlock de J.M. Erre.

 

100142514.to_resize_150x3000