Archive | 11 février 2015

La symphonie pastorale d’André Gide

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Mon résumé :

Un pasteur entreprend d’écrire son journal, et de raconter sa relation avec Gertrude, sa protégée.

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Challenge cinéma chez Ostinato 

 Mon avis :

Je suppose que de nombreux professeurs et autres critiques littéraires se sont penchés sur ce livre, l’ont disséqué, analysé de bout en bout. Je n’ai jamais lu aucune analyse de cette oeuvre, et l’avis qui vient sera forcément personnel.

Mon premier contact avec cette oeuvre remonte à vingt ans, lorsque j’ai vu avec ma mère La symphonie pastorale à la télévision. Je garde en mémoire trois scènes : la rencontre avec Gertrude, sa première vision du pasteur quand elle a retrouvé la vue, et sa disparition. Et quand Gertrude a les yeux de Michèle Morgan….

Le récit prend la forme d’un journal tenu par le pasteur. Ce n’est pas qu’il soit un diariste confirmé, non, il tient un journal parce qu’il n’a rien de mieux à faire ce jour. Surtout, se méprenant dès le début sur le sens de l’écriture, il affirme raconter l’histoire de Gertrude, histoire qui est aussi la sienne.

Le pasteur n’est pas un homme naïf, ni un imbécile. Pourtant, le lecteur voit, comprend mieux que lui les raisons du ressentiment de son épouse, et je ne parle même pas des véritables sentiments qu’il éprouve envers Gertrude. Le pasteur n’est pas non plus un hypocrite. Il croit vraiment ce qu’il écrit – et il faudra les ultimes pages du roman pour que ses yeux soient enfin dessillés, mais bien trop tard.

Littérature à charge contre la religion protestante ? Le discours du pasteur m’a rappelé celui de bien des catholiques, plus attentifs aux autres qu’à leur propre famille. Le pasteur juge froidement ses enfants, ne comprend pas les soins dont sa femme les entoure. Ah ! le petit Claude qui pleure trop souvent parce qu’il fait ses dents ! Sarah, qui ressemble trop à sa mère ! Charlotte, même, la seule à manifester de la tendresse à son père – qu’il prend bien soin de distinguer de l’affection véritable. Quelles névroses peuvent bien habiter le coeur de cet homme, lui qui ne sait pas reconnaître l’amour des siens ? Se rêverait-il « autre » lui qui ne peut voir l’amour que dans les yeux de l’aveugle ?

Oui, la question de la religion entre largement en lignes de compte, et cet aspect peut largement rebuter le lecteur actuel. La controverse sur le péché, qui oppose Jacques à son père, la volonté d’enseigner un dogme le plus stricte possible face au désir de ne garder que le meilleur est au coeur du roman, et aura une influence sur le devenir de Gertrude. Dans le cheminement spirituel de Jacques, ce fils si obéissant, je vois plutôt la volonté de s’opposer à la puissance paternelle, en lui ôtant ce à quoi il tenait vraiment, et en se rendant à tout jamais inaccessible à son ressenti.

La symphonie pastorale aurait dû être un message d’espoir – et le meilleur ami du pasteur de conter que des aveugles ont pu mener une vie pleine de joie, en dépit de leur handicap. Il est surtout le livre qui remet en cause la charité, la bienveillance, interrogeant sur les raisons véritables qui poussent à bien faire, et nous renvoie à cet adage  : vouloir faire le bonheur des autres malgré eux, n’est-ce pas les conduire au malheur ?