Archive | 13 mai 2014

J’ai perdu tout ce que j’aimais de Sacha Sperling


Mon résumé :

Sacha Sperling revient en France, après être resté quelque temps en Californie. Il a écrit un premier roman, qui s’est bien vendu, un deuxième, qui n’a pas eu tant de succès. Son retour devrait lui permettre de renouer avec ses amis. Mais, quand on met en scène la vie de ses proches dans un roman, a-t-on encore des amis ?

Mon avis :

Ce roman, le troisième de son auteur, repose sur un concept intéressant : que se passe-t-il quand on écrit un roman autobiographique après ? Après le succès ? Après que tous les médias ont trouvé votre œuvre formidable, si criante de vérité, et vous ont désigné comme le nouveau petit prodige de la littérature ? Surtout, après que vos amis ont pu voir leur vie intime étalée noire sur blanc ?

Et bien, il ne se passe pas grand chose, si ce n’est un coup de théâtre littéraire,à la fin du roman, que certains résumés dévoilent déjà. Le jeune écrivain, qui a réalisé ses rêves, peine à écrire de nouveau. Il tente de s’acclimater à la dure vie parisienne – pas facile quand la femme de ménage fait n’importe quoi avec vos affaires. Il revoit ses amis, un peu, mais ne parviennent jamais à se dire ce qu’ils ont sur le coeur. Ils lui reprochent de ne pas l’écouter, ou de trop l’écouter. Après tout, qui sait s’il n’est pas en train, pendant qu’ils sont au restaurant, de prendre mentalement des notes pour son prochain roman ?

Ils ont changé, tous, et le narrateur essaie de nous faire comprendre que l’un d’entre eux a radicalement changé. N’exagérons pas. Aucun n’est SDF, aucun n’est inscrit à Pôle emploi, aucun n’a des enfants à charge. Ils ont des voitures de luxe, participent à des fêtes, boivent, se droguent, ont des relations sexuelles. Tout ceci n’est pas très important pour eux. Tout ceci est d’une vacuité folle.

Oui, la vision est déprimante, celle de cette jeunesse dorée qui a beaucoup, n’est pas très heureuse, mais s’accommode très bien de tout ce qu’elle a. La solitude de chacun m’a marqué, parce que personne ne se préoccupe réellement du bien être des uns ou des autres. Même les parents de Sacha ne s’inquiètent pas véritablement si leur fils ne répond pas au téléphone, ou s’il leur dit qu’il ne va pas bien. Cependant, je ne me suis jamais sentie touchée. Sacha est trop égoïste, trop imbu de lui-même pour que je m’inquiète pour lui – et sa paranoïa n’est qu’une des expressions de son égocentrisme.

Au fond, le personnage le plus intéressant est Augustin, l’ami trahi par le premier roman, parce qu’il est totalement absent de ce roman. Une grande explication entre lui et Sacha auraient sans doute paru trop banale au jeune auteur. Cette absente peut s’interpréter de plusieurs manières. Augustin n’est plus la « muse » de Sacha (qui n’est gay, aime-t-il à le rappeler), ou bien il a tourné la page, avec une sagesse que peu partage.

Qu’est-ce que ça m’a apporté d’écrire ? dit Sacha Sperling. Je voudrais simplement avoir des gens qui m’aiment.

Après ce roman, je me demande bien comment le jeune auteur pourra rebondir. Peut-être ne pourra-t-il pas, et s’orientera-t-il vers un autre domaine artistique.

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