Archive | 29 mai 2014

Sarajevo omnibus de Velibor Colic

-1-181-2Présentation de l’éditeur :

Sarajevo omnibus propose un portrait de la ville de Sarajevo à travers différents personnages historiques ou lieux emblématiques, qui ont tous un rapport avec la tragédie inaugurale du vingtième siècle : l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914. Ainsi nous rencontrons tour à tour Gavrilo Princip, ce jeune Serbe dont le geste déclencha le cataclysme de la Première Guerre mondiale ; Viktor Artamanov, affairiste russe illuminé, qui finança au nom du tsar l’aventure de la «Main Noire», organisation terroriste vouée à la libération de la Serbie du joug austro-hongrois ; le fondateur de la Main Noire, le colonel Dimitrijević dit «Apis», qui bâtissait ses théories grand-serbes en buvant de la slivovice dans un fameux bistrot de Belgrade ; Ivo Andrić, immense écrivain, Prix Nobel, qui appartint un temps à cette mouvance…

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Mon avis :

J’ai acheté ce livre au salon Passage de témoin de Caen. Le quatrième de couverture m’avait plu – et il s’inscrit parfaitement dans cette année 2014, qui commémore la Première Guerre Mondiale.

Il est question ici de l’événement qui déclencha tout : l’assassinat de François-Ferdinand, neveu de François-Joseph. Et si la chute de l’empire austro-hongrois avait commencé bien plus tôt, à la mort de Rodolphe ? Ou quand François-Joseph prit la décision de ne pas faire de sa petite-fille son héritière ?

Sarajevo omnibus est un roman, qu’on ne s’y trompe pas, un roman plus vrai que nature qui retrace l’histoire de ceux qui assistèrent à cet événement historique et de ceux qui l’ont préparé. Mesuraient-ils la portée de leur acte, ces jeune gens maladroits, aidés par une chance improbable ? Je ne le crois pas. D’autres, par contre, savaient parfaitement ce qu’ils faisaient, comme ces membres de la Gestapo, qui mirent toute leur énergie et leur folie à anéantir la communauté juive séfarade – en tentant aussi d’anéantir leur culture. Ainsi, la manière dont la Haggadah de Sarajevo fut sauvée est bouleversante, ne serait-ce que parce qu’elle dépasse les clivages religieux, et que ceux qui l’ont protégé ont trouvé la mort, à cause de la folie des hommes. L’auteur n’oublie pas l’histoire de la ville, et de ces monuments, comme celle du pont auprès duquel aura lieu l’attentat. Recueil de moments, de courts récits qui tendent tous vers cet événement unique.

En appendice, la vie rêvé du grand-père de l’auteur, dont on ne sait s’il faut en rive ou en pleurer. Il est presque le héros d’un conte, tant il surmonte d’épreuves, tant il perd tout, pour parfois tout retrouver. Les femmes qui partagent sa vie meurent jeunes, quand elles ne sont pas tout droits sorties d’un récit légendaire. D’ailleurs, les femmes meurent presque toutes dans la fleur de l’âge, dans ce récit, quand elles ne mettent pas fin elles-mêmes à leur vie.

Sarajevo omnibus ou l’occasion, pour moi, de découvrir une littérature que j’ignorais jusque là.

Louis Denfert, tome 5 : le royaume disparu

Présentation de l’éditeur :

Paris, 1898. Au jardin d’Acclimatation, les visiteurs se pressent pour admirer un village dahoméen postiche reconstituant le folklore du peuple d’Afrique de l’Ouest. Mais quand deux villageois sont retrouvés décapités, des bâtons à messages plantés dans le fond de la gorge, il n’est malheureusement plus question de représentation. Louis Denfert embarque alors pour le Dahomey, dans l’espoir de rapporter les premières images animées du continent noir, et s’élance sur les traces d’un insaisissable meurtrier…

Mon avis :

J’ai attendu longtemps cette nouvelle aventure de Louis Denfert, dont la parution a été annoncée, puis repoussée. J’ai lu cette histoire avec plaisir, mais sans ressentir de coup de coeur, contrairement aux précédents opus.

Nous sommes en 1898, personne ne s’oppose à la colonisation de l’Afrique. Il est normal que les peuples vaincus paient un impôt à leurs vainqueurs, il est normal que des occidentaux dirigent l’ex-Dahomey, et exhibent à Paris les membres de la tribu, sans chercher à approfondir les clichés qui circulent déjà sur les sauvages, sans se demander s’ils ne possèdent pas leurs cultures, leurs remèdes, leurs dynastie.

Un meurtre atroce a eu lieu ? Normal, ce sont des sauvages. Le mobile ? Ce sont des sauvages, vous dis-je. N’insistez pas, c’est inutile de chercher à comprendre leurs motivations. Ne nous penchons pas sur leurs querelles, cela ne nous regarde pas – mais attrapons tout de même le coupable, sans nous demander s’il l’est vraiment. Même Louis Denfert, qui est l’un des personnages à l’esprit le plus large de cette enquête, ne se pose pas trop de questions aux débuts. Il faut vraiment que le récit progresse, qu’il se lie presque d’amitié avec Figdabé pour qu’il se décide enfin à se lancer à la poursuite du meurtrier, et accompagne Albert, son ami légiste, dans une expédition sur le continent africain – Camille et Emile sont également de la partie.

L’Afrique : un retour à la maison pour certains, un retour aux sources pour d’autres, comme ce militaire américain défiguré, ou cet avocat, dont les aïeuls ont été vendus comme esclaves. Louis Denfert n’est pas le seul à s’interroger sur ses origines. Il n’est pas le seul à aimer la littérature, et s’il côtoie Proust, certains aiment particulièrement l’oeuvre d’Arthur Rimbaud et gardent jalousement le souvenir de l’homme aux semelles de vent.

Et pourtant….Les personnages passent presque comme des ombres. A peine le temps de s’attacher à l’un d’eux qu’il disparaît, assassiné par le tueur fou, qui n’a rien à envier aux autres tueurs en série que Louis et ses amis ont croisé jusque là. De même, Emile et Albert sont en retrait par rapport aux épisodes précédents, valorisant cette dizaine de personnes secondaires qu’ils croisent, avant de disparaître.

Le royaume disparu est une enquête en demi-teinte, comme une étape intermédiaire dans le voyage de Louis et ses compagnons. Où leurs pas les conduiront-ils ? Le mystère est entier.

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