Archive | 2 mai 2015

Cinquante nuances de Grey d’EL James

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Voici les billets des participantes à cette lecture commune :Philisine Cave qui a eu le courage de lire le livre en entier et de commencer le tome 2, Asphodèle , qui, comme moi, n’a pas terminé ce livre mais l’a apprécié à sa juste valeur, Zarline et  Syl . Merci à toutes pour votre soutien dans cette lecture pas franchement agréable.

Mon journal de lecture :

Comme je ne sais pas, au moment où je commence à rédiger, si je parviendrai ou non au bout de ce livre, je préfère tenir au jour le jour mon journal de lecture, et mes impressions.

Samedi 11 avril, 18 h 51 à 19 h 30 :

Après cette session, j’ai une bonne nouvelle : Sookie Stackhouse me paraît extrêmement intelligente à côté d’Ana. Pour quelles raisons ? Et bien, Sookie sait parfaitement qu’elle a des capacités intellectuelles limitées, mais pour s’en rendre compte, il faut tout de même qu’elle ait sacrément de la jugeote, non ? Ana, dès la première page, m’a énervée. Sa remarque sur ses cheveux ? Hautement instructive ! Ses études ? Je me demande même comment elle a pu rentrer à l’université, étant donné sa syntaxe ! Une chose est sûre : dès le départ, Ana est dominée par sa colocataire, qui lui fait faire près de trois cents kilomètres pour une interview qu’elle ne peut réaliser, la choupinette, parce qu’elle est malade. A la place d’Ana, je lui aurais dit que j’avais des révisions à effectuer, j’aurais révisé et… le roman se serait arrêté là. Mais Ana est une bonne petite bien soumise, elle fait ce qu’on lui demande sans réfléchir et sans même lire les questions posées en interview. Et pourtant, elle sait lire, mais comme cette prose n’est pas tirée d’un roman anglais du XIXe siècle, elle ne va pas s’attarder, non ?

Tous les clichés du roman à l’eau de rose sont réunis, je crois que je ne vous apprendrai rien. La pauvre Ana rougit, a des palpitations, a même du mal à respirer devant cet homme « beau à faire exploser les compteurs », p. 39, jeune, riche, puissant, sûr de lui, tellement sûr de lui qu’il en est à vomir (il a tous les droits, si j’ai bien compris sa citation de Carnegie p. 19). J’avais tout de même une bonne nouvelle à annoncer à Ana (si tu m’entends…) : tu es à Seattle ! S-E-A-T-T-L-E ! Qu’attends-tu pour te rendre au Seattle Grace Hospital et te faire examiner ? Ils ont de très beaux médecins là-bas.

Dernière chose : je ne puis supporter de lire autant de gros mots – et pourtant, j’ai lu des livres autrement tournés, mais bien mieux écrits. Je ne puis supporter non plus qu’Ana soit méprisante avec à peu près la terre entière. Elle manque de confiance en elle, cette petite, elle se juge insignifiante ? Alors pourquoi juge-t-elle si durement ses proches ? Sans doute parce que sa « modestie » est la forme ultime de l’orgueil.

Dimanche 12 avril, 14 h 09 :

J’ai lu jusqu’à la page 142 en compagnie de Rodéo et de Violette Désirée.

Et mon constat est simple : je ne tiendrai pas jusqu’au bout !

Le style reste égal à lui-même, rempli de grossièretés, pauvre, approximatif. Et le récit m’a non pas fait faire des bonds, mais scandalisée.

Prenons un épisode (corrigez-moi si je n’ai pas suivi) : Ana, ivre, est emmenée par Christian Grey, sous les yeux de ses prétendus amis, qui ne font rien. C’est de la non-assistance à personne en danger ! Le pire n’est pas tant qu’Ana ait eu la vie sauve – elle a plus de chance que d’autres femmes, dans la vie réelle, qui sont mortes parce que personne n’a bougé le petit doigt pour les aider – mais qu’elle s’en veut pour avoir causé tant de tourments à Christian : « Je suis vraiment navrée »p. 79. Y a-t-il un psy de garde au Seattle Hospital ?

Prenons un second épisode : la visite de la chambre des tortures. Ana n’a pas de gros problèmes avec sa déco (pour ma part, j’aurai pris mes jambes à mon cou !) et la pov’ chéri ne sait même pas ce qu’est un martinet. Un défaut de culture, je ne vous dis que cela ! Je ne vous parle pas non plus du contrat qu’elle doit signer, et dont les seules choses qui l’offusquent est qu’il lui paie ses vêtements (elle n’est pas une prostituée, non ?) et qu’il la force à faire du sport pour entretenir sa souplesse quatre heures par semaine. Soyons claire : pour ma part, je lui aurai fait manger son contrat, et sans sucre en plus (d’après un de mes élèves, le papier, avec du sucre, c’est meilleur). Je lui aurai peut-être même, telle Bree dans Desperate Housewife, collé une gifle en lui demandant si cela lui avait plu. Je vous laisse sur ses mots : la conscience d’Ana est en train de faire la sieste, et pour ma part, je me rends au salon du livre de Romilly sur Andelle.

Lundi 13 avril :

J’ai regardé cinq minutes Grey’s Anatomy, et j’ai beaucoup ri. Si, si, dans cette série, où toutes les actrices ne sont pas minces (il suffit de regarder Bailey et Callie), il est des moments fort comiques. Ces cinq minutes m’ont même inspiré un texte, publié le 16 avril sur le blog de Nunzi.

Mardi 14 avril :

Toujours rien lu de plus. Mais regardé un demi épisode de Grey’Anatomy. Même remarque que plus haut : c’est bien plus intéressant !$

Mercredi 22 avril :

Oui, je sais j’ai mis du temps avant de rouvrir ce livre. J’en suis à la page 208, et je trouve toujours qu’Ana mérite un prix pour sa bêtise. Déjà, elle signe le contrat… pour ma part, je l’aurais fait bouffer à Christian (et si, je vous assure que je m’en sens capable) avant de tourner les talons. A propos de « bouffer », sait-il qu’il doit consulter à propos de son obsession de la nourriture ? Celle-là, et toutes les autres, bien entendu, il en a au moins pour cent cinquante ans de thérapie. Le fait qu’il force Anna à terminer son assiette (non, je ne la lui aurais pas lancé à la figure… j’aurais donné le restant à mon berger belge – accessoire indispensable pour faire disparaître les restes alimentaires) est hautement infantilisant, et rappelle des méthodes éducatives hors d’âge – les mêmes qui impliquaient l’usage du fouet. Pour le reste… C’est vraiment Oui-Oui : Ann=a rencontre la mère de Christian, Ana dort avec Christian, Ana prend un bain avec Christian (comme si Anna était la toute première femme de la littérature à prendre un bain avec son chéri, je vous renvoie à Anita Blake, tueuse de vampire), Anne veut coucher à nouveau avec Christian – ou comment une jeune vierge innocente est devenue une obsédée sexuelle en une nuit. Et les « bébé » à tout bout de champ… Retenir son prénom doit être trop fatiguant pour les pauvres neurones surchauffés de Christian. J’ai posé le livre sans remords, Rodéo s’est couché dessus, tant mieux !

 Mardi 28 avril :

J’en suis à la page 262 (si, si) et je sens que je ne tiendrai pas plus longtemps. Au secours, à l’aide, à moi, où sont mes neurones ??? Que retenir ? Christian est un manipulateur à peine intelligent – non, parce que, quand on a une Ana en face de soi, on peut laisser son intelligence au placard, il suffit de sortir son outil de travail préféré et le tour est joué. Christian, avec ses obsessions sur la nourriture, me semble sorti d’une tout autre époque – et le nombre de fois où, dans la vie réelle, je lui aurais dit d’aller se faire voir, là aussi, cela vaut son pesant de cacahuète. Je ne vous parlerai pas non plus de la meilleure amie d’Ana, parce que, quand on a une meilleure amie pareille, qui trahit vos secrets, on n’a pas du tout besoin d’ennemi. Je retiens aussi un passage tiré de Twilight, dans lequel la pauvre maman ne peut pas se rendre à la remise de diplôme de fifille, parce que son con-joint est gravement blessé, il a une entorse. Quand j’étais petite, je classais les problèmes de santé en deux catégories : ceux qui risquent de te tuer, et les autres. « Entorse » entre dans la catégorie « autres ». J’ajoute, pour tous ceux qui passeraient ici, et me diraient que la littérature, c’est plus fort que la vie, que cela reste leur point de vue, et qu’il a intérêt à être bien argumenté. Ensuite, j’ai une pensée pour un de mes proches qui, voici deux ans, a survécu à une chute spectaculaire avant de ramper jusqu’au téléphone pour appeler les secours. C’est vrai qu’il a dû rater lui aussi des événements importants dans sa vie familiale (je vous épargne la liste de ses blessures – par contre, sa tronçonneuse va bien, merci) mais il n’a pas retenu  sa femme à son chevet quand un événement familial important l’appelait.

Jeudi 30 avril :

Je n’ai même pas eu envie d’écrire hier, c’est dire…. Je signale donc mon abandon par KO à la page 342. Que se passe-t-il de particulier à cette page ? Oh, rien de plus, rien de moins que les pages précédentes. Simplement, assise entre Rodéo, en train de subir son inhalation, Cacao, qui digérait plus ou moins bien son traitement pour son abcès dentaire, et Nunzi, aveugle depuis presque cinq ans, je me suis dit que j’avais mieux à lire que cette niaiserie. La preuve : j’ai commencé Le détroit du loup d’Olivier Truc.

Pour en terminer avec 50 nuances, je ne supporte plus ni la bêtise d’Ana, devenue subitement obsédée sexuelle, ni les manipulations de Christian. Là, c’est bien plus grave de faire croire à une fille que l’on a fait souffrir physiquement qu’elle le méritait. Plus grave de strictement tout régenter dans sa vie – et quand je dis « tout », c’est « tout », j’ai simplement la paresse de vous dresser une liste exhaustive. Le message envoyé aux jeunes filles qui lisent ce livre est absolument désastreux. J’ai coutume de répéter cet axiome aux personnes que l’homosexualité choque : ce qui se passe dans une chambre entre deux adultes consentants ne nous regardent pas. Je le pense toujours, mais dans 50 nuances, cela va bien au-delà de la chambre, cela ne s’arrête jamais. Et cette domination masculine me ramène malgré moi aux années 50 (merci le titre du roman pour ce rapprochement) dans lequel le mari décidait de tout pour son épouse, de son droit à travailler en passant par sa façon de s’habiller ou de se maquiller (ou plutôt de ne pas se maquiller). A croire qu’EL James a potassé le manuel de la parfaite épouse de ses années-là avant d’écrire son roman, si ce n’est que la ménagère des années 50 aurait été outrée de lire tant de gros mots. Les romans à l’eau de rose qu’elle lisait (je vous renvoie à La femme du boulanger de Marcel Pagnol) semblent bien innocents.

Je terminerai par la conscience d’Ana, qui est toujours ennuyeuse dès qu’Ana l’évoque (surtout qu’elle ne l’écoute jamais) et je n’ai même pas envie d’évoquer la déesse intérieure d’Ana, concept sur lequel je refuse de me pencher. Et c’est ainsi, entre deux soins à mes chats, que je termine ce billet sur la LC autour de 50 nuances de Grey, jeudi 30 avril à 11 h 01.