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Corbeaux de Vidar Sundstol

Présentation de l’éditeur :

Son frère Andy est-il un assassin ? Hanté par cette question, Lance fuit les forêts du Minnesota marquées par la mort. Mais sa nièce Chrissy lui demande de l’aide : Andy est devenu fou et cadenasse la jeune fille. Lance découvre que Chrissy était présente sur les lieux du crime le soir du drame. Les bois cachent-ils encore d’autres ombres ?

Mon avis :

Toi et moi, on est comme des corbeaux qui traversent les épreuves de l’hiver. On résiste à tout. Rien ne peut nous abattre, p. 245.

J’ai laissé passé trois ans et trois mois entre ma lecture du tome 2 et  celle du tome 3 – en partie par peur d’être déçue par cette lecture. Et bien, ça y est, c’est fait, j’ai lu et je suis déçue.

Deux mois se sont écoulés entre la fin du tome 2 et le début du tome 3, deux mois pendant lequel Lance Hansen a fait croire qu’il était parti en Norvège alors qu’il n’était pas loin, au Canada. Il se décide à revenir, passe négligemment voir sa vieille mère, Inga, à qui il s’est débrouillé pour envoyer des cartes postales depuis la Norvège, puis enquête à nouveau. Son but ? A la fois innocenter celui qui croupit en prison, prouver la culpabilité de son frère Andy et rendre justice au jeune norvégien assassiné.

Ce troisième tome comporte nettement moins de substance que les autres. Certes, nous en apprenons un peu sur la culture ojibwa, nous découvrons Lance en train de tenter de rêver à nouveau, mais je n’ai pas ressenti à cette lecture la force et l’émotion qui se dégagent des pages écrites par Craig Johnson. Peut-être parce qu’il y a une différence essentiel : Walt Longmire agit pour les autres, avant tout, Lance Hansen agit pour lui, en oubliant un peu (beaucoup) ceux qui l’entourent. Parfois même, cela vire à la bluette sentimentale (si, si, je vous assure) et j’ai eu du mal à cacher mon ennui, pour un livre qui pourtant se lit très facilement. J’ai dû d’ailleurs faire des retours en arrière parce que, par moment, j’avais l’impression d’avoir déjà lu tel ou tel passage.

Lance Hansen a des excuses… Il découvre que des membres de sa famille lui ont menti depuis… fort longtemps. Peut-être aussi parce que lui non plus n’a pas pris la peine de poser des questions, d’aller au-delà des apparences. Un comble pour un policier qui n’a pas vu ce qui se passait pas très loin de chez lui. S’intéresser au passé, c’est bien. Regarder le présent aurait été mieux. A Lance de regarder vers un avenir qui n’offre pas des perspectives très réjouissantes, comme le montre l’épilogue.

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Soleil de nuit de Jo Nesbo

Soleil de nuit.
Edition Gallimard – 224 pages.

Présentation de l’éditeur :

Chargé de recouvrer les dettes pour le Pêcheur, le trafiquant de drogue le plus puissant d’Oslo, Jon Hansen, succombe un jour à la tentation. L’argent proposé par un homme qu’il est chargé de liquider permettrait peut-être de payer un traitement expérimental pour sa petite fille, atteinte de leucémie. En vain. Trouvant refuge dans un village isolé du Finnmark, et alors qu’il est persuadé d’avoir tout perdu, Jon croise la route de Lea (dont le mari violent vient de disparaître en mer) et de son fils Knut. Une rédemption est-elle possible ? Peut-on trahir impunément le Pêcheur ?

Mon avis :

Je ne suis pas une grande fan de la série Harry Hole, infiniment noire. Peut-être est-ce pour cette raison que j’ai aimé ce roman.
Le narrateur est un héros de roman noir. Encaisseur raté, exécuteur malgré lui, il est en fuite pour avoir volé de l’argent – et ce ne fut pas suffisant pour sauver celle qu’il aimait. Il se retrouve dans une petite communauté où les Laestadien dominent – nous les avons déjà rencontrés, si vous aimez les policiers nordiques, dans Le détroit du loup d’Olivier Truc. A mes yeux, leurs conceptions religieuses ne les empêchent pas de profiter de la vie, elles les empêchent de vivre tout simplement. Je ne vous parle même pas du sort des femmes, tout sauf enviables.
Alors oui, ce roman est un mélange de roman noir et de mélodrame – ou plutôt la femme fatale de ce roman n’est pas vraiment celle que l’on croit. L’humour du narrateur permet, parfois, de voir un peu de lumière dans un univers bien sombre et les retours en arrière nous permettent de savoir comment tout cela a pu survenir.
Sans doute pas le meilleur roman de Jo Nesbo, mais une lecture agréable cependant.

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Au revoir et bon vent (et la pluie d’automne) de Tormod Haugen

Présentation de l’éditeur :

Parce qu’ils ont juré de s’aimer toute la vie, Grégoire offre à Gloria une bague avec une pierre bleue et Gloria donne à Grégoire une bague avec une pierre rouge. Mais un jour, Gloria trouve abandonnée dans l’herbe du parc la bague de Grégoire. Grégoire l’a-t-il perdue ? Grégoire l’a-t-il jetée ? Grégoire aime-t-il encore Gloria ? Et pourquoi est-il en retard à leur rendez-vous ? Gloria ne trouve pas de réponse à ses questions.

Mon avis :

Grégoire et Gloria vivent une tendre histoire d’amour, comme seuls les enfants peuvent en vivre. Les obstacles ? le quotidien, déjà, les séparations nécessaires, qui ne sont pas, comme pour les adultes, la semaine et le travail, mais bien le week-end en famille. Ils sont jeunes, et pourtant, ils se posent déjà des questions sur leur histoire, sur les mots qu’ils se disent; les présents qu’ils échangent. Sur cette sensation de manque qu’ils ressentent quand ils sont séparés. L’écriture, très poétique, participe grandement au plaisir de lecture. Un livre à conseiller !

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Chasse à l’ange

Edition Rouergue – 218 pages.

Présentation de l’éditeur :

L’île de Marøya a mauvaise réputation. Certains disent même qu’elle est hantée. Est-ce pour cette raison qu’une association d’aide aux drogués l’aurait quittée en 24 heures ?
Engel Winge, la jeune journaliste du journal local, n’est pas du genre à croire ce genre de rumeurs. Et pourtant…
Après Aile d’ange, premier volume de ses aventures, Engel s’illustre une nouvelle fois par son audace et son obstination. Son enquête l’entraînera jusqu’à Berlin…

Mon avis :

Ne vous génez surtout pas pour dire que je suis vieux jeux, réactionnaire, etc, etc…J’assume totalement ce que je vais dire après la lecture de ce roman de littérature jeunesse qui, pour moi, n’en est pas un. En tout cas, je ne le donnerai pas à lire à un adolescent de moins de seize ans.
L’héroïne a 17 ans, et ne se comporte pas comme une adolescente. Que la mort de sa mère, l’éloignement de son père, homosexuel non assumé vivant au Japon l’ait fait murir, soit. Son comportement, ses paroles, le fait qu’elle semble travailler à plein temps et traite d’égale à égale avec Patrick, le rédacteur en chef, ou Ole, le policier, ne la montre pas mature, pas même comme une adolescente qui tente des expériences (à ses dépends) mais comme une adulte qui n’a plus de compte à rendre à personne et sombre dans les excès. Je vous épargne la teneur de certaines conversations avec sa meilleure amie, je n’en ai jamais tenue de telle malgré mon grand âge. Certes, vers la fin du récit, elle rêvera de mener une vie totalement indépendante, comme une jeune femme qu’elle croisera – Engel ne se rend pas compte des libertés dont elle a déjà la jouissance.

Quant au mélange fantastique et policier, je l’attendais, et je ne l’ai pas vraiment trouvé. Pas vraiment de fantômes, presque personne n’y croit de toute façon, mais des pistes qui ne sont pas toutes abouties ou explorées. Je suis un peu lasse de ses romans policiers où les coupables peuvent agir en toute impunité et ne pas susciter plus de réactions que cela de la part de la police. Est-ce ainsi que la justice est rendue en Norvège ? Si oui, l’image qui est donné du pays n’est pas flatteuse. Elle l’est rarement, quel que soit les livres de littérature norvégienne « jeunesse » que j’ai pu lire.

Chasse à l’ange est un roman que je n’ai pas vraiment envie de recommander.

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Le professeur Séraphin et la fn du monde (ou presque) de Jo Nesbo

le-professeur-sc3a9raphin-et-la-fin-du-monde-ou-presquePrésentation de l’éditeur :

Bulle et Lise ont remarqué des phénomènes inquiétants : des chaussettes disparaissent, de drôles d’empreintes apparaissent sur le sol, leurs proches ont des défauts d’élocution bizarres… Et tout le pays est rivé à sa télévision pour suivre un concours de chant populaire… Le vainqueur est un certain Tenoresen, qui s’avère être un tyran : il a hypnotisé les foules pour renverser le roi et prendre sa place avec ses soldats, d’affreuses créatures aux pieds griffus.
Mais ce que les gens ignorent, c’est qu’ils se nourrissent de chair humaine… C’est la terreur ! Bulle, Lise et le Pr Séraphin ont peur que ce soit fin du monde. Ils décident alors de sauver la Norvège, et la fameuse poudre à prout leur sera d’une aide précieuse !

Mon avis :

Je n’aime pas Jo Nesbo auteur de romans policiers, j’aime beaucoup le Jo Nesbo romancier pour la jeunesse. Passer de l’un à l’autre sans y laisser sa plume est un exploit – sans doute parce que ce troisième tome comporte deux niveaux de lectures.

Nous retrouvons ici les trois héros des deux tomes précédents, Lise et Bulle, que leurs excellents résultats isolent. Ils ont toujours peur sur le trajet de l’école, à cause de leurs deux voisins, deux ogres en puissance dans un récit qui n’est pas un conte – visiblement, le bien-être à l’école n’est pas un mot d’ordre en Norvège. Ils sont toujours amis avec le professeur Séraphin, dont les inventions pourraient bien révolutionner le monde – ou pas.  Heureusement, ils peuvent compter sur la fermeté de leurs professeurs pour passer des heures presque paisibles, telle madame Strobe, dont le regard, la voix et la gestuelle sont redoutables pour ceux qui ne respecteraient pas les règles.

Comme dans tous les pays du monde (vive la mondialisation), les télé-crochets battent leur plein, et des millions de téléspectateurs sont hypnotisés par les prestations de certains chanteurs, au point de tout oublier – ou presque. Caricatural ? A peine. Seulement, quand cet hypnose collective se révèle bien réelle et a pour but de dégommer les hommes, il ne reste qu’un espoir : ceux avaient mieux à faire que s’abrutir devant la télévision. A condition que leur maman ne leur ait pas signé un mot d’excuses (Note : avec la mère de Bulle, cela ne risque pas).

Nos héros vont alors vivre des aventures toutes plus invraisemblables les unes que les autres, entamer une odyssée à travers tout le pays, utilisant des moyens de transports plus ingénieux les uns que les autres, et pas forcément les moins périlleux. Les opposants ? Tous, ou presque – heureusement, certains sont très paresseux. Les adjuvants ? Disons qu’ils ont tous de grandes différences avec des êtres dit « normaux ». Mais qu’est-ce que la normalité, je vous le demande ? Faire la même chose que tout le monde ? N’est-ce pas ennuyeux au possible ? Et un peu lâche parfois aussi ?

Pas de doute, dans son récit, Jo Nesbo a emprunté aux heures les plus sombres de l’histoire européenne, jusque dans le nom du leader des caméléons. Quant aux supplices réservés aux opposants, s’ils peuvent faire sourire au départ, nous nous orientons rapidement vers un détournement des conventions internationales qui rappellent aussi de douloureux souvenirs. Je n’ai garde d’oublier le personnage de Béatrice, qui a elle toute seule rappelle à quel point on peut être aimée, puis focaliser toute la haine de ceux qui ne se sont pas engagés. Un excellent roman à lire, en accompagnant sa lecture.

Je terminerai par cette citation, très révélatrice :

– Tout le monde n’a pas l’étoffe d’un héros, explique Mme Strobe. La plupart des gens veulent juste vivre en paix et mener leur petite vie tranquille sans être trop dérangés par les autres.

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Cela n’arrive jamais d’Anne Holt


Mon résumé :

Une présentatrice télévisée a été retrouvée assassinée, la langue tranchée et fendue. Elle animait une célèbre émission de télé-réalité permettant à des familles de se retrouver. L’enquête policière piétine, un nouveau meurtre, tout aussi sanglant, est perpétré. Un serial-killer serait-il à l’oeuvre ?

ob_f8548a_chall-nordique1Mon avis :

Je me croyais réconciliée avec la littérature norvégienne grâce à Anne Holt, je me rends compte après avoir reposé cet ouvrage qu’il n’en est rien. Autant j’ai apprécié les deux précédents romans que j’ai lu, autant celui-ci m’a déçue.

Il faut aimer les polars qui consacrent la moitié de leur ouvrage à la vie privée de leurs enquêteurs, et ce n’est pas mon cas. Je reconnais cependant qu’elle est attachante, la petite Kristiane, fille d’Inger Johanne Stubo. Chacun de ses parents (mère, beau-père, père) réagit différemment à son handicap, encore mal cerné (dans le dernier tome paru de la série à ce jour, il sera question d’une forme d’autisme), mais aucun ne la rejette, tous prennent soin d’elle selon leur ressenti, et, parfois, des accrochages ont lieu entre celle qui veut que Kristiane s’adapte, et ceux qui s’adaptent à elle. La naissance de Ragnild bouleverse également le couple. Inger se demande si sa seconde fille sera différente de l’aînée, Vik, le père, déjà âgé (il a un petit-fils de six ans) tourne ainsi la page de la mort accidentelle de sa première femme et de sa fille aînée, dont il a eu tant de mal à se remettre.  Bref, la vie privée déborde largement – à moins que l’on considère que l’enquête ne s’invite dans la vie privée, puisque Stubo travaillera sur le dossier pendant son congé maternité, officieusement : c’est son mari qui est un  des enquêteurs, pas elle. Disons que ses compétences (elle a été formée par le FBI) devraient faire merveille, même si elle reconnaît qu’établir un profil est difficile.

Sauf que… nous sommes déjà à la moitié du roman quand une piste apparaît. Si le sujet avait été traité par un auteur français (voir même par un scénariste de séries télévisées), elle aurait émergé bien plus tôt. Je me suis interrogée sur les raisons de cette découverte si tardive d’un indice aussi capitale et qui était écrit noir sur blanc sur le rapport du médecin légiste. Naïveté des personnages, peu confrontés à ce genre de situation, surtout à notre époque ? Culture norvégienne, qui n’a pas intégré cette « possibilité » (je ne veux pas en dire trop) alors qu’en France, ou aux Etats-Unis, c’est un ressort banal d’une intrigue policière.

Restent les meurtres suivants, et le fameux tueur en série qui ne s’attaque qu’aux personnalités en vue. J’aurai aimé vous dire que sa personnalité, très riche, vaut le déplacement, que ses mobiles sont hors du commun, et que sa confrontation avec les enquêteurs est palpitante. Et bien, non. Entendre son point de vue est ennuyeux, ses mobiles ne m’ont pas fait frémir et s’il s’en prend aux enquêteurs, j’ai plutôt vu des personnalités banales en train de se mesurer les uns aux autres qu’un choc des titans. Vik et Stubo ne sont ni Erlandur, ni Kurt Wallander, pour citer d’autres policiers nordiques. Et même si les thèmes se rapprochent, nous sommes très loin d’un Jack Taylor.

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Bienheureux ceux qui ont soif d’Anne Holt

couv52369534.pngMon résumé :

Hanne, 34 ans, est une enquêtrice hors pair de la police criminelle. Très apprécié de ces collègues, elle leur cache pourtant un secret : Cécilia, sa compagne depuis quinze ans.
La brigade a fort à faire, avec les massacres du samedi soir. D’immenses flaques de sang sont retrouvés, sans que l’on sache s’il s’agit de sang humain ou de sang animal. Les analyses sont longues. Un samedi soir, le 29 mars, Kristine, jeune étudiante en médecine, est violée en rentrant chez elle. Pour Hanne, chargée de l’enquête, c’est un des pires crimes qu’il soit – et l’un des moins faciles à résoudre. Les deux affaires sont-elles liées ?

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Mon avis :

J’ai commencé ce roman hier soir, et je l’ai lu quasiment d’une traite.

Excellent ? Oui, sans aucun doute. Effrayant ? Oui, aussi.

L’auteur, avocate spécialisée dans les droits de l’enfant, ex-ministre de la justice, dresse un portrait sans concession de son pays et de sa police, absolument débordée. Les policiers accordent toute leur attention aux meurtres (encore heureux), mais en sont réduits à classer les affaires de viols, faute de preuves. Les analyses prennent du temps, et si le coupable n’est pas déjà fiché, il ne court quasiment aucun risque d’être arrêté, à moins d’être un étranger. C’est bien connu, dans ce pays où tout va bien, ce pays pas raciste du tout, le coupable est forcément un étranger, en attente de régularisation. De là à dire qu’ils sont responsables de la montée de la criminalité dans le pays, il y a un pas que certains policiers ont déjà franchi allégrement – et je ne vous parle pas de ceux qui abusent de leur petit pouvoir.

Fait rare dans les romans policiers, cette oeuvre n’est pas centrée sur le coupable – pour ma part, j’en ai plus qu’assez de lire ce qui se passe dans le cerveau tordu du tueur – mais sur la victime. Contrairement à certains livres « bien de chez nous », la victime ne se remet pas immédiatement de ce qu’elle a vécu, elle n’est pas prête du tout à pardonner à celui qui a brisé sa vie. Essayer de se reconstruire ? Il faudrait d’abord qu’elle parvienne à vivre, à parler, à se confier à la personne qui lui est la plus proche. Seul problème : cette personne, c’est son père, et il souffre autant que sa fille de la voir ainsi. Ni l’un ni l’autre ne peuvent parler de ce qui est arrivé, encore moins se parler. Très vite, devant l’inertie et l’impuissance de la police, ils mènent leur enquête, chacun de leur côté, animé non par le sens de la justice (que fait-elle pour eux) mais par la vengeance.

Pas de vengeance dans ce beau pays scandinave, dit-on. Pas de violence, pas de brutalité. Les mots, crus, sont là pour prouver le contraire. Pas de racisme non plus – mais la joie de dénoncer un voisin que l’on juge suspect. La France des années quarante n’a pas le monopole de la dénonciation.

Bienheureux ceux qui ont soif est une œuvre âpre, qui donne une image sans concession de la Norvège.

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Aile d’ange d’Ingelin Rossland.

tous les livres sur Babelio.com

Présentation de l’éditeur :

Deux mois de stage dans un journal local, sur une île paradisiaque de Norvège, c’est une façon sympa de passer son été.
Mais Engel a une grande gueule et une fâcheuse tendance à se faire des ennemis.
Et comme elle n’est pas du genre à écrire de gentils articles sur la kermesse du coin, elle va mettre son nez et son appareil photo un peu partout… au risque de foncer tête baissée dans ce gui pourrait être sa première et dernière enquête.
Un polar nordique haletant.

Mon avis :

J’ai terminé la lecture de ce livre il y a quelques jours, j’ai beaucoup aimé le lire, mais (et le mais est de taille) mon avis n’est pourtant pas très positif.

Pourquoi ? Parce que ce livre est un roman de littérature jeunesse, et il devrait à mon avis, n’être destiné qu’à de grands adolescents (15/16 ans minimum). En effet, certaines scènes sont très précises, pour ne pas dire traumatisantes – la preuve, l’héroïne se rappelle de l’une d’entre elles à plusieurs reprises. Le vocabulaire est lui aussi très cru. Certes, je ne me fais pas d’illusion sur le fait que nos chers têtes blondes ne soient très avertis, néanmoins un avertissement ne semble pas de trop !

L’héroïne en elle-même a une vie hors-norme. Elle a 16 ans, elle est stagiaire dans un journal – et j’aimerai bien lire sa convention de stage tant elle fournit de travail. Sa mère est morte des suites d’une longue maladie, son père vit au Japon, et semble plus agir en copain qu’en père vis à vis de sa fille – il vit au Japon avec son compagnon. Engel est élevée par sa grand-mère, fort sympathique au demeurant, qui partage la vie d’un jeune artiste. Cette jeune grand-mère – elle a 55 ans – est à mes yeux l’un des rares adultes à être sympathique dans cette histoire.

Qu’a bien pu vivre Engel pour n’avoir strictement aucune confiance en les adultes ? Quoi qu’il lui arrive, y compris des faits très graves, elle ne se confiera à personne. Elle s’alcoolise également, terme correct pour dire qu’elle se saoule régulièrement – la méthode utilisée par sa grand-mère pour éviter qu’Engel ne boive avec excès est pour le moins surprenante et prouve qu’il n’y a pas qu’en France, quoi qu’en disent certains observateurs, que l’on goûte très tôt à l’alcool. Signe de son mal-être ? Bien sûr, tout comme les risques qu’elle prend.

La jeune fille enquête, constamment, sur les scandales écologiques, d’abord, sur les collusions pas très jolies entre la presse locale et la municipalité. Bien qu’elle se heurte aux autorités locales et qu’elle ne soit guère soutenue par ses collègues – à une exception près, et encore – tant ils profitent de certains avantages, elle se montre particulièrement débrouillarde, pleine d’énergie et de ressource pour parvenir à ses fins.

Aile d’ange dresse un constat bien noir de la société norvégienne, plus préoccupée par la recherche du plaisir individuel, du profit, que par les grands problèmes du XXIe siècle. Heureusement que des Engels, et d’autres encore, déploient leur énergie pour faire bouger les choses – même si les dénouements ne sont pas toujours roses.

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Seuls les morts ne rêvent pas.

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Quatrième de couverture :

« Et si c’était lui, le mort et les autres, les vivants ? Et qu’il ne pouvait pas les voir parce qu’il se trouvait déjà de l’autre côté du mur
invisible de la mort ? Seuls les morts ne rêvent pas. C’était peut-être  pour ça qu’il ne voyait pas d’autre être humain qu’un Indien dans de
vieux vêtements ? Parce que Lance était mort et l’Indien aussi, et que les morts ne voyaient que les morts… »

Cap au Nord
V. S.

Mon avis :

Le titre en lui-même est sublime. Il est de plus parfaitement justifié par le cours de la narration.

A une époque où il est extrêmement facile d’écrire des suites parce que le premier tome a eu un gros succès, cette trilogie échappe – je l’espère – à la règle en constituant un tout en elle-même.

Ce qui fait sa singularité est le changement entre les deux tomes. Le premier montrait un foisonnement de personnages autour de l’enquête, entre policiers locaux et agents du FBI, sans oublier l’enquêteur venu de Norvège, autant celui-ci se recentre sur Andy et Lance, les deux frères, partis à la chasse au cerf comme tous les ans depuis plus de vingt ans en ce mois de novembre. Lance suspecte son frère d’avoir tué le jeune norvégien, il le suspecte aussi de savoir que Lance sait qu’il l’a tué. Mais que sait Andy, exactement ?

Nous ne le savons pas, et là est le tour de force de ce roman, d’utiliser un narrateur à la troisième personne tout en gardant le point de vue de Lance, quoi qu’il advienne. Et pour caractériser Lance, nous avons ses paroles, ses pensées, mais aussi ses actes et les trop rares paroles de son frère. Tout l’art de la narration est là, dans ce huit-clos à ciel ouvert.

Puis une autre voix s’élève, dans des chapitres en italique. Celle d’un jeune norvégien qui traverse la forêt au début du siècle dernier pour rejoindre son oncle et sa tante, et qui manque de mourir de froid. Celle d’un jeune homme très croyant qui se demande s’il va s’en sortir et vivre la vie dont il rêvait, avec son propre bateau et de la soupe à manger en abondance tous les soirs. Celle d’un homme qui sait ce qui est arrivé à Swamper Carribou, l’indien Ojibwa porté disparu dont la mort n’a jamais été élucidé.

Dans une nature qui semble paisible, Lance cherche la vérité sur lui-même, sur son frère et se retrouve à nouveau confronté à un choix, lui qui a tant de mal à porter celui qu’il a déjà fait dans le tome précédent. Je n’aime pas les scènes de violence, et dans ce livre, deux scènes sont particulièrement choquantes, y compris la façon dont les personnages réagissent à leur propre violence. Je n’ai pas du tout apprécié ces scènes mais, contrairement à d’autres scènes du même genre, je ne vois absolument pas comment elles auraient pu être écrites autrement, tant elles nous en apprennent sur la personnalité de leurs auteurs.

Plus qu’un tome, et je saurai le fin mot de cette trilogie.

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Terre des rêves de Vidar Sundstol

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Quatrième de couverture :

On dit qu’il y a longtemps, autour des lacs du Minnesota, des hommes venus du froid réglaient leurs comptes dans le sang. Lance Hansen, garde forestier, découvre sous une croix le cadavre d’un jeune Norvégien. Spécialiste de l’histoire de la région, Lance seconde le FBI. Il découvre que son frère était aussi sur les lieux du crime. L’ancienne légende semble resurgir…
50voisins-voisines-version-curlzdc3a9fi-scandinavie-noire177158740_p

challenge amérindienMon avis :

Je sais que ce livre pourrait ne pas plaire à tous. Il m’a beaucoup plu, j’ai passé de très agréables moments en sa compagnie, et je ne l’ai quitté qu’à regret.

L’auteur est norvégien, pourtant j’ai envie de le rapprocher de William G Tapply ou de Craig Johnson par son style et par sa connaissance des Etats-Unis. Disons-le d’emblée: Lance Hansen est un garde forestier dans un lieu où il ne se passe jamais rien. Des jeunes, qui pêchent illégalement, des campeurs maladroits, rien de bien méchant – les contrevenants ne sont pas très virulents. Lance est divorcé, son ex-femme, professeur, est une Objiwa. IL a beaucoup d’estime pour son beau-père, et se passionne pour l’histoire locale. Lui-même descend d’immigré norvégien au comportement héroïque. Autant dire que sa manie de remettre en cause certaines légendes, ou de vouloir faire toute la lumière sur des faits jugés historiques ne plait pas à tout le monde, sans que sa marotte ne suscite une réelle animosité.

La découverte du corps massacré d’un jeune norvégien remet toute son existence en cause. D’abord, il y a le choc, d’être confronté à cette violence. Puis, il y a la réminiscence d’autres violences, qui pourraient n’avoir été que le prémisse de celle-ci. L’enquête, officielle, a beau ne pas être à sa charge, Lance débute une quête qui le plonge dans son passé, dans celui des siens, l’obligeant à affronter ce qu’il n’avait pas voulu ou pu voir jusqu’ici.

Dans cette Terre où la religion chrétienne a pris le pas sur les traditions indiennes, les rêves sont devenus cauchemars, et l’apaisement est loin pour Lance Hansen.

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Challenge Un mot, des titres – Session 15 – Les billets