Archives de tags | littérature québécoise

Ghetto X de Martin Michaud

Présentation de l’éditeur :

Alors que Victor Lessard se distancie des Crimes majeurs pour éclaircir le passé de son père, il se retrouve pris pour cible dans un attentat et doit disparaître afin d’assurer sa sécurité et celle de ses proches. Néanmoins, Jacinthe le rejoint en catimini et, ensemble, ils remontent une piste jusqu’à un obscur et dangereux groupe armé d’extrême droite. Au péril de leur vie, ils tenteront de freiner les desseins meurtriers de ces extrémistes et ceux de l’homme mystérieux qu’ils protègent.

Merci aux éditions Kennes et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Victor Lessard est un homme optimiste. Oui, dit ainsi, et si vous découvrez le quatrième de couverture, vous vous dites que ce n’est pas la caractéristique que vous attendez de lui. Et pourtant : il en faut, de l’optimisme, même si le mot n’est pas prononcé, pour continuer à agir alors que tout ou presque s’est effondré autour de vous, et il lui en faudra, jusqu’au dénouement.

Agir, oui, est le maître mot, pour protéger les siens, pour empêcher une opération particulièrement meurtrière d’être mise en œuvre. Non, parce qu’au début du roman, tout était presque paisible, serein. Presque. Victor, en effet, perdait un vieil ami, un des derniers témoins de son enfance, de son passé, du drame fondateur qui a fait de lui l’homme qu’il est devenu, et il a reçu des données qu’il ne possédait pas avant. Alors que fait quelqu’un qui a travaillé aux Crimes Majeurs ? Il cherche, recherche, il se replonge dans son passé, et contacte quelqu’un qui a bien connu ses parents. Cela aurait dû être quelque chose de simple, banal, même si les circonstances évoquées étaient tragiques – si ce n’est que la tragédie s’invite à nouveau dans la vie de Victor Lessard. Quel secret a-t-il bien pu remuer, des décennies après la mort des siens ? Y aurait-il un lien avec la mort de ce journaliste d’investigation, lui aussi très investi dans son travail ?

Victor doit prendre le temps de se poser des questions, il n’a pas le choix, tout en faisant avec la douleur qui l’entoure -Victor a des amis qui tiennent à lui, et qui sont prêts à prendre des risques pour lui, quitte à en payer le prix très cher. On ne lit pas ce livre en se disant que rien ne peut arriver aux héros ou à ses proches, tous peuvent payer les conséquences de leur engagement, surtout face à des ennemies que rien n’arrête. Mais qui sont-ils, ces ennemis, quelles sont leurs motivations ?

Nous les découvrons, au cours du récit, nous suivons le parcours de leur « leader », de son entraînement à son aboutissement. J’ai repensé à un livre de David Vann, en lisant son parcours : l’armée transforme des hommes en tueurs froids, en exécuteurs d’ordre, et ne se préoccupent pas des conséquences quand ses hommes sont démobilisés. Puis, qui se préoccupent aussi de l’évolution de nos peurs ? En effet, ce livre nous montre comment nous sommes passés de la peur du communisme pendant la guerre froide, du « péril rouge » à la peur du terrorisme, de l’immigrant, en un raccourci sidérant. Oui, je dis « nous », dans le sens de la société occidentale, nous qui nous interrogeons (ou pas) sur la manière de vivre après (les attentats) et avec (ceux qui ont projeté d’en commettre).

Et s’ajoute, s’entrelace, quelque chose qui n’a pas changé, quelles que soient les idéologies : la soif de pouvoir. Ceux qui tirent les ficelles dans cette intrigue sont ceux qui désirent en avoir, qu’ils se l’avouent ou non – mais la plupart du temps, ils ne se voilent pas la face. Victor, Jasmine, Gagné, d’autres encore (Virginie, Yako….) ont comme point commun de vouloir mener leurs missions à bien, en en ayant strictement rien à faire de dominer les autres : toute la différence pour mener sa vie, et vivre avec les autres, non contre les autres.

Taqawan d’Eric Plamondon

Quatrième de couverture

« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »
Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mi’gmaq. Emeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort.
Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…

Mon avis :

Je ne suis jamais vraiment à l’heure, et ici, une semaine avec la magnifique rencontre avec l’auteur Eric Plamondon, je chronique enfin son roman (je vous rassure, je l’avais lu avant la rencontre).

Bienvenue au Québec en 1981. Les québécois veulent leur indépendance, ils veulent que l’on respecte leur langue, leur culture. Ils ont raison ! Par contre, il n’est pas question pour le gouvernement québécois de reconnaître la langue et la culture des Indiens Mi’gmaq. Ce n’est pas la même chose, voyons ! Pourquoi ? Parce que ce sont des sauvages incapables de respecter les lois. La preuve : il a fallu envoyer trois cents policiers à la réserve de Restigouche parce que les Mi’gmaq étaient incapables de respecter les nouveaux quotas de pêche. Il était pourtant simple de comprendre qu’ils n’avaient pas le droit de continuer à pêcher comme ils l’avaient toujours fait, bien avant l’arrivée de ceux qui deviendraient les canadiens et les québécois, qu’ils ne devaient pas prélever six tonnes annuelles alors que les bateaux usines au large des côtes en prélèvent trois mille tonnes.

Vous l’aurez compris, cette loi n’est qu’un prétexte, un de plus, pour s’en prendre aux Mi’gmaq – mais tous les prétextes sont bons pour parvenir à ses fins. Ce livre ne nous livre pas le récit de manière linéaire. En des chapitres courts, il nous permet de découvrir le présent de cette réserve, mais aussi le passé, les légendes, et même une recette de cuisine ! Les personnages principaux sont attachants, par leur diversité même. J’ai aimé le personnage de Corinne, parce qu’elle est enseignante, parce qu’elle est française, parce qu’elle porte un regard autre sur ce pays, voyant les failles qui échappent à d’autres. Je n’ai garde cependant d’oublier les personnages d’Océane et de William, deux personnes qui parlent peu, mais dont la volonté est chevillée au corps. Il leur en faut. Agir, c’est important, et ne surtout pas faire comme si on ne voyait pas, ne savait pas, n’était pas concerné : c’est parce que certains ne font jamais rien que ceux qui agissent mal peuvent continuer.