Digital way of life d’Estelle Tharreau

Présentation de l’éditeur :

Serons-nous l’esclave de notre assistante de vie connectée ?
Nos traces sur le Net constitueront-elles des preuves à charge ?
La parole et la pensée deviendront-elles pathologiques à l’heure de la communication concise et fonctionnelle ?
Qu’arrivera-t-il si les algorithmes des moteurs de recherche effaçaient des pans entiers de notre mémoire collective ?
Autant de questions parmi d’autres, qu’Estelle Tharreau soulève dans Digital Way of Life, ce nouvel « art » de vivre numérique qui place l’homme face au progrès et à ses dérives.

Merci aux éditions Taurnada pour leur confiance.

Mon avis :

Glaçant. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit. Il n’est pas venu en terminant ce recueil de dix nouvelles de science-fiction, non, il est venu dès que j’ai eu fini la toute première nouvelle, Pathologie, qui nous interroge sur l’avenir que nous souhaitons pour nous et pour la prochaine génération. Quels apprentissages allons-nous leur proposer, comment intégrer les enfants qui sont différents des autres, surtout quand cette différence est liée à une inappétence pour tout ce qui est numérique ? La solution proposée par la médecine n’est pas si éloignée que cela de celle qui était proposée, dans la « vraie vie », voici encore quelques décennies aux enfants « différents ». Oui, j’utilise beaucoup de guillemets parce que les mots ont un sens, et que leur sens varie considérablement selon la personne qui les utilise.

Ce qui est d’autant plus effrayant, c’est que le point de départ de chacune des nouvelles est une utilisation du numérique, une interrogation, des recherches, qui font déjà partie de nos vies, comme le prouvent les extraits d’article cités en tête de chacune des nouvelles. Pathologie n’est pas la seule nouvelle liée à l’enfance, au lien parents/enfants, à la différence. Harceleuse montre aussi la différence, en la personne d’un père, Julien, qui refuse que sa fille rentre dans le moule, qui ne veut pas qu’elle plonge (elle est encore une enfant) dans le monde virtuel si parfait dans lequel sont déjà ses camarades de classe. Plus besoin de mot pour s’exprimer, des émoticônes suffisent. L’amertume ressentit par Julien à la fin de cette nouvelle l’a été aussi par moi : accepter l’uniformité, le virtuel, c’est perdre beaucoup, et personne, sauf lui, ne s’en préoccupe (oui, je ne dis même pas « semble s’en préoccuper »).

Qu’en est-il du savoir ? Il est déjà des personnes, de nos jours, qui s’inquiètent du fait de voir gommer certains aspects de notre passé, parce qu’il ne faut plus en parler, parce que c’est loin, parce que cela n’existe plus, parce que nous ne sommes plus concernés. Bouton rouge pousse à l’extrême les conséquences de cet effacement d’une partie de notre passé, dû à l’absence de livres, au tout numérique qui choisit de ne garder que ce qui est facilement trouvable par les moteurs de recherche – que ce qui est bon que le commun de l’humanité sache. Revers de la médaille de l’enseignement : le passé numérique peut nuire gravement aux adultes qui se sont un peu lâchés sur les réseaux sociaux étant adolescents. Impossible ? Aujourd’hui déjà, les recruteurs, les employeurs scrutent les profils des candidats, et pas seulement leur curriculum vitae. Le droit à l’erreur numérique, le droit à l’effacement numérique est encore loin d’être acquis. Soyons vigilants, semble nous dire l’autrice dans Profil. Soyons juste, elle semble nous le dire constamment, y compris dans la nouvelle Automatique. Elle peut faire sourire, presque rire parfois tant son héroïne, Cécile, est incapable de vivre sans son assistant vocal, tout agaçant soit-il. J’ai eu envie de lui chanter « débranche tout », elle qui ne sait même pas organiser sa journée de repos sans lui, sans cette voix lui prodiguant des conseils, lui énonçant ce qui lui reste à faire, ses obligations, énonçant tous ses conseils, toutes ses consignes sans une once d’humanité. Cécile a désappris à prendre soin d’elle et des siens par elle-même, elle ne s’en rend pas compte, enfin, pas encore. La chute m’a rappelé des nouvelles de Fredrick Brown.

Et l’homme, dans tout cela ? Il cherche sa place. Il ne parvient plus à prouver son humanité (Inhumain), il apprend à coder tout jeune, pour se retrouver dans une réalité virtuelle sereine, pense-t-on (Virtualité réelle), une réalité qui lui permet de se défouler, d’assouvir ses pulsions discrètement impunément – jusqu’à la catastrophe, c’est à dire jusqu’à la panne bien réelle du virtuel. La justice ? Parfaite, incapable de se tromper. Gare à l’humain qui voudrait prétendre à réfléchir aux sanctions proposées/imposées par la machine. Cela soulage tellement les instances judiciaires qui ne sont plus débordées (Aveuglement amoureux) même si les prisons semblent rester bien pleines.

Le virtuel permet d’assouvir les fantasmes, et permet aussi d’assouvir le rêve de la vie éternelle, et là encore, je ne trouve que le mot glaçant pour qualifier Éternité. Encore faut-il que l’homme survive à tout ce qu’il a fait subir à la terre (La trappe). Y parviendra-t-il ?

Digital way of life – dix variations autour de notre usage du numérique, dix questionnements sur tout ce que cet usage peut entraîner pour l’homme, dix sonnettes d’alarme sur les abus en tout genre qui pourraient survenir si nous n’y prenions pas garde.

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