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La proie de Deon Meyer

édition Gallimard – 576 pages

Présentation de l’éditeur :

Au Cap, Benny Griessel et Vaughn Cupido, de la brigade des Hawks, sont confrontés à un crime déconcertant : le corps d’un ancien membre de leurs services, devenu consultant en protection personnelle, a été balancé par une fenêtre du Rovos, le train le plus luxueux du monde. Le dossier est pourri, rien ne colle et pourtant, en haut lieu, on fait pression sur eux pour qu’ils lâchent l’enquête.
À Bordeaux, Daniel Darret, ancien combattant de la branche militaire de l’ANC, mène une vie modeste et clandestine, hanté par la crainte que son passé ne le rattrape. Vœu pieux : par une belle journée d’août, un ancien camarade vient lui demander de reprendre du service. La situation déplorable du pays justifie un attentat. Darret, qui cède à contre cœur, est aussitôt embarqué, via Paris et Amsterdam, dans la mission la plus dangereuse qu’on lui ait jamais confiée. Traqué par les Russes comme par les services secrets sud-africains, il ne lâchera pas sa proie
pour autant…

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour ce partenariat.

Mon avis :

J’aime beaucoup le personnage de Benny Griessel, parce qu’il est un personnage qui évolue. Oui, il reste un policier qui veut toujours aller au bout de ses enquêtes. Oui, il est un alcoolique, mais il fait ce qu’il faut pour ne pas replonger, et il sait très bien que le risque est là, toujours. Sa fille a terminé ses études, son fils est en plein dedans et Benny vit toujours avec Alexa. Vaughn est toujours son coéquipier qui, comme leur colonel en son temps, s’est mis au régime et veille à ce que personne ne soit au courant.

Ce qui évolue aussi est la situation de l’Afrique du Sud, et elle n’évolue pas de façon positive. La corruption est partout, y compris dans la police. Ne parlons même pas des hommes politiques. Le choix est simple : faire avec ou lutter contre, le second choix n’est pas forcément les plus aisé, et demande une attention constante. Prenez Benny Griessel et Vaughn Cupido, ils sont amenés à enquêter sur un meurtre, ce qui est leur métier. Dès le début, pourtant, les complications sont là : le temps qu’il a fallu pour trouver le corps, pour l’identifier. Les témoins ? Encore faut-il les retrouver, vu le temps qui s’est écoulé. L’autopsie ? Le lecteur découvre tout au long du récit à quel point faire des analyses, avoir leur résultat, ce qui nous semble presque de la routine à force de regarder les séries télévisées françaises ou américaines, peut devenir ici un long parcours du combattant, vu le manque de personnel et de moyens. Plus simplement (vraiment ?), il est difficile de mener une enquête quand des instances supérieures vous mettent des bâtons dans les roues ou, miracle ! résolvent le mystère à votre place, et tant pis si cela contredit les indices, les témoignages…. presque rien, au final. Oui, il faut s’accrocher quand on veut que la vérité triomphe.

Alors que ces évenements se déroulent en Afrique du Sud, à Bordeaux, nous trouvons Daniel, dont nous apprendrons petit à petit le passé. Il se contente de peu, Daniel, il exerce un métier peu connu mais qui lui convient parfaitement. Le week-end, il se balade en moto. Il est discret, Daniel. Et puis un jour paf ! la mouche dans le lait : il croise une jeune femme qui se fait agresser dans la rue Il ne peut pas ne pas agir – et c’est là que l’on comprend que Daniel n’est pas un simple restaurateur de meubles. Avec  lui, nous nous retrouvons pris dans un engrenage qui nous dépasse très rapidement, tant il implique pas seulement le passé de Daniel, mais aussi une connaissance des conflits qui ont traversé le continent africain, et même le monde : la guerre froide semble bien oubliée aujourd’hui, et pourtant, elle a laissé des traces profondes dans les coulisses de la politique internationale. Daniel s’est battu pour ses idéaux, ses amis aussi, et si lui a choisi de mettre de la distance entre son pays, son passé et lui, d’autres ont vécu en direct les désillusions, les désenchantements. Ils ont pourtant gardé l’envie…. de quoi ? D’en découdre ? d’un monde meilleur ? De se venger aussi ? Il est difficile de trancher, si ce n’est que les dommages collatéraux seront nombreux.

Plus qu’un roman policier, nous avons là un roman politique, sur les lendemains désenchantés de la société sud-africaine, une société qui pense avoir vaincu ses vieux démons, pour en créer de tout neufs.

Coin perdu pour mourir de Wessel Ebersohn

Présentation de l’éditeur :

Le fils d’un politicien important meurt après avoir mangé des champignons vénéneux. Un domestique noir, qui a manifestement perdu la raison, est inculpé. Mais Yudel Gordon, le psychiatre de la prison, refuse cette version des évènements. Pour prouver l’innocence du simple d’esprit, il se rend dans une ville reculée de province afin d’interroger des parents et des amis de la victime, ainsi que la presse locale. Il doit alors faire face à un milieu hostile, effrayant, meurtrier.
Longtemps interdit en Afrique du Sud, Coin perdu pour mourir a pour héros Yudel Gordon, un psychiatre attaché à l’autorité judiciaire, découvert dans « La nuit divisée » et retrouvé dans « Le cercle fermé ».

Précision : c’est grâce à Belette, the cannibal lecteur que j’ai découvert cet auteur.

Mon avis :

Nous sommes au moyen âge. Nous voyons des seigneurs fouettés leur serfs. Ah, pardon, je me suis trompée. Nous sommes aux Etats-Unis, nous voyons de riches propriétaires terriens battre leurs esclaves. Nouvelle erreur : nous sommes en Afrique du Sud, dans les années 70 finissantes, et les blancs ont le droit de fouetter leurs employés si c’est mérité. Il est toujours bon de se rappeler certains faits qui ont eu lieu pas si loin de nous, dans le temps et dans l’espace.

Un crime a été commis. Le fils d’un riche propriétaire terrien, homme politique en vue, a été empoisonné, l’un des domestique, noir, estampillé « fou » depuis longtemps, a été arrêté et déclaré coupable. Un expert est nommé pour déterminer s’il est vraiment fou. Il s’agit de Yudel Gordon, psy et juif. Là, c’était la version officieuse de son rôle. La version officieuse, c’est qu’il doit trouver qui a vraiment tué Marthinus junior. Personne ne pense que le domestique simple d’esprit ait pu préméditer son crime – et il en faut, de la préméditation, pour cuisiner des champignons empoisonnés. Et si ses investigations permettent en plus de trouver le petit groupe qui a commis quelques exactions contre une communauté religieuse, ce serait encore mieux – et encore plus dangereux.

En effet, le danger est partout, absolument. Ce n’est pas que Yudel ne peut compter sur personne, c’est qu’il sait que ceux qui l’aident courent autant de risque que lui. Au gré de ses déplacements, il est si facile de subir une agression, surtout avec des policiers assez acquis au patriarcat. Cela n’a pas que des désavantages, quand on sait, comme Yudel, s’en servir quand c’est possible :

Quand on vivait, comme eux, dans une société patriarcale, quand on y avait grandi, on écoutait la voix de l’ordre établi, on emboîtait le pas au membre du Parlement, au dignitaire de l’Église, à son officier supérieur ou au premier venu installé une marche plus haut sur l’échelle sociale.
On ne remettait jamais en question le point de vue de ceux du dessus, et on n’oubliait jamais sa place dans la hiérarchie.

Puis, il y a agression et agression. Il y a toujours, d’ailleurs, pas besoin de se rendre dans l’Afrique du Sud des années 70 pour savoir que les moines auraient dû aller « ailleurs », plutôt qu’ici, et que tout se serait bien passé pour eux. De même, après sa mort, tout le monde encense le jeune Marthinus – les domestiques n’ont pas le choix. Ils ont bien vu ce qu’ils ont vu, ils ont, pour certains, subi ce qu’ils ont subi, ils savent qu’ils ne peuvent rien y faire. Qui écouterait leur plainte ? Marthinus père est un membre très représentatif de la société patriarcale, qui ne voit ses enfants que pour leur dire tout ce qu’il a fait pour eux, tous les sacrifices qu’il a accomplis, à quel point son fils l’a déçu. Oui, les deux enfants n’ont manqué de rien matériellement, ils n’ont jamais reçu d’affection. Yudel est bien le seul à analyser et à comprendre comment les deux enfants, adultes, sont devenus ce qu’ils sont, comment le père se voile la face sur ce qu’il a fait – après tout, être loin de son foyer pour assurer la sécurité matérielle de sa progéniture grâce à sa carrière, est le meilleur moyen d’éviter de s’occuper personnellement de ses enfants. Oh, oui, il a demandé à son frère de s’occuper d’eux – il a permis à son neveu de développer un racisme et un sadisme décomplexés. Que vaut la vie d’un homme ? Ça dépend.

Qu’il soit juif faisait de lui une créature à part – pas un homme, mais un juif. Tuer un Afrikaner était un crime. Tuer un Juif, rien de plus qu’un vulgaire homicide. Mais N’Kosana était noir. Le tuer ne correspondrait à aucun crime défini.

Yudel ne sera pas ménagé au cours de cette enquête, y compris au moment du dénouement. Qui a dit que le boulot de psy était facile ?

7 jours de Deon Meyer

Quatrième de couverture:
Un mystérieux imprécateur menace, dans un mail délirant, d’abattre un policier par jour tant que le meurtrier de la belle avocate d’affaires Hanneke Sloet n’aura pas été arrêté. Et s’empresse de joindre le geste à la parole. La police du Cap, prise de panique, charge Benny Griessel, déjà rencontré dans Le Pic du diable et 13 Heures, de rouvrir l’enquête, au repos depuis plus d’un mois. Pas d’indices, pas de mobile, pas de témoins, juste quelques photos où la victime posait nue, une forte pression venue du sommet de la hiérarchie, et un sniper insaisissable manifestement décidé à poursuivre sa mission. Fragilisé par la piètre opinion qu’il a de lui-même, déchiré entre le désastre de sa vie privée et son exceptionnelle conscience professionnelle, Griessel va devoir repartir de zéro.

Mon avis : 

La journée d’hier a été compliquée, mais cette lecture d’un roman de plus de 500 pages a par contre été très agréable. Contraste.

J’ai vraiment été tout de suite emportée par la manière dont l’auteur nous raconte cette histoire. Pas de digression inutile, de perte de temps en explication ou description inutiles : j’ai eu l’impression de connaître Benny Griessel depuis longtemps, et de suivre avec lui une enquête plus que délicate.
Benny ressemble à des policiers que nous côtoyons dans d’autres polars. Il est divorcé, il a deux enfants, il se sent plus proche de sa fille que de son fils, même s’il ne comprend pas leur choix d’études, ni à l’un, ni à l’autre. Il est un ancien alcoolique, il a la volonté de rester sobre, même si c’est très dur : son amie, artiste, lutte elle aussi contre son alcoolisme, et c’est une lutte qu’il est plus difficile de mener quand on est deux à être concerné dans le couple.
7 jours – c’est le temps que dure cette enquête, le temps que nous passons en compagnie de Benny et des autres enquêteurs. Ils doivent faire face à un… allez, disons un illuminé, qui demande la réouverture d’une enquête qui était au point mort. Sinon, il tirera sur un policier.
Ce n’est pas peu de dire que Benny, et d’autres avec lui, vont remuer ciel et terre pour faire progresser l’enquête tout en cherchant avec tout autant d’énergie qui se cache derrière le sniper. Tout le monde participe, même l’enquêteur qui est sur la touche jusqu’à la fin de sa carrière, parce que sa dernière enquête a été un fiasco complet : cela aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre eux, et c’est bien cela le pire.
Ce qu’ils mettent à jour est très éloigné de ce qu’ils cherchaient – l’on vient de très loin pour magouiller en Afrique du Sud. L’auteur a vraiment su m’entraîner là où je ne m’attendais pas.
Il ne me reste plus maintenant qu’à lire un second livre de cet auteur, pour confirmer ma bonne impression.