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La justice de l’inconscient de Franck Tallis

Présentation de l’éditeur :

En ce début de XXe siècle à Vienne, où l’on peut croiser Freud, SchSnberg, Klimt et bien d’autres encore, les cafés sont le lieu de débats fiévreux. C’est dans cette atmosphère d’effervescence artistique et scientifique que Max Liebermann, jeune psychiatre et pianiste à ses heures, mène ses enquêtes avec son ami Oskar Rheinhardt, inspecteur et… chanteur lyrique amateur.
Et ils vont avoir fort à faire avec le cas de cette jeune et jolie médium retrouvée morte chez elle dans une pièce fermée de l’intérieur.
Une note griffonnée de ses mains laisse penser à un suicide. Pourtant, les indices déroutants s’accumulent : l’arme du crime, un pistolet, a disparu, et aucune trace de la balle n’est retrouvée durant l’autopsie…
Serait-ce l’intervention d’un esprit maléfique ?

Mon avis :

Le livre était dans ma PAL depuis au moins six ans. Je l’ai lu depuis deux mois, et c’est seulement maintenant que je prends le temps de rédiger mon avis – de mémoire, donc, comme je le fais souvent.
En le lisant, j’ai pensé à Sissi, à sa soeur Sophie, à toutes ces femmes nobles, riches, qui se sont retrouvées enfermées dans des asiles parce qu’elles étaient qualifiées d’hystériques – et il ne fallait pas grand chose pour être qualifiées ainsi. Oui, Sissi n’a pas été internée, mais sa soeur si, la soeur de sa belle-fille également.
Les jeunes filles, les femmes dont on nous décrit les symptômes dans ce roman sont-elles souffrantes ? Oui, certainement. Mais de quoi souffrent-elles ? Qu’expriment leur corps que leurs paroles ne peuvent exprimer ? Ils expriment les contraintes, les souffrances, les violences qu’elles ont subies. Elles sont coincées, parce que la déchéance est à craindre, pour elles, pour leurs enfants, parce que personne ne veut écouter ce qu’elles ont à dire, parce que la société donne toujours raison à l’homme contre la femme, forcément faible, forcément sujettes à inventer, à ne pas comprendre ce qui s’est passé. Il n’existe pas de solutions : les femmes sont toujours perdantes. Toujours.
La preuve : la victime est une femme. Une femme qui a essayé de survivre, de s’en sortir, avec les moyens qui étaient les siens. Max Liebermann croise d’autres femmes qui, elles aussi, veulent s’en sortir, et n’ont pas vraiment d’espoir. D’autres s’accommodent d’une vie faite de réceptions, de dîner, de goûter, de potins divers et variés. Celles-ci iront toujours bien, à moins d’être confrontées à des drames puisqu’elles s’accommodent d’une vie assez vide. Ce n’est pas le cas de Lydia, une jeune femme qui n’a pas reçu la même éducation que les autres, qui a des ambitions scientifiques, et qui doit lutter contre une société presque unanimement misogyne.
J’en oublie presque de vous parler de l’enquête, et pourtant, elle est là, et bien là. Oskar et Max ont bien l’intention de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et ils y arrivent. Plus que l’enquête, ce qui compte à mes yeux est l’exploration de cette société d’avant la première guerre mondiale, cette société où l’antisémitisme ne gène presque pas, où la thérapie par la parole n’en est qu’à ses premiers mots, où les militaires jouissent d’un très grand prestige.
Si j ‘ai manqué d’élan après la lecture pour écrire mon avis, j’ai enchaîné avec le tome 2.

Un flair infaillible pour le crime d’Ann Granger

édition 10/18 – 383 pages.

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Thomas Tapley, voisin de Benjamin Ross, est retrouvé mort dans son salon, l’inspecteur de Scotland Yard se rue sur la scène de crime. Tapley revenu récemment de l’étranger, on connaît peu de choses à son sujet.
Alors, quand son cousin, Jonathan Tapley, conseiller de la reine, se présente, la vérité au sujet du passé tragique remonte doucement à la surface.

Mon avis : 

En ce dernier jour de la session du challenge Polar et Thriller, qui est aussi le deuxième jour de mes vacances, je découvre un tout nouveau duo d’enquêteur : Ben Ross et son épouse Lizzie. J’ai commencé la lecture de leurs aventures par celle du tome 4, celle que j’avais sous la main. Je vous rassure (ou pas) : je lirai les trois tomes précédents, et je poursuivrai la lecture des suivants (j’ai déjà le cinq sous la main).

Ben, c’est le diminutif de Benjamin, et Lizzie, celui d’Elizabeth. Comme il est traditionnel de le dire, le fait de ne pas avoir lu les tomes précédents ne gênent pas la compréhension, et l’auteur a suffisamment de métier pour insérer des éléments de leur passé avec souplesse, sans que cela ait l’air d’être du remplissage.

Le meurtre qui a été commis les touche personnellement, puisque c’est un de leurs voisins qui a été tué. Un homme charmant, poli, cultivé a été littéralement massacré. Et s’il a caché bien des secrets, il était véritablement un homme charmant – mais pas vraiment en phase avec la société dans laquelle il vivait. Sa logeuse est rapidement écartée de l’enquête, ne serait-ce que parce qu’elle n’aurait pas eu la force de le tuer. Elle est aussi une personne rare, qui voit chez l’autre ses qualités, ses aspects positifs en premier : un être positif, et non pas naïf.

L’enquête alterne les points de vue de Ben et de Lizzie, sans que jamais le récit ne soit redondant. L’intrigue mène Ben Ross sur les chemins de l’Angleterre, et le monde des propriétaires terriens est bien éloigné de celui du demi-monde, que l’on entraperçoit parfois. Que dire aussi de Flora Tapley, fille adoptive de Jonathan sur lequel se referme un carcan au fur et à mesure qu’elle grandit et doit être mariée à un bon parti ? Et si Bessie, la bonne des Ross, se montre très dégourdie et peu encline à regretter son ancien poste chez la tante de Lizzie, tous les domestiques n’ont pas des maîtres aussi larges d’esprit et craignent de perdre leur emploi sans possibilité d’en retrouver un autre.

Ben Ross n’est pas un gentleman, et le revendique, ce qui l’autorise à ne pas toujours respecter les règles de la bonne société – puisqu’il ne les connaît pas, n’est-ce pas ? Il est suffisamment subtile pour rechercher indices et preuves. Oui, il est tenace, il dépend cependant d’un chef qui ne veut surtout pas faire de vague et qui, quand il a une idée, en change difficilement. Personne n’est parfait.

Si vous aimez les romans historiques, l’Angleterre et le roman policier, n’hésitez pas à découvrir cette série !

L’honneur du samouraï de David Kirk

Présentation de l’éditeur :

Honneur, Loyauté, Vengeance.

Japon 1600. Musashi Miyamoto était le plus grand guerrier de tous les temps. Avant que lui et ses hommes ne soient vaincus lors de la bataille de Sekigahara qui a vu les Armées de l’Est renverser l’ancien pouvoir.
Survivant mais seul, Musashi doute. Jusqu’alors, il avait vécu et combattu comme un samouraï, fier de sa tradition, loyal aux préceptes de la Voie. Depuis sa défaite, se soumettre aux exigences de l’Honneur, l’une des sept vertus du samouraï, signifie se donner la mort. Et Musashi veut vivre.
Mais, considéré comme un ennemi de la nation, sa tête est mise à prix. S’il a renoncé à la violence, il lui faut se protéger et préparer sa vengeance contre ceux qui veulent sa mort. Pour cela, il n’a qu’un adage : « Le sabre donne la vie. Le sabre donne la mort ».

Mon avis : 

Merci aux éditions Albin Michel et à Babelio pour ce partenariat.
Musashi Miyamoto est un jeune samouraï. Il aurait dû mourir, non pas mourir au combat, il a combattu et survécu, mais se suicider, comme la Voie le demandait. Il avait un but : vivre. Il n’a pas respecter les règles que d’autres voulaient lui imposer. D’autres, d’ailleurs, qui l’ont transformé en fugitif, pour une question d’honneur – le leur, forcément.
Les paysages qui sont décrits sont pourtant si beaux, et ils se retrouvent le théâtre d’affrontements violents. Ne cherchez pas une lutte aseptisée. le sang coule, les blessures ne cicatrisent pas facilement, elles s’infectent même, et les soins qu’il faut apporter pour guérir prennent souvent le temps d’une saison. Quand on vous laisse la possibilité de guérir, évidemment. Oui, c’est la vérité nue des chairs que nous voyons, jusque dans la mort aussi.
Cette violence ne constitue jamais de rebondissements gratuits, elle fait partie de l’intrigue, du corps du roman. Musashi a renoncé à la violence, sauf quand il juge le combat nécessaire.
Traque ou poursuite ? Ces deux éléments se recoupent et pourtant, ce n’est pas exactement la même chose. Misashi fuit, un temps, se fond littéralement dans l’environnement qui l’entoure, avant de rechercher ceux même qui ont lancé la traque – parce que la paix ne serait pas possible sinon.
Et quelle paix, d’ailleurs, dans ce Japon où tout ce qui est au nord d’Edo est vu comme barbare ? Puisque ce livre est un second tome, verra-ton une suite, pour continuer le chemin avec Musashi Miyamoto.