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les enquêtes de Vipérine maltais : Le secret du choriste de Sylvie Brien

Présentation de l’éditeur :

Qui a tenté d’assassiner Idala, le jeune choriste ? Tout le monde, au collège du Portages semble avoir des raisons de vouloir se débarrasser du pauvre garçon… Vipérine Maltais, l’apprentie détective est appelée à la rescousse. Il n’y a qu’elle dans tout le Québec pour résoudre une énigme aussi embrouillée. Ses seuls indices ? Un parapluie, un bout de réglisse et une machine à écrire détraquée…

Mon avis :

J’aime quand les livres ne prennent pas les jeunes lecteurs pour des idiots. Vous allez me dire que c’est heureusement de plus en plus fréquent. Certes. Je salue cependant la richesse de ce livre, qui ne craint pas de montrer une réalité que beaucoup ne veulent pas raconter.

Idola. Ou Idala. Cela dépend des personnes qui l’appellent, mais pour ses proches, il est Idala. Il est dans le comas, à la suite d’un accident : un lustre est tombé sur lui pendant le concert du collège. Accident ? Tentative de meurtre ? L’assurance ne veut pas payer, en tout cas, non par avarice, mais parce que l’assureur, ami avec soeur Saint-Ignace, croit à la tentative de meurtre : une lettre anonyme, parvenu au collège après l’accident, va dans ce sens.

Ce livre, en plus d’être une enquête policière prenante, nous en apprend beaucoup. Sur l’esclavage. Ah, il paraît que tout a été dit à ce sujet, que ce n’est pas intéressant, que cela ne nous concerne pas (traîner sur les réseaux sociaux est mauvais pour les neurones). Et bien justement si : ce livre nous rappelle que même le pays qui se targue de ne pas avoir été esclavagiste, d’avoir offert l’asile aux esclaves en fuite, traitait ses propres natifs de la même manière. Je ne vous parle même pas du sort des indiens canadiens, dont il est déjà question dans le second volume des enquêtes de Vipérine. Ce n’est pas mieux est un euphémisme. Je ne vous parlerai pas non plus du poids de la religion,; métaphore tellement usée que l’on en oublie ce qui se cache réellement derrière cette expression. Il ne s’agit pas simplement de vivre selon les préceptes de la religion catholique, il s’agit, dans ses familles nombreuses où aucune contraception n’est utilisé (la contraception a existé bien avant sa légalisation), d’avoir un fils, une fille, ou les deux, qui entrent en religion. Cela amène Vipérine, qui découvre grâce à un personnage la véritable signification de son prénom (une fleur) à s’interroger : sa soeur aînée Méline a pris le voile juste après le remariage de leur père. Etait-ce vraiment son choix ? Et sa tante Saint-Ignace ? A-t-elle vraiment choisi d’entrer en religion ? Toutes ses questions ne trouveront pas de réponses, mais Vipérine a la chance d’avoir une tante franche et ne manquant pas d’audace.

Il ne faudrait pas non plus oublier Idala, absent, forcément, au coeur de toutes les recherches. Ce que Vipérine découvre est poignant, et nous interroge sur le sort de tous ses enfants, qui n’ont pas orphelins, non, pas au sens strict du terme : Idala a perdu son père, puis sa mère, et c’est son beau-père qui l’élève, ne se rendant même pas au concert de son beau-fils, parce qu’il a autre chose à faire – à chaque fois. Son histoire fait écho à celle de Vipérine, qui n’a pas vu son père depuis de longs mois – et encore, si elle avait été un garçon, elle sait bien qu’elle n’aurait pas été ainsi négligée.

Un livre poignant.

 

La soeur de Judith de Lise Tremblay

édition Boréal – 166 pages.

Présentation de l’éditeur :

Chicoutimi-Nord, les années 70. L’été sera long. Il y a bien Judith, la meilleure amie. Il y a aussi Claire, la sœur de Judith, la plus belle fille de la ville. Mais il y a surtout cette mère qui « explose » tout le temps, qui ne laissera pas sa fille épouser le premier venu et qui est prête à tout pour que ses enfants ne soient pas des ignorants.

Mon avis :

J’ai découvert cette auteur au cours du festival América. Ce qui m’a attiré ? La couverture ! Elle me rappelait une certaine vision des années 60.
Nous y sommes presque, après tout. Les années 70 débutent, c’est la guerre au Vietnam, on en parlera, un peu, à la fin du roman. La narratrice, c’est Judith, une toute jeune adolescente qui va dans une école tenue par les soeurs – les soeurs partiront bientôt. Sa mère, qui « explose » fréquemment, veut le meilleur pour elle,  la meilleure éducation qui soit pour qu’elle puisse choisir la vie qu’elle veut, épouser un homme qui ne soit pas un ouvrier – menace latente que l’on retrouve aussi dans La Place d’Annie Ernaux. En attendant, la narratrice vit par procuration le rêve de Claire, la grande soeur de Judith, qui participe à un concours pour devenir danseuse et accompagner un chanteur en tournée – la plus belle fille de la ville est en bonne place. Elle est fiancée au fils d’un médecin, et il n’est guère que la mère de la narratrice pour n’avoir aucune illusion sur les véritables projets matrimoniaux du jeune homme, et l’influence que sa famille peut avoir sur lui.
Ce que nous vivons à travers ce livre, c’est véritablement un moment de la vie de la narratrice, une transformation, pas seulement parce qu’elle change d’établissement scolaire, mais parce qu’elle perd une amitié, celle de Judith, qui s’éloigne peu à peu d’elle.
Au cours de cet été, chacun réorganise sa vie. Le lecteur comprend, à mots couverts, ce qui se passe dans certaines maisons. La mère de la narratrice ne brode pas, non, elle dit la vérité au sujet de la vie de Lisette, son amie d’enfance, elle ne dit pas tout, parce que tout n’est pas dicible.
Oui, la modernité fait irruption dans ce Québec des années 70. La modernité, ce peut être des vêtements qui ne conviennent pas aux religieuses, parce qu’ils sont trop à la mode. Ce peut être un roman de Françoise Sagan. Ce peut être aussi un couple qui vit ensemble sans être marié – et non un couple qui se marie parce que la jeune femme est enceinte.
La soeur de Judith – ou une rafraîchissante tranche de vie.

Manikanetish de Naomi Fontaine

Présentation de l’éditeur :

Une enseignante de français en poste sur une réserve innée de la Côte-Nord raconte la vie de ses élèves qui cherchent à se prendre en main. Elle tentera tout pour les sortir de la détresse, même se lancer en théâtre avec eux. Dans ces voix, regards et paysages, se détachent la lutte et l’espoir.

Mon avis :

Une jeune femme, des chapitres courts. Surtout, une vie d’enseignante sur une réserve innée. Elle est elle-même innue, mais elle est partie depuis longtemps pusiqu’à sept ans, sa mère l’a emmené à Québec. Là, c’est son retour auprès de ceux qui sont les siens. Même si ce retour veut dire une séparation géographique avec son amoureux, qui ne comprend pas vraiment son choix. Note : d’ailleurs, pourquoi faut-il choisir ? Elle n’a pas choisi, elle exerce le métier qu’elle désirait exercer, travailler, pour une femme, et avoir une vie amoureuse ne devrait pas être incompatible. Note 2 : dans le cas contraire (et encore de nos jours), les hommes trouvent tout à fait normal que leurs femmes « suivent ».

Non, je ne m’égare, je prends parfois des chemins de traverse pour vous parler de ce très beau roman, dont j’ai rencontré l’auteur lors du Festival America. Si ce roman nous parle de cette jeune enseignante, il nous parle aussi de ses élèves. Dire que c’est un combat quotidien, ce ne serait pas juste. La vie n’est pas simple pour ces jeunes. Tous ou presque sont confrontés à des drames. La plupart des jeunes filles sont maman, ou en passe de l’être, quand elles n’ont pas déjà deux enfants. Certaines s’organisent, pour pouvoir continuer leurs études quand même, même si avoir un enfant malade est aussi une bonne excuse pour ne pas avoir rendu un devoir. Enseigner, c’est aussi un défi : monter une pièce de théâtre. Pas n’importe laquelle : le Cid ! Les répétitions, les problèmes rencontrés, nous seront racontés sans lourdeur, sans lyrisme. Yammie ne travaille pas que sur un texte littéraire, elle travaille avant tout avec des êtres humains.

La fin du roman est (presque) ouverte, comme les chemins sont ouverts aussi pour ces personnages auxquels nous nous sommes attachés. C’est un roman que l’on ne se voit pas lire, tant les chapitres, courts mais évocateurs, s’enchaînent et nous entraînent tout au long de cetet année scolaire pas ordinaire.

Pour l’anecdote : j’aime bien bavarder dans les salons du livre, et pas qu’avec les auteurs. Dans la file d’attente, j’ai donc bavardé avec la personne qui était derrière moi, j’ai dit que j’avais un blog, sans en dire plus. Ce n’est qu’en lisant un commentaire d’Enna que j’ai compris que je connaissais déjà la personne avec qui j’avais parlé, par blog interposé.

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Et pour le plaisir, la dédicace :

Une lecture commune avec  Argali, Karine et  Enna Allons voir leurs avis!