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Je voyage seul de Samuel Bjork

édition Jean-Claude Lattès – 506 pages.

Présentation de l’éditeur :

Elles n’avaient que 6 ans …
En pleine forêt norvégienne, une enfant est retrouvée pendue à un arbre. Sur son dos, un cartable d’écolière; autour de son cou, une pochette d’une compagnie aérienne avec ces mots : « Je voyage seule ».
L’inspecteur Holger Munch, chargé de l’enquête, fait appel à son ancienne coéquipière Mia Kruger, jeune policière de génie. Quand Mia découvre le chiffre 1 inscrit sur un doigt de la victime, la tension monte d’un cran : il y aura d’autres meurtres identiques, assure-t-elle. La suite lui donne raison… Jusqu’où ira le tueur ? Comment arrêter le massacre ? Une enquête terrifiante, qui frappera les deux policiers plus intimement qu’ils ne le croient…

Mon avis :

Je n’avais pas prévu de terminer, ou quasiment terminer, le mois du polar avec ce pavé. Qu’à cela ne tienne ! C’est chose faite, ou plutôt, chose lue et chroniquée. Dire qu’il est des personnes pour être choquée parce que j’ose chroniquer des livres empruntés à la bibliothèque. Pour ceux qui pensent qu’on n’a le droit que de chroniquer des livres que l’on a acheté, la sortie du blog, c’est par ici !

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’au début de ce premier roman policier norvégien, beaucoup d’enquêteurs ne vont pas bien mais… si. Mia, d’ailleurs, n’est plus une enquêtrice. La jeune femme, qui a à peine dépassé la trentaine, a planifié son suicide. Ce qui est bien, quand on se suicide, c’est que l’on sait à l’avance quand ses souffrances se termineront. Pour elle, ce sera le 18 avril, leur anniversaire à elle et à Sigrid, sa soeur jumelle, morte d’une surdose de drogue depuis dix ans. Rien n’a plus effacé la douleur de sa mort, et surtout pas le fait d’avoir tué celui qu’elle jugeait responsable de sa mort, son compagnon-junky-dealer. Non, elle n’est pas allée en prison, elle a simplement quitté la police, et son co-équipier Holger Munch a été rétrogradé. Seulement, une nouvelle enquête, glaçante, lui permet de retrouver sa place, et d’imposer Mia –  pour l’acuité de son regard. Elle seule relève des détails que tous les autres enquêteurs ne voient pas. Il n’en fallait pas plus pour que la jeune femme repousse ses projets de mettre fin à ses jours, même si sa soeur lui manque. Empêcher un assassin d’enfants de nuire ne peut pas attendre.

Ce que j’ai aimé ? La solidarité et le professionnalisme des policiers – sauf, peut-être, celui de leur chef, dépassé par les circonstances, découvrant que les enquêteurs font front commun contre lui pour faire avancer l’enquête. Que ce soient Gabriel, le petit nouveau fan de Mia, Annette ou Kim, tous œuvrent pour sauver qui peut encore l’être et ne comptent pas leurs heures. La mort des fillettes est montrée pour ce qu’elle est : un acte criminel et cruel. Comme d’autres romans norvégiens, Je voyage seule montre que la maltraitance des enfants est fréquente, ignorée souvent, quand les services sociaux ne sont pas débordés et/ou blasés. J’ai aimé aussi que les personnes transgenres soient montrés comme des personnes ordinaires – et qui aimeraient bien qu’on les voie ainsi !

Ce que j’ai moins aimé ? J’ai trouvé que le roman comportait des longueurs, notamment avec le personnage du père Simon, de Lukas et de Rakel, qui peinent à se rattacher à l’ensemble de l’intrigue. Oui, ces personnages avaient leur utilité, et montrent, comme dans Délivrance de Jussi Adler-Olsen le poids que les sectes peuvent avoir au Danemark – le poids, et l’invisibilité aussi, personne n’ayant empêché le père Simon de nuire jusqu’à présent, les plaintes ayant été retirées contre argent sonnant et trébuchant.

Un deuxième tome a été traduit en français, un troisième pas encore. J’espère lire le second, et espère la traduction du troisième.

L’enfant étoile de Katrine Engberg

édition Fleuve noir – 416 pages

Présentation de l’éditeur :

En plein centre-ville de Copenhague, une jeune étudiante est retrouvée dans son appartement sauvagement assassinée, le visage marqué par d’étranges entailles. L’inspecteur Jeppe Korner et son équipière Annette Werner, chargés de l’affaire, découvrent rapidement que le passé de la victime contient de lourds secrets. Quant à la propriétaire de l’immeuble et également voisine, Esther, elle est en train d’écrire un roman qui relate dans les moindres détails le déroulement du meurtre.
Simple coïncidence ou plan machiavélique ?
Commence alors pour Jeppe et Annette une plongée au cœur d’une ville dans laquelle les apparences sont mortelles.

Merci à Bepolar et aux éditions Fleuve noir.

Mon avis :

L’enfant étoile est un premier roman, et franchement, cela ne se voit pas, tant l’autrice a su construire un univers riche et cohérent. Je ne saurai dire quel personnage m’a le plus convaincu, alors je commencerai par le duo d’enquêteurs, complémentaires parce que différents. Anette est heureuse en ménage, et n’a pas d’enfants, par choix, Jeppe a sombré dans la dépression après son divorce, le couple qu’il formait avec Thérèse n’a pas résisté au parcours du combattant qu’a constitué pour eux la lutte contre l’infertilité. La bonne humeur de l’une et le spleen de l’autre ne les empêchent pas d’être entièrement mobilisés pour cette enquête tortueuse.
Commettre un meurtre, c’est une chose. S’acharner sur sa victime, s’en est une autre. Dans cet immeuble paisible, familiale même (la propriétaire des lieux, Esther y a grandi), qui a pu commettre un tel crime ? Et pourrait-il recommencer ? Oui, très vite, les enquêteurs penchent pour un « il » à cause de la force physique qui a été nécessaire. Au cours du récit, tout tournera autour de Julie et d’Esther, Julie, parce qu’elle est la victime, Esther, parce que le crime a eu lieu dans son immeuble, parce que cette universitaire à la retraite participe à un atelier d’écriture et tente d’écrire son premier roman policier, mettant en scène un crime quasiment identique à celui qui a eu lieu dans son immeuble, parce que Julie et elle avaient plus de points communs qu’elles ne pensaient.
Oui, dans ce roman, tout tourne autour de la famille et des enfants. Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour votre enfant, pour le protéger, ou au contraire pour protéger votre réputation ? Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour avoir un enfant ? Certains iront très loin, certains agiront mal, dans le sens où ils ont cru bein faire et ont fait pire que mieux – le mieux étant l’ennemi du bien.
Après l’enquête la vie continuera pour Anette, pour Jeppe et pour Esther, survivante de cette enquête. Elle n’a pas l’intention de se laisser abattre, et c’est tant mieux pour elle.

Reste l’été de Nicolas Le Golvan

Quatrième de couverture :

« Tu ne veux toujours pas te baigner ? » Cet été-là, il ne se baignera pas. Sa femme attendra longtemps qu’il se déride ou qu’il parle enfin ; ses deux jeunes enfants se tiendront à distance de ce père absent de leurs jeux.
Cet été-là, il fête son anniversaire en fantôme. Sa maison de famille à la mer, encombrée par les souvenirs, lui pèse. Son amour pour sa femme est encore là, mais semble aussi loin que la marée. Alors il décide de prolonger, pour lui seul, son séjour sur l’île de Ré. Il va se remémorer leur longue histoire amoureuse et chercher à comprendre ce que la conjugalité a usé en eux. Leur amour, il aimerait savoir ce qu’il en reste. Mais on ne décide pas seul de l’avenir de son couple.
Reste l’été est un conte cruel sur l’amour, quand il est mis au défi de durer.

Mon avis :

J’ai enfin réussi à lire un livre de la rentrée littéraire 2012 ! Il faut dire que ce premier roman se singularise des autres romans d’été que j’ai lu récemment. En effet, le narrateur est un homme, et ce choix modifie forcément la donne. Il est un homme qui se laisse porter. Pendant que sa femme et ses deux enfants, Louis et Rose, jouent sur la plage, lui ne se définit que par la négative. Il ne se baigne pas, il ne joue pas avec ses enfants, il ne parle même pas, ne noue aucun lien avec les autres vacanciers. Même ses amis de longue date, Julie et Bertrand, ne parviennent pas à la sortir de cette zone maussade et indéfinissable. Ce n’est pas réellement la crise de la quarantaine, cet anniversaire le touche peu. Ce n’est pas non plus une dépression. C’est une crise d’identité car le narrateur, qui n’est nommé que tardivement, regarde sa vie et la considère sans aspérité, sans tragédie non plus. Quelques retours en arrière nous font découvrir une vie de couple confortable, puisque sa femme a toujours pris les décisions quand lui se défaussait.
Je n’ai pas pu m’empêcher de chercher une autre explication à ces limbes dans lesquels le narrateur flotte. Preuve de son anonymisation, je ne me sens pas autorisée à l’appeler par son prénom. Son fils Louis, si désiré, déjà prénommé avant même sa conception (pour quelles raisons ?) a atteint l’âge que lui-même avait quand son père est parti, un jour, pour un « chantier lointain », pour ne plus revenir. Notre personnage principal n’a ni su, ni voulu (il en aurait la possibilité) régler ses problèmes d’enfant, aussi essaie-t-il d’être père sans y parvenir complètement. Parvenant à donner le change avec son fils, il reconnaît, au milieu du méandre de ses réflexions, ne pas y être parvenue avec sa fille, moins désirée, moins fantasmée, ajoutant ainsi une fissure de plus à l’édifice fragile de son couple.
Je ne vous dirai pas s’il se trouve ou non, ni quelles seront les conséquences, je vous dirai simplement que j’ai beaucoup aimé ce texte, cette écriture, fine, légère et musicale. Preuve en est que les premiers romans ne sont pas seulement prometteurs, ils peuvent aussi être très réussi.