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Hamish Macbeth, tome 5 : Qui franchit la ligne jaune de M.C. Beaton

Présentation de l’éditeur :

Maggie Baird n’est ni gentille ni généreuse, mais elle est très, très riche. Donc, quand sa voiture prend feu, avec elle à l’intérieur, il y a cinq candidats probables pour le rôle de meurtrier. Tous les cinq avaient été des domestiques dans sa luxueuse maison des Highlands – la nièce timide de Maggie et quatre anciens amants, dont Maggie avait l’intention de choisir un mari.
Tous les cinq sont complètement cassés et tous ont eu amplement l’occasion de falsifier la voiture de Maggie. Donc, découvrir qui l’a fait nécessitera tout le bon sens extraordinaire de Hamish Macbeth et sa compréhension de la nature humaine; surtout quand le tueur semble être complètement la mauvaise personne

Mon avis :
Quand je lis un roman d’Hamish MacBeth, j’ai l’impression de me retrouver dans une autre époque. Années 50, 60, 70 ? Difficile à déterminer : pas ou peu de repères historiques, qui permettent à ces intrigues d’être lues de tout temps, mais aussi l’impression que, dans ce coin de l’Ecosse, rien ne bouge et rien ne bougera jamais. Prenons Alison, la nièce de Maggie : elle a eu de la chance. Certes, elle a eu, à trente ans, un cancer des poumons, mais elle s’en est remise, même s’il lui manque un morceau de poumon. Sa tante, sa seule famille, l’a prise sous son aile et emmenée avec elle dans son cottage. Maggie Baird, c’est un peu comme une grande enfant : elle se lasse très vite de ses jouets, et sa nièce ressemble beaucoup à cela, ou, pour avoir un autre point de vue, c’est un peu comme une femme qui a ressenti le besoin de materner, et qui s’est rendue compte que ce n’était pas du tout son truc.
Qu’à cela ne tienne ! Maggie trouvera d’autres combats. Tenez : faire revenir dans le village le policier qui a été muté, sous prétexte que la criminalité locale n’était pas énorme. Petite réunion d’un comité organisé et hop ! l’opération de communication « ramenons Hamish parmi nous » est lancée – même si la présence et l’influence de Priscilla Halburton-Smythe n’y sont pas pour rien !
Ce livre est paru un an avant la parution du premier Agatha Raisin, et en lisant Qui franchit la ligne jaune, je me suis dit qu’il y avait de l’Agatha dans le personnage de Maggie, qui trouve refuge dans un petit village. Une Agatha au passé sulfureux, mais assumé, une Agatha qui aurait largement profité des hommes, une Agatha, surtout, qui se serait laissée aller par déception amoureuse, alors que ce n’est pas du tout le cas de la patronne de la publicité à la retraite. Oui, si Agatha a un passé dont elle peut s’enorgueillir, ce n’est pas ce que les gens pensent de Maggie – mais elle assume avec une vacherie certaine ce qu’elle a fait de sa vie. Prostituée ? Femme largement entretenue. Les hommes qui ont dépensé des sommes folles pour elle le regrettent aujourd’hui ? Elle n’a forcé personne à l’entretenir. Alors oui, aujourd’hui, elle veut écrire ses mémoires, elle les a même enregistrées sur cassettes et chargé sa nièce de les taper à la machine à écrire. Elle n’est pas la seule à avoir eu, à avoir encore le besoin de « dire sa vie ». A l’époque, c’était un peu moins fréquent – ou, du moins, les parutions étaient moins fréquentes. Même si elle est exécrable, d’humeur changeante, terrifiante pour sa nièce qui n’ose pas vraiment lui tenir tête (Hamish, de retour, fera une analyse très juste du comportement d’Alisson), elle reste brut de décoffrage, sans hypocrisie aucune. Oui, auprès de certaines personnes, dans un petit village conservateur, presque sous la coupe de lord Halburton-Smythe, cela détonne.
Alors, oui, l’intrigue est assez longue à démarrer, après les vrais-faux actes de délinquance qui amène le retour d’Hamish. Elle verra aussi un nouveau supérieur pour notre enquêteur, thème fréquent aussi dans la littérature policière, tout comme le fait qu’Hamish ne veuille pas monter en grade, pour ne pas quitter son cher village de Lochdubh, continuer à prendre soin de sa famille et à veiller aussi à ce que les braconniers ne fassent pas trop de dégâts sur les terres de lord Halburton-Smythe (quand il ne braconne pas lui-même, nécessité faisant loi).
Evolution cependant : tout en enquêtant, Hamish se dit sûr de ne plus ressentir d’amour pour Priscilla, qui en est presque déçue. Les gens changent, parfois.

Mortelle Ecosse de Stuart MacBride

édition J’ai lu – 442 pages

Présentation de l’éditeur :

La chance semble avoir quitté l’inspecteur Logan McRae : malgré ses brillants états de service, quelques bévues ont conduit ses supérieurs à le reléguer dans l’équipe des « Branleurs ». Pourtant, malgré les humeurs de son chef, l’irascible inspecteur Steel, et la corruption qui mine la police d’Aberdeen, Logan est bien déterminé à redorer son blason. Il s’empare alors d’une épineuse affaire qui mêle incendies criminels, prostituées et hommes politiques véreux. Malgré sa chef qui veut tirer la couverture à elle, sa compagne qui lui reproche ses heures supplémentaires, et son collègue qui décède des suites de ses blessures, l’inspecteur ne perd pas le nord dans cette ville d’Aberdeen qui, malgré la fin de l’été, commence à être pluvieuse.

Mon avis :

« Je ne lirai jamais ce livre », m’a dit ma meilleure amie après que je lui ai résumé les quarante-quatre premières pages de ce livre. Si vous avez la même sensibilité qu’elle (c’est à dire, si Julia Chapman, c’est déjà trop violent pour vous), vous pouvez passer votre chemin. Sinon, je vous invite à lire mon avis.
Aberdeen, Ecosse. Les statistiques de la criminalité sont en hausse, sont affreux. Il faut dire qu’il se passe des choses atroces : six personnes, dont une enfant de neuf mois, sont morts dans un incendie criminel. Détail atroce : les portes avaient été cloués, l’incendiaire voulait être sûr que personne ne s’en sortirait. En même temps, des prostituées disparaissent, et la police n’a pas l’intention de rester sans rien faire, même si trouver un tueur de prostitués, c’est tout sauf facile. Trouver un tueur tout court, d’ailleurs.
La municipalité ? Elle est en train de défendre un tout nouveau projet de construction. Enfin, un de ses conseillers surtout, celui qui dit le plus grand mal de la police, de son incompétence dans les journaux.
Parlons-en de la police, justement. Nous avons l’inspecteur Logan McRae, qui est en disgrâce depuis le décès de l’agent Maitland, des suites des blessures reçues en mission. Une enquête est ouverte, et McRae sait qu’il risque gros : Maitland était sous sa responsabilité, et même si McRae se sortait blanchi de l’enquête, cela n’empêcherait pas le poids de la culpabilité de l’accabler. Il n’a pas le temps pourtant, de s’appesantir : les crimes, les menaces, ne s’arrêtent pas, même envers les animaux. Oui, un labrador aussi peut être autopsié, parce que les policiers l’ont très bien compris : ce qui lui a été fait n’est qu’une répétition générale pour être fait sur un humain. De même, Jackie, compagne de McRae, n’oubliera pas d’aider tout le monde lors d’un incendie – chien y compris. Je ne dis pas que la police sauvera tout le monde, je dis simplement que les policiers, à aucun moment ne baisseront les bras quand ils se retrouvent face à des violences, à des blessures : s’assurer que quelqu’un est mort, c’est aussi vérifier que l’on ne peut plus rien faire pour le sauver. Alors oui, certaines scènes sont atroces, sanglantes, terribles. Oui, l’auteur compte sur la sensibilité du lecteur, pour dire qu’il ne faut pas laisser faire, il ne faut pas rester indifférent, qu’un dealer pratique la torture pour asseoir son territoire, sa part de marché, qu’un mac se serve de prostituées mineures ou qu’un homme tabasse sa compagne, ou qu’un autre se défoule sur des prostituées. McRae, Jackie, et d’autres policiers encore sont attentifs à tout ce qui se passe autour d’eux – même si certains faits dépassent l’entendement.Aller au-delà des apparences, aller au-delà de ses préjugés, réfléchir aussi au pourquoi du comment – pourquoi cacher un corps dans un valise rouge en plein milieu de la forêt, si l’on ne voulait pas qu’il soit découvert ? Pourquoi un criminel fuirait-il, même s’il est poursuivi par la police, alors qu’il a encore des comptes à régler ? Tout est souvent une question de prise de décisions rapides, efficaces, et d’une hiérarchie, d’équipes scientifiques qui tiennent le choc en dépit de tout le travail fait ou à faire.
Mortelle Ecosse – un polar qui porte bien son titre. Un regret, tout de même : les dix autres titres de la série ne sont toujours pas traduits à ce jour.

Agatha Raisin – tome 22 : Du lard ou du cochon de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 324 pages
Présentation de l’éditeur :
Noël a été décevant dans les Cotswold, fief d’Agatha Raisin. Pour réchauffer les coeurs et les estomacs, le petit village de Winter Parva propose une fête avec costumes, danseurs folkloriques et cochon de lait rôti.
Amatrice de barbecue, Agatha Raisin se jette sur l’occasion. Le tournebroche qui grésille a de quoi ravir les foules par cette journée brumeuse ! Mais lorsqu’on découvre que la bête n’est autre que le policier Gary Beech, assassiné et embroché, la fête tourne au cauchemar. Et celui-ci ne fait que commencer…. Car quelques jours plus tard, Amy, l’ex-femme de Gary, est retrouvée morte elle aussi. Cochon qui s’en dédit : Agatha se jure d’arrêter cette boucherie. Et de devenir vegan !
Mon avis :
Je continue, toujours, à lire les enquêtes d’Agatha Raisin. A mes yeux, les dernières enquêtes ont une forte tendance à suivre les mêmes schémas, et celle-ci ne fait pas exception : un gêneur, unanimement détesté, trouve une mort prématurée. La manière dont son cadavre a été dissimulée manque de vraisemblance, et ce ne sera que la première d’une liste, pas très longue, certes, mais bien réelle.
Agatha paie le prix de ce qu’elle a fait dans une enquête précédente. Se mêler de la vie privée de Toni n’était pas ce qu’elle a fait de mieux, mais elle ne pouvait pas prévoir ce que ferait Simon – par contre, elle aurait pu se douter que Toni ne prendrait pas très bien les choses. Ah, Toni et Simon, un couple digne de James et Agatha, si ce n’est que Toni, en dépit de quelques errances, sait ce qu’elle veut, et ne veut pas de l’homme qui partagera sa vie. Il faut dire qu’elle en verra des vertes et des pas mûres, Toni, dans ce livre, et que Simon est le roi des indécis – avec une bonne pincée d’invraisemblance, là aussi, dans son parcours.
L’enquête mènera Agatha très loin – et je me dis qu’elle parvient à se déplacer aussi facilement qu’à se retrouver dans des positions compliquées – Agatha et les siens passent leur temps à tenter d’échapper à la mort.
Si vous aimez Agatha, si vous aimez la suivre dans des péripéties multiples et variées, ce livre vous plaira, même si ce n’est pas sa meilleure enquête.

Agatha Raisin enquête, tome 21 : Trouble fête de M.C. Beaton.

Edition Albin Michel – 306 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Noël qui s’annonce dans le village de Carsely sent le sapin… John Sunday, membre de la Commission de santé et de sécurité, menace de mettre fin aux traditions si chères aux habitants. L’arbre de Noël sur le toit de l’église ? Un danger public. Les décorations accrochées aux réverbères ? Inutiles. Les jouets réalisés par une villageoise ? Nocifs pour les enfants. Foutaises ! protestent les membres de la Société des dames du village : il faut mettre ce trouble-fête hors d’état de nuire ! Qu’à cela ne tienne : son corps est retrouvé, lardé, tel un gigot, à coups de couteau de cuisine. Agatha n’a pas une minute à perdre pour trouver le coupable… et sauver la fête.

Mon avis :

Revoilà Agatha pour sa vingt-et-unième enquête, qui, si j’ai bien compté, dure un an, d’un Noël à l’autre. Et elle en connaîtra, des rebondissements, Agatha, au cours de cette année. Des événements malheureux, dramatiques surviendront, dont elle se sentira responsable. Or, mon jugement est simple : elle n’est ni responsable, ni coupable, ni elle ni Toni ne peuvent aider une personne qui s’enfonce de plus en plus, en dépit de l’aide reçue. Agatha a fort à faire aussi parce qu’après une vingtaine d’enquêtes, elle a tout de même acquis une certaine réputation avec son agence de détectives : soit l’on pense qu’elle est une bonne enquêtrice (elle s’est tout de même nettement améliorée) soit comme le chef de la police, ou d’autres encore, on ne la voit que comme une empêcheuse d’enquêter en rond, une femme qui trouve par hasard des faits qui bousculent l’ordre des choses, et on la sous-estime grandement. Ceux qui en veulent vraiment à Agatha (et je ne parle pas du pasteur Bloxby qui ne l’a jamais supporté, c’est autre chose) ont très souvent quelque chose, voire plusieurs choses à se reprocher. Prenons Dan, un journaliste qui a déversé son fiel, grâce à un rédacteur en chef pas très regardant (le népotisme mène à tout, même à bafouer la charte des journalistes) : il est très réellement un mauvais journaliste, bidouillant largement ses reportages, et se servant de son pouvoir pour quelques abus machistes. S’il n’a pas oublié ce que lui a fait Agatha (à juste raison) quand elle travaillait dans la communication, il aurait dû se souvenir aussi qu’elle n’avait rien perdu de son mordant.

Je parle, je parle, et je m’écarte du sujet premier de ce roman : un empêcheur de fêter Noël en rond, une personne qui tient à tout prix à ce que les règles, les lois soient respectées. Il ne s’agit pas de quelqu’un qui pense à la sécurité de tous, non juste d’une personne qui possède un petit pouvoir et qui s’en sert. Aussi, sa mort ne suscite pas vraiment l’indignation, plutôt le soulagement, même chez ses collègues. Son décès est suivi d’un autre, une femme qui, comme très souvent dans les enquêtes d’Agatha Raisin – c’est le ressort obligatoire – avait trouvé le coupable, et au lieu de prévenir la police, l’avait clamé sur les toits – sans révéler le nom, bien entendu. Elle non plus ne suscite pas vraiment la désespérance, ses enfants ne font même le trajet des Etats-Unis pour enterrer leur mère, nouvelle châtelaine de ce charmant petit village – oui, Carsely n’est pas le seul village à compter quelques criminels. Par contre, pour l’héritage, ou pour demander à Agatha d’enquêter, le fils Tom est capable de faire le déplacement. Il est capable de draguer aussi Agatha, dont la vie sentimentale est pour le moins au point mort – ou presque. Agatha semble enfin débarrassée de son obsession pour James. Certes, elle est encore obsédée par son apparence, même si elle est lucide sur son apparence, sur la lutte que mènent les femmes pour rester attirantes en dépit du temps qui passe, alors que les hommes ne font pas grand chose, parce qu’on ne leur demande pas grand chose. Elle se mêle aussi de la vie sentimentale des autres, comme celle de Toni. Il faut dire que la jeune femme n’a pas été très gâtée jusqu’à présent, et qu’Agatha ne voudrait pas la voir commettre des erreurs – ni elle, ni le garçon qui l’aime « peut-être ». Oui, le peut-être me gène aussi, surtout que ce sont surtout les femmes qui payent les conséquences. Toni est une excellente enquêtrice – et Agatha ne veut pas la perdre.

Et James ? Il aide Agatha dans son enquête, aussi curieux que cela puisse paraître. Lui semble avoir des regrets, et Agatha ne pas manquer d’humour face à un homme qui l’a toujours jugé sévèrement. Alors, que se passera-t-il ensuite ? Il reste encore une dizaine de titres à traduire avant d’avoir (ou pas) le fin mot définitif sur la plus longue histoire d’amour des romans policiers.

 

Agatha Raisin – tome 20 : Voici venir la mariée de MC Beaton

Mon avis :

Vingtième aventure d’Agatha Raisin, et franchement, il m’a fallu beaucoup d’indulgence pour aller au bout de ce récit. Indulgence, parce que j’ai eu l’impression de lire une énième variation sur le couple Agatha/James, et parce que les péripéties ne servent qu’à faire durer une intrigue qui aurait pu se terminer depuis une bonne centaine de pages.

James va se marier, avec une toute jeune femme nommée Felicity. Hélas pour lui, il n’a plus trop envie de se marier, ce sont des choses qui arrivent, mais il y est obligé par sa belle-famille. Agatha plaisante, lui suggérant un moyen de retrouver sa liberté. pas de chance : un strip serveur l’a entendu. Pas de chance pour la fiancée : elle est bel et bien assassinée avant le mariage. Faut-il vraiment que je vous explique qui sont les principaux suspects ?

L’enquête commence, et Agatha se retrouve, comme souvent, embauchée par la mère de la fiancée pour retrouver le coupable. Autant vous le dire, les faits peu réalistes commencent, et je me suis même demandée si l’auteure s’était bien relue, puisqu’elle donne un fait et son contraire deux pages plus loin. Heureusement, c’est fait exprès : Agatha relève cette contradiction, et s’interroge sur le sens qu’elle peut bien avoir. Qui ment ? Le père ou la mère de Felicity, deux nouveaux riches qui tentent de vivre de manière reluisante, après que monsieur a bâti sa fortune sur ce qu’il faut bien appeler une escroquerie. Ni l’un ni l’autre ne semble vraiment chagriné(e) par la mort de leur fille unique – et Agatha d’en être choquée. Alors, oui, l’on nous dit qu’elle a été à  demi adoptée, c’est à dire qu’elle a été adoptée par l’un de ses deux parents – ou les deux, tant ils sont tous les deux englués dans leur mensonge, au point, du moins pour Olivia, la mère, d’en avoir fait une vérité acceptable à ses yeux. Depuis que la littérature existe, ou presque, des auteurs trouvent normal de traiter différemment un enfant biologique d’un enfant adopté. Je ne dis pas que M.C. Beaton pensait ainsi, je dis simplement qu’elle montre des personnes qui pensent ainsi et que ces personnes, dans la vraie vie, sont plus nombreuses qu’on ne le pense. Tout comme elle montre des personnes qui maltraitent leurs enfants. Agatha l’a été, Toni l’a été, et d’autres certainement.

Oui, au milieu d’un récit pour le moins alambiqué, qui mène Agatha en Turquie, en France, dans le petit village normand de Saint-Clair (sur Epte ?) et en Espagne, nous voyons aussi des êtres humains qui abusent d’autres êtres humains, en toute impunité. Les abus peuvent prendre des formes multiples, le tout est que les responsables le fassent si discrètement qu’ils puissent passer inaperçus aux yeux de la police. Chacun y trouve son compte – sauf les victimes, bien sûr. Il est amusant de voir Agatha, si lucide sur les autres, si lucide parfois sur elle-même, être totalement incapable de voir clair sur sa vie amoureuse. En effet, l’essentiel du roman est consacré aux errances sentimentales d’Agatha, qui lui causeront de nombreux ennuis, et lui montreront des hommes très réactionnaires ou très perchés – pour ne pas dire les deux à la fois.

Je terminerai en donnant la parole à Mrs Bloxby, qui a bien du mérite à rester l’amie d’Agatha : Juste une remarque, Mrs Raisin. Ne laissez pas vos hormones affecter votre jugement d’habitude si sûr. 

Les McCabe, tome 1 : Dans le lit du Highlander de Maya Banks

Présentation de l’éditeur :

Mairin Stuart se sait perdue lorsque les hommes de Duncan Cameron envahissent le couvent où elle se cache. Cet ambitieux convoite sa dot et ne reculera devant rien pour la contraindre au mariage. Livrée à sa cruauté, Mairin résiste, puis parvient à fuir en compagnie d’un garçonnet. Or le père de ce dernier, Ewan McCabe, les rattrape et la soupçonne d’avoir enlevé son fils. Mairin ne porte-t-elle pas les couleurs de Cameron, son pire ennemi ? Face à la fureur du colossal Highlander, Mairin fait front de nouveau. Et curieusement, cette fois, elle n’a plus envie de fuir…

Mon avis : 

Je n’avais pas lu de romance historique écossaise depuis longtemps. A vrai dire, j’avais lu le tome 2 en 2014 (oui, j’avais commencé par le 2) et je ne me suis replongée dans le 1 qu’aujourd’hui, parce qu’il m’avait été proposé par Ichmagbücher dans le cadre du challenge Livra’deux pour PAL’addict. J’avais envie d’une lecture assez facile – les romances sont rarement causes de migraine, je me suis donc plongée dans ce livre.

Bingo ! ai-je envie de dire. Oui, le livre est facile à lire, tout s’enchaîne facilement. Un peu trop peut-être. L’Ecosse, ses clans, sa cruauté, bien visible, même chez les femmes. Mairin n’a pas de pitié pour ses ennemis – ils n’en avaient aucune pour elle, il faut bien le reconnaître. Mairin a été élevée dans un couvent, et elle ne sait pas grand chose de la vie d’un couple – mais elle apprend à une vitesse vertigineuse, comme souvent dans ce genre de roman. J’ai trouvé ces scènes pas toujours crédibles – si ce n’est la nuit de noces, très réaliste dans sa brutalité. Mairin multiple les gaffes, mais finalement, cela se passe assez bien pour elle. Certes, elle est victime « d’accident », ce n’est pas elle qui était visée, et le clan se ressoude vite pour la protéger, elle, la femme de leur laird, et leur laird, qui est la véritable victime désignée par toutes ses tentatives de meurtres. Qui est le traitre ? Je n’ai pas cherché, je me doutais bien que l’on trouverait ! Et la manière dont il se démasque est révélatrice de sa confiance en lui et en son véritable maître. Si la dernière partie est à ce sujet très mouvementée, les résolutions de tous les problèmes sont extrêmement rapides, et pas franchement vraisemblables. Les personnages du camp du bien ont tous eu beaucoup de chance, en dépit de la propension de certains de s’énerver très rapidement !

Il est des personnages attachants, néanmoins. Je pense à Crispen, le fils orphelin d’Ewan, ou Gertie, l’intendante des McCabe qui ne manque pas d’énergie.

Bref, une lecture qui fut plaisante à lire, mais pas inoubliable. Ah, si, tout de même : les marmites peuvent être très utiles, et pas seulement pour la cuisine.

 

Qui va à la chasse de M.C. Beaton

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Priscilla Halburton-Smythe ramène à Lochdubh son nouveau fiancé, un dramaturge londonien, tout le monde est enchanté… sauf Hamish Macbeth, amoureux transi de la jeune femme. Mais ses affaires de cœur devront attendre un peu : un des invités aux fiançailles de Priscilla, l’affreux goujat Peter Bartlett, est retrouvé assassiné pendant une partie de chasse à la grouse.
Chargé des premières investigations, Hamish Macbeth fait face à une brochette de suspects huppés, qui avaient tous une bonne raison d’attenter à la vie de l’ignoble capitaine Bartlett.

Mon avis :

Hamish est le personnage le plus sympathique de la série. C’est normal, me direz-vous, il est le héros. Oui, mais Agatha Raisin a beau être l’héroïne de l’autre série de MC Beaton, elle n’est pas toujours sympathique. Lui, Hamish, trouve toujours moyen d’être sympathique, même quand il « trafique » un peu – après tout, il le fait pour améliorer son ordinaire, lui qui aide tellement sa famille, et s’acquitte assez bien de son métier, n’empêchant personne, après tout, de vivre de son mieux.

Priscilla, par contre, c’est une autre affaire. Elle semble sortie d’un autre temps, elle est très éloignée des jeunes femmes dynamiques crées par Agatha Christie. Elle a un travail, des amis, et pourtant, elle veut plaire à ses parents en épousant un homme qui leur convienne – elle est fille unique, il est des choses qu’elle pense ne pas pouvoir se permettre. Son fiancé, un dramaturge reconnu, est donc tout à fait acceptable pour ses parents, qui vont en plus avoir le bonheur de recevoir de nombreux invités, heureux pour les fiancés, disons plutôt heureux de rencontrer la coqueluche de tout Londres.

Si le thème du premier volume était la pêche, ici, il est question de la chasse, et de la difficulté de trouver le gibier que l’on veut : les grouses sont rares. Les meurtres le sont un peu moins, puisqu’un des invités est retrouvé mort. Les accidents de chasse sont bien plus fréquents qu’on ne le pense, et ont le mérite d’arranger tout le monde, la police en premier. Toute la police  ? Non, Hamish met en doute cette thèse et démontre que Peter Bartlett, grand séducteur et grand goujat a bel et bien été assassiné.

L’enquête s’annonce non pas difficile, mais pleine de méandre : pourquoi ne pas revenir tout simplement à la thèse de l’accident ? Il est franchement des personnes qui aiment se compliquer l’existence ! Il est aussi des personnes qui, même si un suspect avoue, est arrêté, continue à enquêter sous prétexte que… N’anticipons pas ! Hamish est sympathique, jusque dans sa manière de profiter de certaines situations, alors que beaucoup des illustres invités des Halburton-Smythe sont des rustres, des pintades de la pire espèce. Quand je vous disais que la saison de la chasse était ouverte….

Dernier argument : les Highlands sont toujours décrits de manière somptueuse, et Hamish MacBeth aime toujours autant parcourir la lande, même si c’est à la recherche d’indices.

 

Agatha Raisin, tome 16 : jamais deux sans trois de M.C. Beaton

Présentation de l’éditeur :

Lasse de courir après des chats et des chiens égarés, Agatha accepte la sollicitation d’un certain Robert Smedley : cet homme fortuné est persuadé que son épouse le trompe. Rien de plus tentant pour notre extravagante Agatha que de coincer la jeune, jolie et très dévote Mrs Smedley, un peu trop parfaite pour être honnête. Mais c’était compter sans une autre affaire de disparition qui lui tombe sur le coin du nez. Jamais deux sans trois ?

Mon avis :

L’agence de détective d’Agatha Raisin marche bien, très bien, presque trop bien pour Agatha qui parfois est lasse de devoir enquêter sur certaines affaires. Du coup, elle délègue, notre chère Agatha, elle délègue même énormément, au point que ce sont quasiment ses employés qui font le gros du travail à sa place. L’affaire qui ouvre ce seizième volume est tout simple : un homme, Mr Smedley, très jaloux, veut qu’Agatha suive sa femme et trouve des preuves de son adultère. La routine, on vous dit. La différence est qu’Agatha ne trouve absolument rien, la jeune femme semble parfaite en tout point, même madame Bloxby, qui la connaît bien, ne peut que le certifier : Mrs Smedley est très investie dans la vie de la paroisse, elle n’a absolument rien à cacher. Bref, cette affaire semble vraiment des plus évidentes, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes des détectives privés. Cependant, Agatha doit s’occuper aussi d’affaires plus poignante : une adolescente a été assassinée, passant ainsi du statut d’ado disparue, voire de fugueuse, à victime d’un crime atroce. Là aussi, Agatha va mener l’enquête, pas seulement parce que toute publicité est bonne à prendre, mais parce qu’elle est touchée par la douleur des parents de la jeune fille, qui découvrent qu’ils n’en savaient pas autant qu’ils le croyaient sur la vie de leur fille.

Agatha, la quinquagénaire qui ne veut surtout pas admettre les petits mots liés à l’âge, se retrouve donc à découvrir non pas la vie secrète des adolescentes (cela ferait un beau titre) mais les petites misères des ados, leur capacité à être manipulée en rêvant d’amour, d’un avenir meilleur, ou tout simplement en ayant peur que d’autres petits secrets soient dévoilés. Elle est aussi obligée de se replonger dans sa simple affaire Smedley quand Mr Smedley est assassiné à son bureau. Bien sûr, sa femme ne peut pas être la coupable, je vous rappelle qu’elle est parfaite ! Par contre, son mari ne l’était pas – chercher ses ennemis n’est pas très difficile, par contre se demander pourquoi sa femme n’en faisait pas ouvertement partie l’est davantage !

Comme le quinzième tome, Jamais deux sans trois est très agréable à lire, les rebondissements sont nombreux, les membres de l’agence de détective d’Agatha sont attachants et le dénouement nous rappelle qu’il faut toujours aller au-delà des apparences.

Hamish Macbeth, tome 1 : Qui prend la mouche de MC Beaton

édition Albin Michel – 252 pages.

Présentation de l’éditeur :

Policier du petit village de Lochdubh situé au beau milieu des Highlands en Écosse, Hamish Macbeth manque totalement d’ambition professionnelle mais il peut cependant compter sur son intuition naturelle pour mener à bien ses enquêtes. Ses qualités lui seront bien utiles quand le corps sans vie de Lady Jane Winters, langue de vipère notoire et participante au stage de pêche à la mouche du village, est retrouvé dans la rivière. Secondé par la délicieuse Priscilla Halburton-Smythe, Hamish s’immerge en eaux troubles pour démasquer l’assassin.

Mon avis :

Tout d’abord, il est difficile de résister à la tentation de dresser un parallèle entre Hamish MacBeth, héros de M.C. Beaton apparu en 1995 et Agatha Raisin, dont traduction de la dix-septième aventure paraîtra bientôt . Je vais donc tacher de vous parler simplement de Hamish. Il est un personnage rare, parce qu’il en faut beaucoup pour lui faire perdre son calme. D’ailleurs, je ne suis même pas sûre qu’il soit capable de perdre son calme, de s’énerver, de cracher des jurons à droite et à gauche, non. Par contre, Il est capable de dire posément ce qu’il pense à quelqu’un, et tant pis si son propos est particulièrement vache. La peur de perdre son poste à cause de son franc-parler ? Il ne connait pas, puisque je ne suis pas sûre que beaucoup de policiers aient envie de s’enterrer au beau milieu des Highlands – par contre, fermer ce petit poste isolé, pourquoi pas ?
Non loin de là, se trouve une école de pêche à la mouche, dont les propriétaires John et Heather accueillent de nouveaux stagiaires. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’amour de la pêche réunit des personnes pour le moins disparate, dont une a vite fait de se mettre tout le monde à dos : Lady Janes Winters. J’aimerai bien vous dire que je lui trouve des circonstances atténuantes, c’est faux. Cependant, je dois dire qu’elle tire sa force du fait que tous ou presque ont des choses à cacher – ou plutôt des choses qu’ils n’assument pas, contrairement à Hamish. En lisant ses propos, je n’ai rêvé que d’une chose : que tous se liguent contre elle et l’envoient dans les bruyères de la lande. Ce n’est pas vraiment ce qui va se passer, mais c’est ainsi que va débuter l’enquête, quand le cadavre de lady Jane est retrouvé.
Nous sommes dans les années 90, ou plutôt, nous sommes dans les années Tchatcher. Même au fin fond des Highlands, les différences entre les classes sociales sont très marquées, alors quand s’ajoute en plus un portefeuille bien garnie, il devient impossible, impensable, de nouer une relation, ou d’envisager d’en nouer une à moins d’être rêveur(se). Il est plus facile d’enquêter, ou presque, à condition de rester à l’écoute de ce que l’on ne vous dit pas vraiment.
Dernier point : ne ratez pas les superbes descriptions des Highlands.

Agatha Raisin enquête, tome 15 : Bal fatal par M.C. Beaton


Présentation de l’éditeur :

Au cours de cette nouvelle enquête, la détective Agatha Raisin est chargée de découvrir qui menace de mort la fille de la riche divorcée Catherine Laggat-Brown. Avec l’aide de son fidèle ami sir Charles Fraith, elle tente de résoudre la première grosse affaire de sa nouvelle agence de détectives.

Mon avis :

Autant vous le dire tout de suite, ce quinzième tome est à mes yeux un des meilleurs de la série. Agatha Raisin a enfin ouvert une agence de détective et celle-ci marche très bien ! Certes, il lui faut parfois effectuer des enquêtes « de routine », comme retrouver un animal perdu ou trouver les preuves d’un adultère, mais globalement, ce nouveau métier l’enchante, elle a engagé du personnel, et parfois, des affaires singulières se présentent, comme ce père qui préfère retrouver sa voiture plutôt que son fils, ou cette femme qui engage Agatha parce que sa fille, bientôt mariée, est menacée de mort. La menace est d’ailleurs mise à exécution, et après cette tentative ratée, il ne reste plus à Agatha qu’à enquêter.

L’action ne manque pas dans ce volume. L’action, et l’introspection : Agatha se remet en cause, et se rend compte à quel point l’amitié est précieuse, au point de vraiment donner du sien pour préserver ses amitiés. Les exemples en seront nombreux dans ce roman, dans lequel elle ne cesse de se démener, pour trouver la vérité. Elle ne cesse aussi d’être menacée : jamais nous n’avons été aussi prêts de perdre Agatha Raisin ! Il faut dire qu’elle a vraiment un don pour se bien entourer, et oublier, parfois, les précautions les plus élémentaires.

Féministe, Agatha Raisin ? Oui, même si elle passe son temps à tomber amoureuse, et ne parvient pas toujours à oublier James.  Pourtant, elle reste indépendante et aide certaines des femmes qu’elle croise à se libérer d’une relation toxique. Oui, il n’est pas toujours facile d’aller porter plainte, oui, un homme qui vous bat un jour peut vous battre à nouveau et ne s’arrêtera pas. Il est des femmes qui laissent les hommes qui partagent leur vie leur imposer leur point de vue – cela leur épargne aussi de réfléchir. Il est aussi des femmes, comme la douce Mrs Bloxby, qui respecte l’opinion de leur mari et agisse cependant comme elle l’entende : Agatha reste son ami, quoi qu’en dise son mari.

Ce quinzième tome montre Agatha en action, Agatha vieillissante, mais aussi sir Charles et son cher Gustav, Roy, ou encore les chats d’Agatha, dont elle prend grand soin.