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Hamish Macbeth, tome 9 : Petits crimes entre voisins de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 236 pages.

Présentation de l’éditeur :

À peine débarqué dans leur affreux van à Lochdubh, Sean et Cheryl, un couple de routards un peu fêlé, inquiète la population du village. Et pour cause : du jour au lendemain, les sermons du prêtre deviennent apocalyptiques ; le cabinet du médecin est dévalisé ; l’argent disparaît ; les voisins, autrefois amis, veulent s’entretuer… Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume de Lochdubh ! Quand Sean est retrouvé le crâne défoncé, la guerre menace vraiment. Pour rétablir la paix dans les foyers, Hamish, épaulé par Priscilla, tente le tout pour le tout…

Mon avis :

Voici le tome 9 des aventures d’Hamish MacBeth. Il est court (236 pages) et je l’ai lu en deux heures, à peu près (oui, lire un livre presque d’une traite ne m’arrive quasiment jamais). Ce n’est pas que le livre était particulièrement prenant, c’est plutôt que j’avais hâte de voir comment tout allait se terminer, et si la recette déjà utilisée dans les tomes précédents allait à nouveau être utilisée.

La nouveauté, c’est qu’Hamish a été promu au rang de sergent. La mauvaise nouvelle est qu’il est totalement imbuvable avec Willie, son subordonnée. Il faut attendre la moitié du livre, au moins, pour qu’il se dise « je ne suis pas très gentil avec lui » et qu’il se décide à lui parler avec gentillesse. Willie n’est pas un bon flic ? Il ne serait pas le premier, j’ai quelques noms en tête dans cette série. Il passe beaucoup de temps à tenter de séduire la belle Lucia ? Il faut dire aussi qu’Hamish ne se comporte pas toujours comme le sergent qu’il devrait être vis à vis de son subordonné.

Comme souvent, dans les aventures d’Hamish Macbeth (cela fonctionne aussi pour les enquêtes d’Agatha Raisin), le problème ne vient pas du village en lui-même, mais de deux étrangers qui viennent s’installer dans le village. Sean et Cheryl sont des voyageurs, c’est à dire des personnes qui ont adopté le mode de vie des Roms sans en être eux-mêmes. Ils recueillent en général la sympathie des villages qu’ils traversent. Seulement voilà : ils sont bien décidés à rester un certain temps, et Cheryl a un vocabulaire des plus fleuris, à croire même qu’elle ne peut s’exprimer sans dire de jurons. Peu à peu, la vie des villageois s’en trouve bouleversée. Le pasteur attire du monde par ses sermons – si ses paroissiens savaient quel dilemme est le sien. Angela, qui a repris ses études, ne va pas fort. Même les soeurs Jessie et Nessie veulent quitter le village ! Hamish y voit l’influence empoisonné de Sean, qui est même comparé au démon qui hantait les contes écossais d’autrefois.

Et si le problème était autre ? Oui, bien sûr, en tant que lectrice extérieure à ce petit monde étouffant du village, je vois avant tout trois femmes qui se sentent très seules, trois femmes qui ne peuvent se confier à personne et qui ne se confient même pas, ou si peu, entre elles, comme si seul leur statut – femme de pasteur, femme de médecin, vieilles filles, membres honorables d’une association locale – comptait. Elles sont également prisonnières financièrement – faire compte commun est peut-être très bien, si ce n’est qu’elles ne peuvent disposer d’aucune somme d’argent sans que leur mari ne soit au courant. Il est des personnes qui trouvent cela merveilleux. Pour ma part, je trouve surtout que ce n’est pas pratique du tout !

De l’autre côté, nous trouvons Lucia, nouvellement arrivée dans le village. Elle travaille dans le restaurant de son oncle, et elle n’est autorisée à sortir avec un jeune homme qu’à des conditions d’une sévérité drastique, digne de ce que l’on attend d’une toute jeune adolescente, non d’une femme adulte. J’ajoute cependant qu’elle en joue également – arguer de la sévérité de son oncle est pratique pour repousser un prétendant trop entreprenant. Elle et ses mains rougies à force de frotter le sol, à force de nettoyer, sait ce qu’elle veut dans la vie, un homme qui ne l’épousera pas parce qu’elle sera une femme de ménage gratuite. Force est de constater que c’est ainsi que la plupart des hommes qu’elle rencontre considèrent les femmes ainsi et ne voient pas du tout où est le problème. En 2021, certains ne le voient toujours pas, et trouvent « normal » que la femme fasse tout. Lucia trouvera-t-elle la perle rare ? Elle congédie en tout cas sans soucis tous les autres.

Oui, l’enquête sera résolue – forcément. Mais, à y regarder de plus près, la vie dans le petit village n’est pas si paisible que cela. Hamish est sollicité très souvent pour des problèmes parfois très graves, comme lorsqu’il doit secourir Roderick, petit garçon en péril. Hamish découvre aussi que le monde a évolué, et qu’un cabaret transformiste peut ouvrir dans une ville, non loin, sans que les habitants en soient choqué. Ils lui font même plutôt bon accueil. Hamish évoque aussi les personnes qui vivent grâce à l’aide social, et qui sont plutôt bien acceptés, finalement – sauf à se faire remarquer par des dépenses disproportionnées.

Les enquêtes d’Hamish Macbeth sont avant tout le récit de ce qui peut se passer dans un petit village qui semble presque coupé du monde, en tout cas coupé de la modernité.

Un Noël près de la Tamise d’Anne Perry

édition 10/18 – 160 pages

Présentation de l’éditeur :

Un orphelin enquête sur le kidnapping d’une jeune femme et découvre que sa disparition cache plus qu’il n’y paraît : sous la plume enneigée d’Anne Perry, les rues pavées et les petits salons du vieux Londres bruissent toujours de complots.

Worm, un gamin des rues âgé de neuf ans, vit sur les rives de la Tamise et il n’a jamais passé un Noël en famille. Mais grâce à un petit boulot dans la clinique d’Hester Monk à Portpool Lane, la douce Miss Claudine Burroughs et Squeaky Robinson, un vieux comptable bougon, deviennent sa famille adoptive.

Mon avis :

J’ai trois tomes de retard pour les histoires de Noël signée Anne Perry. Tant pis :j’ai lu celle de cette année, qui nous entraîne dans l’univers de Monk, l’enquêteur d’Ane Perry que je connais le moins.

Comme souvent, dans les intrigues de Noël, ce n’est pas l’intrigue policière proprement dite qui est intéressante, mais les personnages que nous croisons. Nous avons ici Squeaky, que je serai bien en peine de présenter dans une enquête traditionnelle de Monk, et Worm, jeune orphelin qui vit dans un foyer pour femmes à Londres. Je considère d’ailleurs que, dans ce récit, Londres est un personnage à part entière, tout comme peuvent l’être les bords de la Tamise, où se vivent des vies que la plupart des londoniens ignorent.

Worm, lui qui a dû survivre dans la rue, voit tout, observe tout, notamment quand il voit une belle jeune femme innocente brutalisée par deux hommes. Il a neuf ans, et ne se pose pas la question de savoir pourquoi elle accepte malgré tout de les suivre. Pourquoi accepter cette violence ? Il faudra le regard de Squeaky, revenu de tout, qui a tout vu aussi, tout cotoyé, pour donner un autre point de vue sur ce qui se passe. Il est question de violence, d’or, de meurtres et de vengeance. Mais il est surtout question de Noël, de l’esprit de Noël, qui n’en a que faire (encore heureux) que certains se tapent dessus à cause de ce qu’ils ont fait. Oui, c’est Noël, et c’est toujours mieux de le voir à travers les yeux de Worm, ce gamin des rues qui s’est trouvé une famille et qui entend bien protéger les autres, même celle qui n’a pas compris à quel point elle prenait des risques, à quel point elle avait, peut-être, idéalisé son passé. Et si vous voulez un personnage pas idéaliste mais courageux, n’oubliez pas Squeaky.

 

Le ciel empoisonné de Sir Arthur Conan Doyle

Présentation de l’éditeur :

Dans Le Ciel empoisonné (roman publié en 1913, également connu sous le titre de La Ceinture empoisonnée), quatre amis, lord Roxton, un journaliste, Edouard Malone et un savant, le professeur Summerlee, sont invités par le professeur Challenger, qui a découvert l’altération des raies de Frauenhofer, dans le spectre des planètes et dans celui des étoiles. Il a écrit une lettre ouverte au Times qui dit : « Ceci annonce une catastrophe imminente, une fin mystérieuse de notre planète. La modification et l’altération des raies de Frauenhofer décèlent un vaste changement cosmique, d’un caractère subtil et singulier. À quoi pouvons-nous nous attendre ? À un changement de notre atmosphère ? À la destruction de toute l’humanité ? »Des maladies, des accidents, sont signalés, venant de tous les pays du monde. Déjà, en Angleterre, des disputes éclatent sans cause, des personnes pacifiques s’affrontent par des morsures et des coups. Le professeur Challenger désire passer avec sa femme et ses amis les derniers jours qui leur restent à vivre

Mon avis :

Sir Arthur Conan Doyle est surtout connu pour ses romans et nouvelles policières, moins pour tout ce qui touche à la science-fiction, sauf Le monde perdu. Ici, nous retrouvons dans ce court roman (pour moi, il s’agit plutôt d’une grande nouvelle) les personnages qui ont exploré le centre de la terre et qui n’ont pas tant changé que cela. Ils ont vieilli, ont progressé dans leur profession, ou sont restés tout aussi imbuvables, comme le professeur Challenger. Justement, le patron d’Edouard Malone souhaite que celui-ci aille interroger le professeur sur sa dernière communication scientifique, assez alarmante, pour ne pas dire inutilement alarmiste, et il ne souhaite pas envoyer un journaliste qui n’aurait pas l’habitude de Challenger – ne prenons pas de risques inutiles pour lui ! Malone n’est pas le seul à faire route vers la villa de Challenger, le professeur Summerlee et Lord Roxton ont eux aussi été conviés, avec en plus une demande assez saugrenue de la part du professeur : venir avec une bonbonne d’oxygène. Décidément, rien ne va plus dans cette bonne ville de Londres, dans laquelle les comportements aberrants se multiplient, les obsessions ne se cachent plus, et les bagarres éclatent. Il faudra que nos trois héros rejoignent la villa de Challenger pour en savoir beaucoup plus sur ce qu’ils vont devoir traverser.
Tout comme Malone, je n’ai rien compris aux explications scientifiques de Challenger, je n’ai même pas eu un éclair de lucidité à leur sujet. Je me suis plus laissée bercer par la voix du journaliste, qui accomplit son métier, pensant à la fois à son journal, aux articles qu’ils n’écrira peut-être jamais, et au journal (intime ?) qu’il écrit, mettant des mots sur tout ce qu’il voit, ce qu’il vit, et aussi sur ce qu’il n’entend plus.
Le sujet ? Une catastrophe, que l’on ne qualifierai pas encore d’écologique, parce que ce mot restait à inventer, ou à faire entrer dans le langage courant. Une interrogation aussi, de ce qui se passerait si quelque chose attaquait l’humanité d’un seul coup, et si elle disparaissait presque entièrement. Oui, tout est dans le presque, parce que comme les survivants, peu nombreux, parviendraient-ils à tenir, seuls, ayant perdu famille et amis ? Oui, Challenger a fait de son mieux pour protéger ceux à qui ils tenaient, je regrette cependant qu’il n’ait pas pensé aux personnes qui travaillaient pour lui. Certes, la catastrophe fera changer le professeur – un peu, et Malone d’analyser ce que l’on ressent face à une telle catastrophe, de l’effroi à une forme de neutralité face à tant d’horreurs qui paraissent inconcevable. Certaines scènes m’en ont rappelé d’autres, lues dans La Bête humaine, de Zola, ou dans Le formidable événement de Maurice Leblanc. Il ne s’agit pas là de plagiat, loin de là, plutôt de questionnements communs à une époque donnée.
Il existe trois autres récits mettant en scène le professeur Challenger : j’aimerai bien pouvoir les découvrir aussi, en français, bien entendu.

Les flèches de Cupidon de MC Beaton

édition Albin Michel – 256 pages

Présentation de l’éditeur :

Dans les Highlands, le policier Hamish Macbeth profite de la tranquillité estivale pour rendre visite à Priscilla, qui reçoit les membres d’un voyage organisé par une agence matrimoniale dans son hôtel. Les huit riches clients sont encadrés par Peta, une femme assez vulgaire. Lorsque cette dernière est retrouvée morte, une pomme dans la bouche, Hamish mène l’enquête.

Mon avis :

Je ferai cours : cette fois-ci, entre Hamish et moi, c’est fini. Je poursuivrai la lecture des Agatha Raisin, il ne m’en reste que six à découvrir à ce jour, mais je laisse définitivement en plan ce cher Hamish et ses Highlands, même s’ils constituent un très beau décor.
Qu’est-ce qui ne passe pas ? Je crois que c’est le fait qu’aucune progression ne soit à noter entre les différentes intrigues. Nous avons toujours un groupe de personnages qui ne vient pas du village et qui investit les lieux pour une raison ou pour une autre. Parmi ceux-ci, nous avons un personnage qui sera extrêmement désagréable, pour une raison ou pour une autre, toujours, au point que tous les autres ont des pulsions meurtrières à son égard. Cette présentation de l’intrigue se développe en général sur une centaine de pages. Puis vient le meurtre proprement dit, que le médecin légiste classe toujours en mort accidentelle ou naturelle. Il faut toujours qu’Hamish et son intuition se présentent pour espérer que cette mort reçoive l’étiquette correcte, à savoir qu’il s’agit bel et bien d’un meurtre. L’inspecteur Blair vient ensuite fourrer son nez dans les affaires, et en tirer toute la gloire, même si c’est Hamish qui a trouvé l’identité du coupable et même si Blair était censé être loin, très loin des Highlands. Il faut croire qu’il possède un radar lui permettant de savoir quand un meurtre surviendra.
Les différences entre les tomes ? Elles sont minces. La relation entre Priscilla et Hamish a évolué vers l’indifférence pour lui, la tentation pour elle. Les relations entre Priscilla et son père aussi ont changé, elle ne veut plus être celle qui fait tout le travail alors que lui se la coule douce.
J’ai peine à trouver de l’originalité dans ce huitième tome, et sa lecture ne me distrait même plus. J’ai du mal, aussi, quand je vois tous ces personnages de jeune fille « faible », qui obéissent à leur mère et n’attendent du secours que dans le mariage – approuvé par maman, forcément. Le mariage, ou la seule solution pour sortir de sa condition. Reprendre ses études pour avoir un meilleur travail comme le suggère Hamish ? Pas sûre que les « bonnes résolutions » soient tenues. L’agence matrimoniale que nous découvrons dans ce volume fonctionne sur ce précepte : unissons des personnes qui ont des points communs, mais aussi des personnes qui sont issus du même milieu, ou qui attendent du mariage une amélioration sociale. Déprimant ? oui, un peu.
Je quitte donc Hamish sur ses mots, avant de revenir vers les oeuvres de MC Beaton pour la sortie du prochain Agatha Raisin.

Agatha Raisin enquête – tome 25 : Au théâtre ce soir de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 324 pages

Présentation de l’éditeur :

Quelle mouche a piqué Agatha d’accepter (a proposition de son amie Mrs Bloxby d’assister au spectacle de fin d’année de la troupe de théâtre locale ? La mouche tsé-tsé sans doute, car la mise en scène est si mauvaise qu’Agatha s’endort dès les cinq premières minutes. Jusqu’à ce qu’un cri retentissant la réveille : happé par une trappe, un des acteurs est retrouvé empalé quelques mètres plus bas ! Loin d’être une jeune première, Agatha monte aussitôt sur les planches pour mener l’enquête. Mais entre chamailleries et querelles d’artistes, difficile de discerner le vrai du faux. Il y a pourtant urgence, car l’assassin est aux aguets, prêt à donner la réplique à Agatha…

Mon avis :

Les Agatha Raisin se suivent, se ressemblent, et pourtant, je n’ai pas pris le même plaisir à lire ce vingt-cinquième tome que le vingt-quatrième, vraiment très drôle. Dans ce tome, le côté sanglant domine : l’hémoglobine coule presque à flots, et ce, dès le début. J’ai une pensée émue pour ceux qui lisent Agatha parce que ces romans ne sont pas gore. Pas de chance : celui-ci l’est. Certes, le titre anglais (the blood of an englishman) est bien plus évocateur. Certes, le récit lorgne carrément vers des classiques du genre, entre contes et faits divers sanglants. Mais il reprend aussi tous les ingrédients qui constituent la recette Agatha Raisin ! Nous retrouvons les hommes de sa vie, à savoir James, Charles et Roy. Elle est toujours amie avec Mrs Bloxby. Elle est toujours un peu/beaucoup jalouse de Toni, qui cherche à tout prix à éviter Simon. La victime est un homme que tout le monde détestait, le tout est de savoir qui l’a tué, parmi tous ceux qui ne pouvaient pas le sentir. Agatha, qui enquête, met plusieurs fois sa vie en danger, comme quelques anticipations le laissent entendre avant même que le danger n’arrive. La différence ? Elle tient peut-être au fait que l’intrigue m’a laissé un goût d’inachevé. Peut-être retrouvera-t-on certains personnages dans le tome suivant !

Agatha Raisin – tome 24 : Gare aux empoisonneuses de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 306 pages

Présentation de l’éditeur :

Personne ne peut rester indifférent au charme de Gloria French, une veuve londonienne au rire sonore et aux joues bien roses ! Les habitants des Cotswolds ont accueilli avec joie cette dame toujours prête à rendre service et à lever des fonds pour l’église. Même si sa fâcheuse manie à emprunter des choses à ses voisins, sans jamais les rendre, en irrite plus d’un… Lorsqu’on retrouve Gloria empoisonnée par un vin de sureau qu’elle avait justement « emprunté », c’est le choc. Qui pouvait lui en vouloir ?

À Agatha de résoudre l’énigme et de trouver l’empoisonneur ou l’empoisonneuse…

Mon avis :

Même pour Agatha Raisin, c’est la crise ! Ce n’est pas que les affaires manquent parce qu’ils ne se passent rien, les affaires manquent parce que les clients potentiels n’ont plus les moyens pour l’engager – et Agatha n’a pas envie de licencier un seul membre de son personnel. Elle s’ennuie un peu, heureusement, Mrs Bloxby est là pour la réconforter. Ni l’une ni l’autre ne pensait qu’un meurtre surviendrait bientôt, dans un hameau voisin, et qu’Agatha, au bout de quelques jours d’une enquête qui piétine, serait embauchée pour trouver le coupable.

Les suspects ? Ils sont nombreux. Piddlebury a beau être véritablement une petite commune, avec l’église d’un côté et le pub de l’autre, tous les habitants ou presque pourraient être suspect. Pas le pasteur, non. Ce n’est pas à cause de son métier, c’est uniquement parce qu’il était une des rares personnes à apprécier Gloria. Sa femme ? Fatiguée par ses tâches de femmes de pasteur, elle n’aurait pourtant pas dit non pour arracher les yeux de Gloria. La vieille Mrs Tripp ? Gloria avait beau lui avoir fait la lecture pendant des heures et des heures, elle ne la supportait pas. Je pourrai continuer ainsi longtemps. Fait presque nouveau : Agatha enquête et l’on cherche très vite à la supprimer, de la même manière dont Gloria a été tuée. Ce n’est pas tant qu’Agatha craint pour elle-même – même si l’idée d’être empoisonnée ne lui sourit pas – elle craint pour les membres de son équipe – voir mort Simon ? Hors de question.

Et les amours ? Presque sereine. Agatha est toujours amie avec Charles, et elle a le béguin pour un professeur de chimie rencontré durant son enquête. James pense enfin vivre « une histoire sincère et magnifique ». Quant à Toni, elle s’interroge : pourquoi se lance-t-elle toujours dans des histoires d’amour avec des hommes violents ? Cependant… ah, je ne veux pas trop vous spoiler, mais selon Agatha elle-même, il lui arrivera pire que d’être menacée de mort – et pourtant, elle en verra vraiment des vertes et des pas mûres dans cette enquête. Quoi ? Ah, je ne le dirai pas, je dirai simplement que certains donnent fortement l’impression de vivre encore comme si l’on était au moyen-âge ou dans les années cinquante, aucune de ses options n’est préférable !

PS : ne ratez pas le mémorable passage télévisé d’Agatha, qui devrait lui assurer une longue postérité.

Hamish Macbeth, tome 5 : Qui franchit la ligne jaune de M.C. Beaton

Présentation de l’éditeur :

Maggie Baird n’est ni gentille ni généreuse, mais elle est très, très riche. Donc, quand sa voiture prend feu, avec elle à l’intérieur, il y a cinq candidats probables pour le rôle de meurtrier. Tous les cinq avaient été des domestiques dans sa luxueuse maison des Highlands – la nièce timide de Maggie et quatre anciens amants, dont Maggie avait l’intention de choisir un mari.
Tous les cinq sont complètement cassés et tous ont eu amplement l’occasion de falsifier la voiture de Maggie. Donc, découvrir qui l’a fait nécessitera tout le bon sens extraordinaire de Hamish Macbeth et sa compréhension de la nature humaine; surtout quand le tueur semble être complètement la mauvaise personne

Mon avis :
Quand je lis un roman d’Hamish MacBeth, j’ai l’impression de me retrouver dans une autre époque. Années 50, 60, 70 ? Difficile à déterminer : pas ou peu de repères historiques, qui permettent à ces intrigues d’être lues de tout temps, mais aussi l’impression que, dans ce coin de l’Ecosse, rien ne bouge et rien ne bougera jamais. Prenons Alison, la nièce de Maggie : elle a eu de la chance. Certes, elle a eu, à trente ans, un cancer des poumons, mais elle s’en est remise, même s’il lui manque un morceau de poumon. Sa tante, sa seule famille, l’a prise sous son aile et emmenée avec elle dans son cottage. Maggie Baird, c’est un peu comme une grande enfant : elle se lasse très vite de ses jouets, et sa nièce ressemble beaucoup à cela, ou, pour avoir un autre point de vue, c’est un peu comme une femme qui a ressenti le besoin de materner, et qui s’est rendue compte que ce n’était pas du tout son truc.
Qu’à cela ne tienne ! Maggie trouvera d’autres combats. Tenez : faire revenir dans le village le policier qui a été muté, sous prétexte que la criminalité locale n’était pas énorme. Petite réunion d’un comité organisé et hop ! l’opération de communication « ramenons Hamish parmi nous » est lancée – même si la présence et l’influence de Priscilla Halburton-Smythe n’y sont pas pour rien !
Ce livre est paru un an avant la parution du premier Agatha Raisin, et en lisant Qui franchit la ligne jaune, je me suis dit qu’il y avait de l’Agatha dans le personnage de Maggie, qui trouve refuge dans un petit village. Une Agatha au passé sulfureux, mais assumé, une Agatha qui aurait largement profité des hommes, une Agatha, surtout, qui se serait laissée aller par déception amoureuse, alors que ce n’est pas du tout le cas de la patronne de la publicité à la retraite. Oui, si Agatha a un passé dont elle peut s’enorgueillir, ce n’est pas ce que les gens pensent de Maggie – mais elle assume avec une vacherie certaine ce qu’elle a fait de sa vie. Prostituée ? Femme largement entretenue. Les hommes qui ont dépensé des sommes folles pour elle le regrettent aujourd’hui ? Elle n’a forcé personne à l’entretenir. Alors oui, aujourd’hui, elle veut écrire ses mémoires, elle les a même enregistrées sur cassettes et chargé sa nièce de les taper à la machine à écrire. Elle n’est pas la seule à avoir eu, à avoir encore le besoin de « dire sa vie ». A l’époque, c’était un peu moins fréquent – ou, du moins, les parutions étaient moins fréquentes. Même si elle est exécrable, d’humeur changeante, terrifiante pour sa nièce qui n’ose pas vraiment lui tenir tête (Hamish, de retour, fera une analyse très juste du comportement d’Alisson), elle reste brut de décoffrage, sans hypocrisie aucune. Oui, auprès de certaines personnes, dans un petit village conservateur, presque sous la coupe de lord Halburton-Smythe, cela détonne.
Alors, oui, l’intrigue est assez longue à démarrer, après les vrais-faux actes de délinquance qui amène le retour d’Hamish. Elle verra aussi un nouveau supérieur pour notre enquêteur, thème fréquent aussi dans la littérature policière, tout comme le fait qu’Hamish ne veuille pas monter en grade, pour ne pas quitter son cher village de Lochdubh, continuer à prendre soin de sa famille et à veiller aussi à ce que les braconniers ne fassent pas trop de dégâts sur les terres de lord Halburton-Smythe (quand il ne braconne pas lui-même, nécessité faisant loi).
Evolution cependant : tout en enquêtant, Hamish se dit sûr de ne plus ressentir d’amour pour Priscilla, qui en est presque déçue. Les gens changent, parfois.

Mortelle Ecosse de Stuart MacBride

édition J’ai lu – 442 pages

Présentation de l’éditeur :

La chance semble avoir quitté l’inspecteur Logan McRae : malgré ses brillants états de service, quelques bévues ont conduit ses supérieurs à le reléguer dans l’équipe des « Branleurs ». Pourtant, malgré les humeurs de son chef, l’irascible inspecteur Steel, et la corruption qui mine la police d’Aberdeen, Logan est bien déterminé à redorer son blason. Il s’empare alors d’une épineuse affaire qui mêle incendies criminels, prostituées et hommes politiques véreux. Malgré sa chef qui veut tirer la couverture à elle, sa compagne qui lui reproche ses heures supplémentaires, et son collègue qui décède des suites de ses blessures, l’inspecteur ne perd pas le nord dans cette ville d’Aberdeen qui, malgré la fin de l’été, commence à être pluvieuse.

Mon avis :

« Je ne lirai jamais ce livre », m’a dit ma meilleure amie après que je lui ai résumé les quarante-quatre premières pages de ce livre. Si vous avez la même sensibilité qu’elle (c’est à dire, si Julia Chapman, c’est déjà trop violent pour vous), vous pouvez passer votre chemin. Sinon, je vous invite à lire mon avis.
Aberdeen, Ecosse. Les statistiques de la criminalité sont en hausse, sont affreux. Il faut dire qu’il se passe des choses atroces : six personnes, dont une enfant de neuf mois, sont morts dans un incendie criminel. Détail atroce : les portes avaient été cloués, l’incendiaire voulait être sûr que personne ne s’en sortirait. En même temps, des prostituées disparaissent, et la police n’a pas l’intention de rester sans rien faire, même si trouver un tueur de prostitués, c’est tout sauf facile. Trouver un tueur tout court, d’ailleurs.
La municipalité ? Elle est en train de défendre un tout nouveau projet de construction. Enfin, un de ses conseillers surtout, celui qui dit le plus grand mal de la police, de son incompétence dans les journaux.
Parlons-en de la police, justement. Nous avons l’inspecteur Logan McRae, qui est en disgrâce depuis le décès de l’agent Maitland, des suites des blessures reçues en mission. Une enquête est ouverte, et McRae sait qu’il risque gros : Maitland était sous sa responsabilité, et même si McRae se sortait blanchi de l’enquête, cela n’empêcherait pas le poids de la culpabilité de l’accabler. Il n’a pas le temps pourtant, de s’appesantir : les crimes, les menaces, ne s’arrêtent pas, même envers les animaux. Oui, un labrador aussi peut être autopsié, parce que les policiers l’ont très bien compris : ce qui lui a été fait n’est qu’une répétition générale pour être fait sur un humain. De même, Jackie, compagne de McRae, n’oubliera pas d’aider tout le monde lors d’un incendie – chien y compris. Je ne dis pas que la police sauvera tout le monde, je dis simplement que les policiers, à aucun moment ne baisseront les bras quand ils se retrouvent face à des violences, à des blessures : s’assurer que quelqu’un est mort, c’est aussi vérifier que l’on ne peut plus rien faire pour le sauver. Alors oui, certaines scènes sont atroces, sanglantes, terribles. Oui, l’auteur compte sur la sensibilité du lecteur, pour dire qu’il ne faut pas laisser faire, il ne faut pas rester indifférent, qu’un dealer pratique la torture pour asseoir son territoire, sa part de marché, qu’un mac se serve de prostituées mineures ou qu’un homme tabasse sa compagne, ou qu’un autre se défoule sur des prostituées. McRae, Jackie, et d’autres policiers encore sont attentifs à tout ce qui se passe autour d’eux – même si certains faits dépassent l’entendement.Aller au-delà des apparences, aller au-delà de ses préjugés, réfléchir aussi au pourquoi du comment – pourquoi cacher un corps dans un valise rouge en plein milieu de la forêt, si l’on ne voulait pas qu’il soit découvert ? Pourquoi un criminel fuirait-il, même s’il est poursuivi par la police, alors qu’il a encore des comptes à régler ? Tout est souvent une question de prise de décisions rapides, efficaces, et d’une hiérarchie, d’équipes scientifiques qui tiennent le choc en dépit de tout le travail fait ou à faire.
Mortelle Ecosse – un polar qui porte bien son titre. Un regret, tout de même : les dix autres titres de la série ne sont toujours pas traduits à ce jour.

Agatha Raisin – tome 22 : Du lard ou du cochon de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 324 pages
Présentation de l’éditeur :
Noël a été décevant dans les Cotswold, fief d’Agatha Raisin. Pour réchauffer les coeurs et les estomacs, le petit village de Winter Parva propose une fête avec costumes, danseurs folkloriques et cochon de lait rôti.
Amatrice de barbecue, Agatha Raisin se jette sur l’occasion. Le tournebroche qui grésille a de quoi ravir les foules par cette journée brumeuse ! Mais lorsqu’on découvre que la bête n’est autre que le policier Gary Beech, assassiné et embroché, la fête tourne au cauchemar. Et celui-ci ne fait que commencer…. Car quelques jours plus tard, Amy, l’ex-femme de Gary, est retrouvée morte elle aussi. Cochon qui s’en dédit : Agatha se jure d’arrêter cette boucherie. Et de devenir vegan !
Mon avis :
Je continue, toujours, à lire les enquêtes d’Agatha Raisin. A mes yeux, les dernières enquêtes ont une forte tendance à suivre les mêmes schémas, et celle-ci ne fait pas exception : un gêneur, unanimement détesté, trouve une mort prématurée. La manière dont son cadavre a été dissimulée manque de vraisemblance, et ce ne sera que la première d’une liste, pas très longue, certes, mais bien réelle.
Agatha paie le prix de ce qu’elle a fait dans une enquête précédente. Se mêler de la vie privée de Toni n’était pas ce qu’elle a fait de mieux, mais elle ne pouvait pas prévoir ce que ferait Simon – par contre, elle aurait pu se douter que Toni ne prendrait pas très bien les choses. Ah, Toni et Simon, un couple digne de James et Agatha, si ce n’est que Toni, en dépit de quelques errances, sait ce qu’elle veut, et ne veut pas de l’homme qui partagera sa vie. Il faut dire qu’elle en verra des vertes et des pas mûres, Toni, dans ce livre, et que Simon est le roi des indécis – avec une bonne pincée d’invraisemblance, là aussi, dans son parcours.
L’enquête mènera Agatha très loin – et je me dis qu’elle parvient à se déplacer aussi facilement qu’à se retrouver dans des positions compliquées – Agatha et les siens passent leur temps à tenter d’échapper à la mort.
Si vous aimez Agatha, si vous aimez la suivre dans des péripéties multiples et variées, ce livre vous plaira, même si ce n’est pas sa meilleure enquête.

Agatha Raisin enquête, tome 21 : Trouble fête de M.C. Beaton.

Edition Albin Michel – 306 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Noël qui s’annonce dans le village de Carsely sent le sapin… John Sunday, membre de la Commission de santé et de sécurité, menace de mettre fin aux traditions si chères aux habitants. L’arbre de Noël sur le toit de l’église ? Un danger public. Les décorations accrochées aux réverbères ? Inutiles. Les jouets réalisés par une villageoise ? Nocifs pour les enfants. Foutaises ! protestent les membres de la Société des dames du village : il faut mettre ce trouble-fête hors d’état de nuire ! Qu’à cela ne tienne : son corps est retrouvé, lardé, tel un gigot, à coups de couteau de cuisine. Agatha n’a pas une minute à perdre pour trouver le coupable… et sauver la fête.

Mon avis :

Revoilà Agatha pour sa vingt-et-unième enquête, qui, si j’ai bien compté, dure un an, d’un Noël à l’autre. Et elle en connaîtra, des rebondissements, Agatha, au cours de cette année. Des événements malheureux, dramatiques surviendront, dont elle se sentira responsable. Or, mon jugement est simple : elle n’est ni responsable, ni coupable, ni elle ni Toni ne peuvent aider une personne qui s’enfonce de plus en plus, en dépit de l’aide reçue. Agatha a fort à faire aussi parce qu’après une vingtaine d’enquêtes, elle a tout de même acquis une certaine réputation avec son agence de détectives : soit l’on pense qu’elle est une bonne enquêtrice (elle s’est tout de même nettement améliorée) soit comme le chef de la police, ou d’autres encore, on ne la voit que comme une empêcheuse d’enquêter en rond, une femme qui trouve par hasard des faits qui bousculent l’ordre des choses, et on la sous-estime grandement. Ceux qui en veulent vraiment à Agatha (et je ne parle pas du pasteur Bloxby qui ne l’a jamais supporté, c’est autre chose) ont très souvent quelque chose, voire plusieurs choses à se reprocher. Prenons Dan, un journaliste qui a déversé son fiel, grâce à un rédacteur en chef pas très regardant (le népotisme mène à tout, même à bafouer la charte des journalistes) : il est très réellement un mauvais journaliste, bidouillant largement ses reportages, et se servant de son pouvoir pour quelques abus machistes. S’il n’a pas oublié ce que lui a fait Agatha (à juste raison) quand elle travaillait dans la communication, il aurait dû se souvenir aussi qu’elle n’avait rien perdu de son mordant.

Je parle, je parle, et je m’écarte du sujet premier de ce roman : un empêcheur de fêter Noël en rond, une personne qui tient à tout prix à ce que les règles, les lois soient respectées. Il ne s’agit pas de quelqu’un qui pense à la sécurité de tous, non juste d’une personne qui possède un petit pouvoir et qui s’en sert. Aussi, sa mort ne suscite pas vraiment l’indignation, plutôt le soulagement, même chez ses collègues. Son décès est suivi d’un autre, une femme qui, comme très souvent dans les enquêtes d’Agatha Raisin – c’est le ressort obligatoire – avait trouvé le coupable, et au lieu de prévenir la police, l’avait clamé sur les toits – sans révéler le nom, bien entendu. Elle non plus ne suscite pas vraiment la désespérance, ses enfants ne font même le trajet des Etats-Unis pour enterrer leur mère, nouvelle châtelaine de ce charmant petit village – oui, Carsely n’est pas le seul village à compter quelques criminels. Par contre, pour l’héritage, ou pour demander à Agatha d’enquêter, le fils Tom est capable de faire le déplacement. Il est capable de draguer aussi Agatha, dont la vie sentimentale est pour le moins au point mort – ou presque. Agatha semble enfin débarrassée de son obsession pour James. Certes, elle est encore obsédée par son apparence, même si elle est lucide sur son apparence, sur la lutte que mènent les femmes pour rester attirantes en dépit du temps qui passe, alors que les hommes ne font pas grand chose, parce qu’on ne leur demande pas grand chose. Elle se mêle aussi de la vie sentimentale des autres, comme celle de Toni. Il faut dire que la jeune femme n’a pas été très gâtée jusqu’à présent, et qu’Agatha ne voudrait pas la voir commettre des erreurs – ni elle, ni le garçon qui l’aime « peut-être ». Oui, le peut-être me gène aussi, surtout que ce sont surtout les femmes qui payent les conséquences. Toni est une excellente enquêtrice – et Agatha ne veut pas la perdre.

Et James ? Il aide Agatha dans son enquête, aussi curieux que cela puisse paraître. Lui semble avoir des regrets, et Agatha ne pas manquer d’humour face à un homme qui l’a toujours jugé sévèrement. Alors, que se passera-t-il ensuite ? Il reste encore une dizaine de titres à traduire avant d’avoir (ou pas) le fin mot définitif sur la plus longue histoire d’amour des romans policiers.