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Petits cimetières sous la lune de Mauricio Electorat

édition Métailié – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

Pour fuir le poids de sa famille, Emilio Ortiz arrive du Chili à Paris pour étudier la linguistique. Il est gardien de nuit dans un petit hôtel du quartier Montparnasse et il y fait la connaissance de personnages hauts en couleur, journalistes célèbres, petits truands ou femmes fatales. Il passe ses journées à essayer de comprendre qui est la fille avec laquelle il vit près d’un cimetière de banlieue mais elle disparaît mystérieusement. Il se lance dans une quête obsessionnelle de son amour perdu. Il reprend brutalement contact avec la réalité lors d’un voyage à Santiago, ses parents sont séparés, sa mère sombre doucement dans la dépression et un alcoolisme discret. Quant à son père, il vit avec une jeune femme et gagne beaucoup d’argent avec des gens suspects. Il est en relation d’affaires avec la hiérarchie de la dictature pinochetiste, ce qui conforte le mépris dans lequel il le tient. Soudain un drame va pousser Emilio à agir. Il se lance dans une enquête policière qui lui révèle le destin de son père. Entre Paris et Santiago du Chili, un roman plein d’humour et d’ironie sur les relations complexes entre pères et fils. Une narration sans concession sur comment faire partie d’une famille et d’un pays qu’on rejette.

Merci aux éditions Métailié et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est un livre curieux que nous avons là, un livre en deux parties, un livre en deux sujets, et j’ai été amenée à préférer l’un à l’autre.
Nous suivons Emilio, jeune chilien qui décide de terminer ses études à Paris. Comme l’argent que lui a donné, je ne dirai pas à contre-coeur, mais presque, son père, n’est pas suffisant, il trouve un petit boulot : gardien de nuit dans un hôtel. Alors oui, le lecteur découvrira avec lui la faune nocturne, les petits trafics que le jeune homme ne comprend pas vraiment, les services que l’on peut se rendre, de gardien de nuit à gardien de nuit. il vit des amours avec une jeune serveuse énigmatique, une jeune femme qui, contrairement à lui, n’est que serveuse, pas une étudiante qui finance ses études ainsi. Quand elle s’en va sans laisser d’adresse, il se lance, à retardement, à sa recherche. Il mettra du temps à se décider, et j’ai souvent eu l’impression que la partie parisienne de l’intrigue se situait dans une sorte de brouillard nébuleux. Emilio veut savoir, sait, découvre des faits étonnants et puis il ne se passe pas grand chose, Emilio reste dans la réflexion, la contemplation, comme s’il ne voulait pas franchir réellement le pas et connaître toute la vérité.
Au Chili, il agit tout autrement. Il s’oppose à son père, il apprécie très moyennement sa séparation, son remariage avec une jeune femme « extrêmement cultivée », certes, mais surtout plus jeune, et plus belle que sa propre mère. Il n’apprécie pas non plus les secrets gardés par son père sur sa vie pendant la dictature, ses accointances avec des membres du régime. S’enrichir sans se salir les mains pendant la dictature était-il vraiment possible ? Non.
Emilio finira par savoir vraiment tout. Je ne dirai pas qu’il prend des risques – il sait parfaitement ce qu’il fait avant de quitter le pays. Définitivement. Sans regret. Ne lui restera, après avoir ainsi fermé toute possibilité de retour, que la nostalgie de ses premières années parisiennes, une vie qui s’écoule lentement, au rythme de la Seine. J’ai presque aimé que cette fin si paisible après tant de rebondissement au pays natal soit plus développée mais, après tout, pourquoi l’aurait-elle été ? Emilio a accompli ce qu’il avait à accomplir, et laisse les autres face à leurs propres tergiversations.

Les rues de Santiago de Boris Quercia

édition Le livre de poche – 164 pages

Présentation de l’éditeur :

Il fait froid, il est six heures du matin et Santiago n’a pas envie de tuer qui que ce soit. Le problème, c’est qu’il est flic. Qu’il est sur le point d’arrêter une bande de délinquants, dangereux mais peu expérimentés, et que les délinquants inexpérimentés font toujours n’importe quoi…
Après avoir abattu un jeune homme de quinze ans lors d’une arrestation musclée, Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili, erre dans les rues de sa ville en traînant son dégoût. C’est ainsi qu’il croise le chemin de la belle Ema Marin, une courtière en assurances qui semble savoir beaucoup de choses sur son passé..

Mon avis :

Comme souvent, je ne fais pas les choses dans l’ordre : j’ai lu le tome 2 (le seul disponible à la bibliothèque) et j’ai rencontré l’auteur l’an dernier au salon de Saint Maur des fossés. Celui-ci m’a plutôt conseillé son tome 1 que son tome 3, parce que le tome 3 est (je le cite de mémoire) « sans espoir ». Donc acte pour le jour où je me procurerai et lirai le trois.

Santiago Quinones n’est pas un policier comme les autres. Oui, être devenu policier est un choix, pas de doute là dessus, dû en partie au fait qu’il est doté d’une très bonne mémoire. Mais il est un policier plutôt bordeline. Il n’avait pas prévu de tuer le jeune membre d’un gang au cours d’une arrestation musclée. Il n’avait pas prévu de ne pas se sentir bien du tout après, de se remettre à fumer abondamment, de mettre plus ou moins des distances avec Marina, l’infirmière qui partage, un peu, sa vie, et beaucoup son lit. Il déraille, Santiago, et il parcourt les rues de Santiago du Chili. Il suit même une femme qu’il trouve belle, parce qu’elle a les dents de travers, à une époque où toutes les femmes sont passées par la case orthodontiste. Chacun ses goûts, chacun ses obsessions, et celle de Santiago pour le naturel, pour l’acceptation de sa différence tranche avec les goûts plus stéréotypés d’autres policiers.

Santiago, il a un passé. Il a des parents qui se sont séparés quand il était enfant, une mère qui a travaillé pour se payer son premier salon de coiffure et qui, maintenant, avec son second mari, en possède six – elle a hérité du sens de l’économie de son propre père. Santiago ne garde que de bons souvenirs de son père, qu’il voyait une fois par mois après la séparation de ses parents, un père qui s’est toujours préoccupé de son fils. Santiago a aussi acquis son appartement d’une drôle de manière, en se persuadant que ce qu’il faisait n’était pas « mal »  : ce qui est fait est fait, on ne refait pas le passé, on ne peut même pas l’amender ou s’amender.

La police chilienne est-elle corrompue ? Un peu. Cependant, Quiñones découvrira avec étonnement qu’elle comporte aussi des éléments parfaitement compétents, comme Lopez, et capable aussi de lui venir en aide tout en enquêtant comme Garcia. Quiñones a beau avoir été mis à pied, il continue quand même à enquêter, à tâter un peu, parfois, d’une ligne de coke, à baiser, aussi, sans retenue, à prendre des risques, également, sans s’en rendre compte, sans s’apercevoir dans quel guêpier il s’est fourré.

A la fin de ce premier tome, l’espoir est cependant là, encore un peu, même si cela signifie une sorte d’exfiltration pour Santiago.

 

Tant de chiens de Boris Quercia

Présentation de l’éditeur :

Encore une mauvaise période pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Son partenaire Jiménez vient de mourir au cours d’une fusillade avec des narcotrafiquants. Pire encore, le défunt semble avoir été mêlé à des histoires peu claires, et il avait les Affaires internes sur le dos.
Par curiosité autant que par désœuvrement, Santiago commence à mener l’enquête, et il retrouve une jeune femme qu’il connaît bien, Yesenia. Tous deux ont grandi dans le même quartier avant que leurs chemins se séparent. Entretemps, Yesenia a connu l’enfer : séquestrée et violée par son beau-père, elle ne vit plus que pour se venger. Au nom de leur amitié passée, elle va demander à Santiago d’abattre son bourreau…

Mon avis :

Au cours de ce mois espagnol, j’ai quitté l’Argentine pour le Chili, ce sont des choses qui arrivent – et après, je m’envole vers le Costa Rica, si j’arrive à trouver un billet d’avion.

Amateur de douceur et de tendresse, passez votre chemin promptement. L’intrigue commence fort, par une descente de police et une fusillade. Santiago Quinones se retrouve sévèrement blessé, à cause, notamment, des mâchoires du rottweiler appartenant aux narcotrafiquants. Il a plus de chance que son co-équipier, qui meurt de ses blessures. Qui était-il vraiment, ce Jimenez ? Les affaires internes étaient sur son dos, aurait-il été le complice des trafiquants ? A voir, à découvrir pour Santiago qui peine à se remettre, surtout qu’il se retrouve plongé dans son passé en rencontrant celle qui était sa petite voisine et qui depuis a eu une vie des plus chaotiques. Les services sociaux, la justice ? Oubliez très vite, merci. Pour la justice il faut la faire soi-même, et c’est ce que Yesenia demande à Santiago.

Dire qu’il est empêtré dans deux histoires différentes, c’est peu. Dire que ces affaires sont encore plus compliquées qu’elles ne le paraissent est … simple. Santiago doit se méfier de tous, ou presque, surtout qu’il a parfois une forte tendance à baisser plus que largement sa garde. Sa vie sentimentale est compliquée, sa vie sexuelle est compliquée, son usage de la drogue est dissipée. Bref, nous avons parfois des scènes très mouvementées et très crues.

Optimiste, ce roman ? Non, pas vraiment. Je n’irai pas jusqu’à dire « pas du tout », disons que le chemin vers la justice et la vérité est parsemé d’embûches. Pour la tranquillité, vous repasserez.