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Enquête troublante à Concarneau de Jean-Luc Bannalec

éditions Presse de la Cité – 352 pages

Présentation de l’éditeur :

Le docteur Chaboseau, notable respecté de Concarneau, est retrouvé défenestré. Ni sa femme ni ses proches amis, un pharmacien et un négociant en vins, n’ont idée du mobile du crime. Alors que ses collaborateurs sont en vacances, et que ses beaux-parents arrivent pour le week-end de la Pentecôte, le commissaire Dupin découvre que le médecin était investi dans de multiples domaines : une collection de tableaux, des brasseries et conserveries locales, des projets immobiliers, sans oublier la construction navale. Autant de sources de conflit, et de pistes à suivre. Pour démêler l’écheveau, il lui faudra attendre le retour de sa fidèle assistante Nolwenn, puis trouver un appui inattendu auprès de Simenon et de son roman Le Chien jaune, qui voit Maigret enquêter à Concarneau.

Merci aux éditions Presses de la Cité et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai passé quinze jours difficiles d’un point de vue professionnel, et là, je commence dix jours difficiles d’un point de vue… félin. Il ne s’agit pas ici de justifier pour quelles raisons j’ai moins apprécié ce livre que je ne l’aurai apprécié dans d’autres conditions, non. Il s’agit simplement de dire qu’un livre qui vous plait, vous emporte, vous émeut, le fera en toutes circonstances. Si j’ai lu ce livre, j’ai que j’ai apprécié les enquêtes précédentes que j’ai lu de cet auteur. Là, pourtant, la magie n’a pas opéré. Pourquoi ?

Je crois que la faute en ait à toutes les digressions qui prennent place au cours de ses deux jours d’enquête, au point que je me suis demandée comment l’enquête avait pu être résolue si rapidement. Alors oui, elle a pu l’être grâce à l’interaction entre la réalité et le roman, ou plutôt grâce à l’intertextualité. Enquête troublante à Concarneau est un hommage au Chien Jaune de Simenon, écrit après que l’écrivain a séjourné à Concarneau. Il se serait inspiré d’un authentique fait divers, et c’est à cause de cet authentique fait divers que le meurtre d’aujourd’hui aurait eu lieu. L’enquête actuelle bouclerait la boucle, en quelque sorte.

Oui, l’enquête fut résolue, et pourtant, j’ai eu un immense sentiment d’inachevé, non qu’il reste des zones d’ombres mais parce que certains arc narratifs n’ont pas été assez exploités. J’ébauche quelque chose ici, ah, non, finalement, je n’expliquerai pas ce qui s’est passé. J’ébauche une autre piste là, qui nous plonge dans le passé d’une des personnes qui gravite autour de la victime. Finalement, non, je n’irai pas au bout des choses non plus.

Et les appels téléphoniques… Je n’ai pas compté le nombre de fois où le commissaire a été interrompu lors d’un interrogatoire par un appel, cassant ainsi le rythme et de l’intrigue et de l’interrogatoire. Je ne compte plus non plus les interrogatoires qui n’ont pas servi à grand chose. Finalement, la partie la plus intéressante est sans doute celle où le commissaire déploie des efforts énormes pour retrouver Nolwenn, sa fidèle adjointe, la plus indispensable membre de son équipe, qui est partie en congé. Sans elle, tout tourne moins bien. Avec elle, tout avance plus vite.

J’ai aussi oublié le nombre de fois où la nourriture, que ce soit à la conserverie ou au restaurant, sera longuement décrite. Bizarrement, quand c’est le commissaire Montalbano qui fait une pause déjeuner, cela ne me pose pas de problème. Ici, cela m’a semblé totalement parasiter le récit, tout comme les interventions des beaux-parents du commissaire, venus passer le week-end en famille, et dont les apparitions ne feront guère avancer le récit – si ce n’est pour nous faire comprendre qu’Hélène ne tient pas son beau-fils en haute estime.

Enquête troublante à Concarneau ne fut pas une lecture désagréable. Elle ne fut pas inoubliable non plus.

Les Santons de granit rose de Françoise Le Mer

édition du Palémon – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

Appelée par son notaire, Marie Demelle, jeune femme divorcée et mère de deux enfants, va tomber des nues. En effet, cette romancière berrichonne se voit couchée sur le testament d’un illustre confrère qu’elle n’a pourtant entraperçu qu’une fois dans sa vie… Ravie à l’idée d’hériter d’une villa à Perros-Guirec, Marie Demelle ne se préoccupe pas pour l’heure des raisons pour lesquelles le ciel semble lui offrir un cadeau aussi somptueux… Néanmoins, Maurice Malloc’h, le roi du polar, à émis une réserve testamentaire dans un codicille un peu particulier. Marie sera la nouvelle propriétaire de sa maison à la condition qu’elle termine la rédaction d’un manuscrit qu’il n’a pas eu le temps de boucler. L’étrangeté de cette clause n’émousse pas l’enthousiasme de la jeune femme. Combien de morts faudra-t-il pour qu’elle découvre enfin la vérité ? Le commissaire Quentin Le Gwen et son lieutenant Michel Le Fur l’aideront dans cette quête.

Mon avis :

Il est des auteurs qui ont vraiment de drôles d’idées. Léguer leur maison à une consoeur, en laissant largement de quoi vivre à leur fils, soit : cela ne fait de mal à personne. Demander en échange à l’autrice de terminer un de ses romans en cours, alors que l’un et l’autre ont des univers totalement différents, c’est une toute autre affaire. De plus, il apparaît très vite à Marie Demelle, divorcée, deux enfants, que le manuscrit a des points communs avec un fait dives récent. Mais est-ce une simple source d’inspiration pour l’auteur, ou bien était-il très proche de ce meurtre ? Marie décide alors de se confier à un ancien équipier, le commissaire Quentin Le Gwen, bon enquêteur et aussi expert en maltraitance d’adjoint – qui donne, il est vrai, très souvent le bâton pour se faire battre.

Perros-Guirec est pourtant très calme, si l’on excepte un adolescent un peu (beaucoup) voyeur, une patronne de bar qui n’aimait pas les femmes et donnait toujours raison aux hommes, avant de trouver la mort au détour d’un chemin, un couple qui se chamaille jusqu’à la déchirure, un autre qui a fort à faire avec un ado en pleine crise, sans oublier quelques rivalités par-ci, par-là. Bref, Perros-Guirec n’est pas calme du tout !

Le roman est plaisant à lire et, comme souvent, il faut se plonger dans les méandres du passé pour trouver les solutions du présent. Je reste toujours persuadée que parler, partager, dire véritablement ce que l’on pense, ce que l’on ressent peut faire avancer les choses bien plus facilement qu’on le pense, plutôt que de rester à mariner avec ce que l’on croit, de devoir faire semblant, voire de faire des circonvolutions assez complexes pour continuer à mener la vie que l’on entend. Simon, que Marie supporte peu, est une des rares personnes à dire et à faire exactement ce qu’il pense, quitte à ce que cela ne fasse pas plaisir. Marie lui ressemble plus qu’elle ne pense.

Une enquête bien menée, un duo d’enquêteurs atypique – Les Santons de granit rose me donne envie de découvrir d’autres de leurs enquêtes.

Mary Lester, tome 50 : C’est la faute du vent de Jean Failler

édition du Palémon – 295 pages.

Présentation de l’éditeur :

Une interminable plage de sable fin balayée par les vents de l’Atlantique, un célèbre comédien en quête de solitude et une cavalière de concours hippiques venue entraîner son cheval sur cette grève… D’immenses bâtiments de béton édifiés au ras des marais par les Allemands pendant la Guerre 39-45 afin de concasser des galets destinés à construire leur mur…
C’est dans ce décor magnifique et désolé que le comédien et la cavalière vont se rencontrer et découvrir, au cours d’une promenade sentimentale, le corps sans vie d’une jeune femme. Impliquée bien malgré elle, Mary Lester est priée par sa hiérarchie de se pencher sur cette mort mystérieuse. S’agit-il d’un tueur en série ?
Un handicapé mental qui erre sur la palud semble faire un coupable idéal… Mary Lester se met en quête de la vérité.

Mon avis :

C’est presque un livre de saison que je vous propose là, puisque l’enquête débute à la Toussaint. Mary est en congé, peu importe, on vient la chercher, et la gendarmerie n’entend pas la laisser tranquille. Un papier sur lequel est écrit son nom a été trouvé sur un cadavre, ce n’est pas rien ! L’explication donnée en fin de roman inscrit d’ailleurs Mary au coeur d’un réseau de littérature policière : Jean Failler aime tisser des liens entre le réel et l’écrit.

D’ailleurs, le réel fait bel et bien irruption dans ce roman, et l’on n’a pas fini de se poser des questions sur la violence qui déferle pendant les manifestations, sur les difficultés que rencontrent les forces de l’ordre pour les juguler, quand elles ne deviennent pas leur cible. On n’a pas fini de s’interroger non plus sur ce qui pousse des jeunes gens venant de milieu relativement aisé, sans soucis particulier, protégé même à quitter ces milieux pour se marginaliser, et parfois, verser dans la violence pure.

Alors oui, ceux qui préfèrent la procédure à l’humain en prennent pour leur grade, dans ce roman. Un peu d’humanité, de « bienveillance », ce mot si à  la mode et si galvaudé en ce moment, ne fait pas de mal. Il faut simplement oublier ses préjugés.

Un roman policier qui se lit facilement, entre modernité et tradition.