Des palmiers dans la neige de Luz Gabas

éditions Charleston – 888 pages

Présentation de l’éditeur :

« Elle va bien, elle est très forte, elle n’a pas eu le choix. » Un fragment de lettre, découvert par hasard, et toutes les certitudes de Clarence de Rabaltué s’effondrent. Bercée dès l’enfance par les récits de son père, elle croyait tout savoir de cette jeunesse passée sur l’île tropicale de Fernando Póo, en Guinée espagnole. De l’odeur enivrante du cacao, de la richesse de la végétation et du soleil écrasant… Mais elle ignore tout de cette mystérieuse « elle » et de son lien avec son père. Et s’il existait une tout autre vérité, loin de l’histoire familiale officielle ? Un passé fait de secrets, d’amours interdites, de conventions sociales bafouées et de danger… Clarence s’envole pour la Guinée, déterminée à remonter le temps jusqu’à cet hiver 1953 où tout a commencé. À la fois grande saga familiale et fresque épique, le récit traverse les océans, les générations et nous confronte à l’un des aspects les plus sombres de notre passé colonial.

Merci aux éditions Charleston et au forum Partage-Lecture pour ce partenariat.

Mon avis :

Lire ce livre, c’est me plonger dans un genre littéraire qui n’est pas mon genre de prédilection, dans une littérature (la littérature espagnole) que je fréquente peu. C’est aussi découvrir un univers qui est très éloigné du nôtre.

Pourtant, l’action débute quasiment de nos jours – en 2003. Nous découvrons une famille unie, autour de Clarence et de sa cousine Daniela. Elles ont toutes deux entendu les récits de Jacobo, le père de Clarence, et de Kilian, celui de Daniéla, leurs jeunes années en Guinée espagnole. Il faut une lettre, découverte par hasard, il faut le conseil de Julia, une amie de la famille, pour que Clarence souhaite percer ce secret de famille, et décide de partir à son tour pour la Guinée. Je dis bien « à son tour », parce que son père, son oncle, son grand-père avant elle avait fait le chemin. Et voilà le lecteur reparti cinquante ans en arrière, pour le tour premier voyage de Killian de Rabaltué vers la Guinée. Je me suis interrogée, forcément, sur ce qui pouvait pousser des jeunes gens à quitter leur village natal, les montagnes enneigées, leur famille, pour une autre contrée – censée faire tout de même partie de leur patrie. Le goût de l’aventure ? L’argent ? Le fait de devenir un homme loin des regards de ceux qui l’ont vu grandir ? Un peu de tout cela à la fois.

Je vois dans Des palmiers dans la neige le roman de la défaite des femmes, de prime abord. De Mariana, la femme d’Anton, la mère de ses six enfants – dont trois parviendront à l’âge adulte. Elle a dû tout gérer seule, jusqu’au bout. De Catalina, sa fille, dont la santé chancèlera à chaque coup du sort. De ces femmes laissées en Afrique, parce qu’il est celle que l’on épouse, et celle avec qui l’on satisfait ses appétits sexuels. L’autrice ne cautionne pas cet état de fait, elle montre comment les hommes voyaient les femmes – comment certains les voient encore. Il y aura toujours des femmes qui se sentiront supérieures aux autres parce qu’elles seront passées devant monsieur le maire et monsieur le curé, qui fermeront les yeux sur les frasques de leurs maris, parce que c’était il y a longtemps, parce que c’était loin, parce qu’elles ne se sentent pas concernées par ce qui peut arriver à d’autres femmes.

Le roman prend son temps, il pose les personnages, que ce soit dans le passé, ou dans le présent. Il nous montre comment l’on vivait en Guinée espagnole, comment l’on semblait croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, que les espagnols avaient amené la civilisation, la religion, une nourriture abondante aussi aux habitants de ce pays qui, sans eux, n’auraient jamais aussi bien valorisé les terres de leur pays, ni autant travaillé. Quand je dis « travailler », oui, les ouvriers touchent un salaire, ne pourront jamais accéder à certains postes – parce qu’on ne les en pense pas capable, parce qu’ils ont réservés aux colons – mais leur condition de travail, l’usage de châtiments corporels, le non-respect de leur coutume, de leur croyance, nous rappellent que le souvenir de l’esclavage n’est jamais loin.

Alors oui, une histoire d’amour impossible prend place dans ce récit, elle n’est pourtant pas la part la plus importante de l’histoire. Elle a existé, mais ce n’est pas seulement elle qui provoquera la prise de conscience de Clarence, les profonds changements qu’elle effectuera dans sa vie. Révéler des secrets de famille peut être libérateur ou dévastateur. Je dirai même qu’il y a eu deux histoires d’amour « impossible », si ce n’est que pour la deuxième, les deux protagonistes ont fait le choix de la séparation, pour des raisons qui leur sont propres, non à cause de la pression de la société.

Des palmiers dans la neige, qui a été adapté au cinéma en 2015, est finalement un mélange des genres, entre roman historique et roman contemporain, sans oublier une touche de romance.

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Le mois espagnol et sud-américain 2021, c’est parti !

Voici le billet récapitulatif du mois :

Semaine du 1er au 7 mai :

le mystère du livre disparu – 1 – Au secours de Peter Pande Pierdomenico Baccalario et Eduardo Jauregui par Isabelle.
Ensaladilla Rusa et crème catalane par Isabelle
Des palmiers dans la neige de Luz Gabas par Sharon. (Espagne).
Le mystère de Pouleville d’Albert Arrayas par Sharon (Espagne)
Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar de Sergio A. Sierra et Alex Sierra par Belette
Mafalda – Tome 03 – Mafalda revient de Quino par Belette
Batman – Gotham by Gaslight d’Eduardo Barreto, Mike Mignola et Brian Augustyn par Belette.
Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepúlveda par Belette.
Patagonie, route 203 d’Eduardo Fernando Varela par Belette
Fungus. Le Roi des Pyrénées d’Albert Sánchez Piñol par Nathalie.
Mois espagnol ,présentation par PatiVore
Mois espagnol présentation par Passion culture.

Semaine du 8 au 14 mai :

Le dernier templier – Tome 1 – L’encodeur de Miguel de Lalor Imbiriba et Raymond Khoury par Belette
Le puits d’Ivan Repila par Belette
Captain America : Steve Rogers – T01 – Heil Hydra ! de Nick Spencer, Miguel Sepúlveda, Javier Piña et Jesús Saiz par Belette

N’oublions pas le groupe du forum

Le repaire des vampires, tome 1 : Rencontre mortelle de Kelly St. Clare

Présentation de l’éditeur :

Sortez les crocs et entrez dans le repaire des vampires. Direction le soixante-sixième étage ! À minuit, les dés seront jetés. En tant qu’héritière d’une grande fortune, ma vie aurait dû se résumer à siroter des mojitos à la fraise et conduire des voiturettes de golf, n’est-ce pas ? En tout cas, c’est à ça qu’elle se résumait avant que je décide de tracer ma propre route. Résolue à échapper aux jeux frivoles de mes semblables, j’ai fui le domaine familial à vingt et un ans. Trouver un pseudonyme : check. Un endroit où dormir : euh… presque check ? Un boulot : ne parlons pas de sujets qui fâchent… En quelques jours, j’ai supporté plus de choses que je ne m’en pensais capable… mais ce n’était que le début des ennuis ! Ma ville est un échiquier géant. Et les joueurs ? Des êtres surnaturels (des foutus vampires !), en particulier un prince autoritaire dont l’attention pourrait me mener à ma perte. Je dois désormais participer à leur jeu mortel, si je veux pouvoir protéger ma grand-mère et ma meilleure amie.

Merci aux éditions MxM Boolmark et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Lire un livre en ebook, ce n’est pas forcément se rendre compte de la taille du sus-dit livre. Je découvre donc que Rencontre mortelle mesure 642 pages en édition papier. Au temps pour moi. Les vampires prennent de la place.

J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, sans doute parce que j’avais du mal à comprendre Basilia, qui passe un temps fou à dire, à hurler : « ne m’appelez pas Basilia ! ». Ce sera donc Basi. Elle a décidé de vivre de manière indépendante. Elle a beau aimer, adorer sa grand-mère Agatha, elle ne veut plus dépendre de la fortune familiale, et prouver qu’elle est capable de se débrouiller seule. Je vous épargne ses errances, je les ai lues. Ce n’est pas que j’ai été déçue, c’est que j’ai trouvé Basi bien naïve, il paraît que c’est normal pour une jeune fille qui a été surprotégée toute sa vie, et qui va découvrir qu’elle s’est jetée non dans la gueule du loup, mais dans celles des vampires.

Je dirai même plus, dans celle d’un vampire très puissant, qui flashe totalement sur elle. De là à dire que cela va augmenter sa dose de problèmes, soucis, et autres préoccupations, il n’y a qu’un pas que je franchis allégrement. Même si les péripéties, les liens entre les deux familles de vampire évoquées dans le récit sont différents de ce que j’ai lu dans d’autres livres avec des vampires pour héros, je n’ai pas trouvé le thème de l’attirance/répulsion entre Kyros et Basi très original. J’ai peut-être davantage de tendresse pour Laurel, Débitrice dévouée, finalement, ainsi que pour toutes les autres Débitrices, qui sont loin de s’amuser tous les jours. Beaucoup de personnages féminins, et peu de personnages féminins réellement indépendants. Même Agatha, la super grand-mère de Basilia, dépend de son chauffeur/domestique/garde et Basi a beau chanter les louanges de sa grand-mère sur tous les tons et sur tous les modes, je n’ai pas réussi à voir en elle un personnage « réel ». Il m’est donc impossible de m’inquiéter pour elle, comme le fait sa petite-fille qui ne veut absolument pas lui donner de nouvelles néanmoins, voire même de ressentir quoi que ce soit pour ce personnage immatériel.

Restent Tommy et Rhys, les deux humains les plus importants du récit, mis à part Basi. Bon. Elle veut se débrouiller seule, c’est son leitmotiv. cela provoque aussi de gros problèmes, voire des catastrophes, et je me dis qu’elle devra encore vivre beaucoup d’aventures pour être enfin, peut-être, attentive à ce qui se passe autour d’elle. Je reconnais cependant qu’elle sait très bien se servir d’une perceuse. Un talent utile.

Sur des Breizh ardentes par Stanislas Petrosky

Mathilde a disparu par Leno Solveig

Présentation de l’éditeur :

Où est passée Mathilde ?
Sa voiture est retrouvée sur le parking de l’entreprise.
Sa voisine, ses collègues de bureau, ses parents, son ex-compagnon, son amoureux transi, d’autres personnes encore l’ont croisée le jour de sa disparition, mais finalement, qui la connaissait vraiment ? Au fil des témoignages, le policier chargé de l’enquête découvre une jeune femme aux prises avec de redoutables dangers. Parviendra-t-il à la sauver ?
La course contre la montre est lancée…

Mon avis :

Merci à Netgalley et à Librinova pour ce partenariat.
Pour faire court, je ne sais pas à quoi je m’attendais en lisant ce livre. Je me disais seulement : mais qu’est-il donc advenu de Mathilde ?
Déjà, je me suis dit qu’elle avait de la chance, la Mathilde. Une enquête est ouverte pour sa disparition, alors qu’il est très rare qu’on en ouvre une si vite pour une adulte majeure, vaccinée, célibataire et sans enfants. Le récit de l’enquêteur, narrateur à la troisième personne mais focalisation interne, est entrecoupé par des témoignages qui nous montrent des visions de Mathilde, qui a dû se construire, et parcourir la vie en ne trouvant pas chez les autres ce qu’elle en attendait. J’ose dire qu’elle a quitté le regard peu bienveillant de son père pour celui de Théo, qui tient plus du pervers narcissique que de l’amoureux. C’est peut-être aussi pour cela que j’ai peu apprécié l’enquêteur, qui ne parvient pas tant que cela à garder sa neutralité – même s’il ne le montre pas. Je crois que j’en ai assez que l’on colle l’étiquette « amour » sur des actes qui ne manifestent en rien de l’amour.
En refermant le livre, dérangeant, déroutant, je me suis dit que oui, Mathilde avait bel et bien disparu. Ne pas avoir aimé une intrigue, des personnages, ne m’empêche pas d’avoir trouvé ce livre bien écrit, son intrigue bien construite, dénouement y compris.

L’antidote mortel de Cassandre Lambert

Présentation de l’éditeur :

Trois adolescents, trois destins liés par leur désir de rébellion et de vengeance. Whisper, princesse surprotégée par le Roi, n’a jamais franchi les portes du Palais. Personne ne doit connaître son existence depuis qu’un mystérieux mal s’est emparé de la Reine. Lorsque son père la condamne à un mariage forcé, la jeune fille s’enfuit et cache sa véritable identité. De l’autre côté du royaume, Eden, fougueuse jeune femme au caractère bien trempé, est chassée d’un orphelinat. Son seul désir : venger la mort de son père, un brillant inventeur tué par le Roi. Quand elle rencontre Whisper, elle saisit l’opportunité de s’introduire au Palais par son aide. Jadis, paysan, se voit remettre par sa tante un précieux antidote, le seul capable de sauver la Reine. Sur sa route vers le Palais, il croise celle d’Eden et de Whisper…

Trois personnages, et trois destins aussi liés qu’opposés.

Au bout de leur route périlleuse, il faudra que justice soit rendue.

Merci à Netgalley et aux éditions Didier Jeunesse pour leur confiance

Mon avis ;

J’ai commencé ce livre il y a quelques… semaines déjà. Le début de sa lecture correspond à une période qui n’a pas été facile d’un point de vue personnel et familial, et il fait partie de ses livres qui, lus à une autre période, l’auraient été beaucoup plus vite.

Et pourtant, ce premier roman, qui est aussi le premier tome d’une trilogie (c’est bien que les auteurs savent où ils veulent aller) est très intéressant. Nous suivons, dans un univers de fantasy, trois adolescents, deux filles et un garçon. Mis à part qu’ils ont à peu près le même âge et qu’ils partagent le même univers, ils n’ont pas de points communs, du moins, en apparence. Prenez Whisper, la princesse. Toutes les petites filles ou presque rêvent d’être une princesse. Whisper est une vraie princesse, c’est à dire qu’elle est cloitrée dans son palais, n’a le droit de voir que les personnes choisies par son père, n’a le droit de rien faire, ou presque rien, tant sa santé est fragile. Le jour où son père lui présente son fiancé, choisi par ses soins, elle décide de fuir. Autant vous dire que pour une jeune fille de 18 ans qui n’est jamais allée plus loin que le bout du jardin (les jours fastes), c’est une entreprise à nulle autre pareille. Heureusement, elle rencontrera Eden, son exacte opposée.

Celle-ci est orpheline, elle sait bien qui est responsable de la mort de ses parents : le Roi, directement ou indirectement. Le Roi est véritablement un personnage intéressant pour moi parce que c’est lui la cause de quasiment tous les événements négatifs qui ont entraîné la situation dans laquelle se trouvent les personnages principaux et son peuple – cela fait beaucoup, et parce que les raisons qui l’ont poussé à agir comme il l’a fait sont des raisons que certains pourraient promptement excusés – ben voyons – alors qu’elles sont totalement inexcusables. Eden a un objectif simple : se venger. Grâce à elle, nous savons ce que le peuple dit de la cour. Il se pourrait que la princesse soit morte, puisque personne ne l’a vu. Tout le monde aime la reine, dont on attend la guérison depuis 18 ans, au point de toujours chercher un antidote pour guérir la reine. Et c’est pour en apporter que Jadis a pris la route.

Jadis est un paysan dont certains se détournent, à cause de taches de naissance que certains prennent pour une malédiction, quand ce n’est pas une maladie contagieuse. Oui, les gens sont superstitieux. Leur rencontre les amènera à faire face ensemble, et à découvrir des faits qui, je le dis, ne sont pas forcément jolis jolis. Il en faudra, des péripéties, pour arriver à destination. Il en faudra, des révélations, pour atteindre le dénouement, qui marquera le commencement d’une nouvelle aventure.

 

Les détectives du Yorkshire, tome 6 : Rendez-vous avec la ruse de Julia Chapman

Présentation de l’éditeur :

La mort aime tromper son monde.
Enquêter sur un adultère ? Ce n’est pas vraiment le rêve de Samson et Delilah, les détectives de l’Agence de Recherche des Vallons. Seulement voilà, la demande vient de Nancy Taylor, une femme charmante à laquelle on ne peut rien refuser. L’infidèle, quant à lui, est le maire, mais aussi un respectable homme d’affaires et l’ex-beau-père de Delilah. Diable ! Le duo de détectives va devoir marcher sur des œufs…
Or Samson et Delilah découvrent qu’une affaire peut en cacher une autre. Et que ruses, fourberies ou tromperies sont bien plus présentes à Bruncliffe qu’ils ne le croyaient.

Mon avis :

Ce sixième tome aurait pu être reposant. Si, si. Après un cinquième tome qui avait failli voir nos deux détectives disparaître, tout aurait pu être plus simple ici. Sauf que… Samson veut protéger Delilah. Il décide donc de prendre ses distances avec elle, de ne surtout pas lui montrer ses sentiments, de ne surtout pas lui dire quels problèmes sont les siens. Bien sûr, c’est une idée complètement idiote ! Il faut vraiment avoir la tête dans le guidon de sa moto pour penser que c’est une bonne idée, pour penser que Delilah ne se posera aucune question et acceptera sans broncher de ne plus enquêter avec lui.

Et pourtant, Delilah aurait de quoi ne plus enquêter : son agence de rencontres croule sous les inscriptions, grâce à un article paru dans la presse locale et qui monter à quel point l’agence est une réussite ! Oui, Delilah est douée pour unir le plus immariable … des fermiers. Oui, l’ARS devient un amour est dans le pré et l’élevage de mouton sans les caméras de télévision.

Bref, tout irait presque bien dans le meilleur des mondes, n’était que Nathalie Taylor, ex belle-mère de Delilah (elle fut d’une discrétion exemplaire lors du divorce) et femme du maire demande à Samson d’enquêter parce qu’elle soupçonne son mari d’adultère. Ce n’est pas la plus folichonne des affaires, ce ne devrait pas être la plus dangereuse non plus. Les apparences sont souvent trompeuses. Et ce n’est pas les amis de la maison de retraite qui diront le contraire ! Eux aussi vont confier une enquête à Samson, et elle sera pleine de rebondissements !

J’anticipe, j’anticipe, comme si Samson et Delilah n’allaient pas en voir des vertes et des pas mûres au cours de cette enquête, frôlant le pire maintes fois. Si Samson cache à Delilah ses sentiments, il est des personnages, comme Bernard Taylor ou Rick Procter qui cachent des faits bien plus graves, bien plus dangereux. La campagne du Yorkshire peut dissimuler bien des secrets.

Ce sixième tome, écrit pendant le confinement, est vraiment excellent. J’ai hâte de lire la suite !

 

Verte de Marie Desplechin

édition L’école des loisirs – 180 pages.

Présentation de l’éditeur :

À onze ans, la petite Verte ne montre toujours aucun talent pour la sorcellerie. Pire que cela, elle dit qu’elle veut être quelqu’un de normal et se marier. Elle semble aussi s’intéresser aux garçons de sa classe et ne cache pas son dégoût lorsqu’elle voit mijoter un brouet destiné : empoisonner le chien des Voisins.

Sa mère Ursule, est consternée. C’est si important pour une sorcière de transmettre le métier à sa fille. En dernier ressort, elle décide de confier Verte une journée par semaine à sa grand-mère, Anastabotte, puisqu’elles ont l’air de si bien s’entendre.

Dès la première séance, les résultats sont excellents. On peut même dire qu’ils dépassent les espérances d’Ursule. Un peu trop, peut-être.

Mon avis :

Ce livre parle d’un sujet que l’on n’aborde pas tant que cela dans la littérature jeunesse : la difficulté, pour une mère, d’élever un enfant seule, alors que la société ne lui donne pas le droit de se plaindre. Etre mère, ce n’est que du bonheur (oui, je parodie le slogan d’une émission de télé-réalité qui fête aujourd’hui ses vingt ans). Or, Ursule a beaucoup de difficultés à élever Verte sa fille unique.

Pardon ? On me souffle dans l’oreillette que les difficultés proviennent principalement des difficultés à concilier tradition familiale, profession et éducation de sa fille unique. En effet, Ursule est sorcière, comme sa mère avant elle, et comme Verte sera amenée à le devenir – enfin, dès qu’elle aura manifesté un tantinet de pouvoirs, ce qui n’est pas le cas en ce moment ! Pourquoi Verte ? Parce qu’Ursule a fait ce que mes parents n’ont pas fait : choisir un prénom en fonction du futur métier de leur fille. (Note : cette mention pour expliquer que l’on m’a dit que mes parents n’auraient pas dû appeler une future professeur de français par le prénom que je porte. Bizarrement, mes parents ont plutôt pensé à me donner un joli prénom qui leur plaisait à tous les deux plutôt que d’imaginer la future carrière de leur fille). Son père voulait Rose, c’est banal et pas du tout adapté à sa future profession. Principe de précaution : Ursule n’a eu qu’un enfant (seule la fille aînée peut devenir sorcière), inutile d’en avoir d’autres, c’est suffisamment de soucis comme cela. Et encore, si elle savait tout ce qui l’attend !

Oui, Ursule a pris une grande décision : demander l’aide de sa mère Anastabotte pour qu’elle lui montre toute la joie d’être une sorcière. Ce n’est pas tant qu’Anastabotte soit douée, c’est plutôt que les circonstances s’y sont prêtées. Verte est avant tout une pré-adolescence comme les autres, qui doit faire avec une famille un peu différente, une famille folle de joie quand toute la vaisselle se retrouve cassée par les pouvoirs de la toute jeune fille. Anastabotte est folle de joie, Ursule, aussi. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si les deux femmes pouvaient, comme le lecteur, savoir ce que pense vraiment Verte de tout cela, si elles avaient pu aussi anticiper ce que Verte ferait. Après tout, elle avait parfaitement le droit de sauter sur les occasions qui lui étaient offertes, non ? Si elle ne peut plus profiter des cours de sa grand-mère pour voir les effets des sortilèges et autres objets magiques, où allons-nous ?

Soufi, lui, va à l’autre bout du terrain à cause du sortilège. Soufi, c’est LE garçon que toutes les filles, dont Verte, ont remarqué, le garçon qui, malgré lui, se retrouve au beau milieu de cette histoire de famille. Lui aussi aura des choses à nous dire.

Verte est un roman charmant, à partager.

Le souffle du mal, Mercy Thompson tome 11 de Patricia Briggs

Présentation de l’éditeur :
Mercy Thompson doit faire face à un ennemi mortel pour défendre tout ce qui lui est cher…Mon nom est Mercedes Athena Thompson Hauptman, et je suis mécanicienne. Et changeuse coyote… Et la compagne de l’Alpha de la meute du bassin du Columbia. Mais rien de tout ça ne poserait de problème si je n’avais pas accepté d’endosser la responsabilité de protéger tous ceux qui vivent sur notre territoire. Sur le moment, ça semblait être la chose à faire. Ça aurait dû se limiter à traquer des gobelins tueurs, des chèvres zombies et un troll de temps à autre. Au lieu de cela, notre foyer est à présent considéré comme une zone neutre où les humains peuvent négocier avec les faes sans danger. En réalité, rien ni personne n’est en sécurité. Tandis que généraux et politiciens affrontent les Seigneurs Gris des faes, une tempête approche… Et son nom est la Mort. Mais nous sommes la meute, et nous avons donné notre parole. Qu’importe le prix.

Mon avis :

Quand je lis un roman de Patricia Briggs, il m’arrive de penser à ce qu’une autre autrice aurait fait avec le même synopsis. Oui, ne cherchez pas, je compare très souvent Mercy Thompson avec Anita Blake – ou comment avoir un ami vampire, Stefan pour Mercy, qui reste un ami, fidèle, prête à aider, mais un ami. Mercy, dans cette onzième aventure; a bien besoin de tous ceux qui peuvent l’aider, elle et la meute du bassin de Columbia.

Pourtant, au tout début du récit, c’est l’aide de Mercy qui est sollicité, la sienne et celle de la meute. Elles se trouvent même toutes les deux un peu débordées par les phénomènes anormaux qui s’accumulent dans la région. On n’a pas fini de parler des « chèvres zombies miniatures » qui ont sévi dans la région. Ce serait oublier que ces vingt chèvres appartenaient à une famille ordinaire, heureuse, bien sous tout rapport, qui se trouve mêlée bien malgré elle à une lutte de pouvoir, famille que Mercy et les siens vont protéger. Mais contre qui ? Qui peut être assez tordu pour transformer des chèvres, des chevreaux en zombi ? Le récit ne fait jamais dans la joliesse, ne rend pas glamour quelque chose qui ne l’est pas.

Des actes horribles, abjects, Mercy en découvrira beaucoup dans ce récit. A aucun moment, elle ou les loups ne seront admiratifs. Oui, celles qui ont agi ainsi ont du pouvoir. Elles ont surtout l’outrecuidance de penser que leur soif de puissance les autorise à torturer, à tuer, à asservir. Oui, l’image qui est donné des sorcières usant de la magie noire n’est pas glamour, mais alors là, pas du tout. Oui, cela change des personnages gentillets de sorcière que l’on croire ici ou là. La frontière est vraiment ténue entre la magie grise, et la tentation de plonger dans la magie noire. Adam l’a dit : il ne tolérera pas que l’on use de magie noire sur son territoire. Lui, Mercy, et leurs alliés agissent dont en conséquence – en des scènes intenses mais aussi émouvantes. Il ne faut pas toucher aux innocents, quels qu’ils soient.

Comme si ce problème n’était pas assez énorme à régler, une conférence humain/faes doit être organisé, et c’est la meute qui est chargée d’assurer la sécurité des participants. Dire que cela ennuie Mercy est un euphémisme – elle a vraiment autre chose à faire que jouer les potiches pendant des conférences. Par contre, elle a beaucoup à faire quand il s’agit de limiter les catastrophes ou d’ouvrir le dialogue avec des personnes qui n’apprécient pas du tout les loups garous.

S’il est un fait que je retiens de ce tome 11, particulièrement prenant, sanglant, intense, c’est la possibilité de lutter, de surmonter, encore et toujours, les épreuves. Ne pas s’avouer vaincu, ne pas céder face à l’abjection sont déjà des victoires.