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Coeurs solitaires de John Harvey

Présentation de l’éditeur :

Shirley Peters a été tuée, et son ancien amant l’avait menacée de mort. Pour l’inspecteur Resnick, il s’agit là d’un drame passionnel, ce genre de drame auquel il a l’impression d’être confronté tous les jours. Mais quand une seconde femme est sauvagement violée et assassinée, il semble évident qu’un « serial killer » est à l’œuvre et qu’il choisit ses victimes parmi les femmes esseulées qui cherchent un compagnon dans la rubrique locale des cœurs solitaires. Journaliste, poète, scénariste et romancier, John Harvey est une révélation majeure du roman noir anglais.

Mon avis :

Comment cuisiner quand on a, comme Charlie Resnik, quatre chats ? Difficilement ! Les chats en question ont beau être brillants, trouvant toujours la bonne gamelle dans les quatre qui ornent la cuisine, ils peuvent cependant commettre quelques gaffes, comme s’endormir et se retrouver coincé dans le panier à linges, ou encore de faire une petite sieste dans une casserole, la même bien sûr dont son maître a besoin pour cuisiner les deux patates qu’il a trouvées. Vous l’aurez compris, Charlie Resnik, inspecteur de son état, ne pouvait que m’apparaître immédiatement sympathique. Il est aussi profondément humain. Ne lui demandez pas de prendre fait et cause pour les personnes qui violentent les autres, d’autant plus que les statistiques, à ce sujet, semblent vraiment grimper en flèche. Ne lui demandez pas non plus de ne pas pousser dans ses retranchements un suspect. Attention ! Il ne s’agit pas d’user de violences, comme certains policiers auraient trop tendance à le faire ; il s’agit de chercher, de fouiller, d’appuyer là où cela fait mal – on ne se retrouver pas au poste en garde à vue par le plus grand des hasards.

Oui, ce polar date de plus de vingt-cinq ans, et pourtant, il est toujours aussi lisible. Les temps ont changé, il nous parle d’une époque où l’on se rencontrait par le biais des petites annonces, non par celui des applications de rencontre sur son téléphone portable. Il fallait écrire, l’annonce, d’abord, puis la lettre en réponse, et ensuite seulement on pouvait se rencontrer et voir si cela « matchait », pour reprendre un terme de notre époque. Le but de ses rencontres pouvait être faire sa vie ensemble, passer un bon moment, voir un moment tout court, surtout si, telle une Cendrillon des temps modernes, la jeune femme se doit d’être rentrée avant minuit pour s’occuper de ses enfants. Oui, nous sommes à une période charnière. Ce n’est plus le temps où le mariage, c’était pour la vie, et l’on restait, quoi qu’il arrive. Ce n’est pas encore le temps où l’union libre est la forme d’union la plus fréquente, où les femmes refont leur vie en étant moins jugées – moins, pas plus, malheureusement, parce que le combat pour mener sa vie de femme comme on l’entend est un combat d’actualité.

Elles s’appelaient Shirley, Mary. Shirley a subi la violence de son compagnon, violence pendant leur vie de couples, menace après leur séparation, qui l’a menée à obtenir une injonction contre lui. Mary a été plaquée par son mari, qui l’a laissé avec deux jeunes enfants pour refaire sa vie – loin. Elles ont toutes les deux été assassinées, pour ne pas dire massacrées, tuées parce qu’elles étaient des femmes, sur lesquelles un homme a pu faire la démonstration de sa force et de son pouvoir, un homme qu’il faut arrêter avant qu’il ne recommence, avant que la peur ne monte. Il s’agit bien de l’arrêter lui, non de dire aux femmes de se comporter autrement.

Des femmes, nous en croisons d’autres, dans ce roman. Lynn, d’abord, la seule femme du poste de police, qui a pourtant réussi à s’imposer dans un monde d’hommes, avec des collègues pas toujours très fins. Je pense à Divine, qui fait son boulot tout en dissimulant à peine son racisme. Je pense à Naylor et à sa femme – j’en ai rencontré dans la vie – qui mène une vie dont je n’ai jamais voulu, avec Naylor, entièrement sous la coupe de sa femme, planifiant longuement toute leur vie, paniquant quand un imprévu survient. Je pense aussi à Miss Odds, l’avocate qui défend tous les prévenus, et tient à être appelée « Miss » – gare à celui qui ne le ferait pas ! N’oublions pas Rachel, travailleuse sociale absolument débordée, tout comme son compagnon Chris, au point qu’ils n’ont plus vraiment grand chose à se dire, si ce n’est que Chris ne réagit pas formidablement bien quand elle décide de se séparer – disons même plutôt qu’il réagit exactement comme tous les conjoints dont il a le dossier en charger. Aucun milieu n’est épargné par la violence, c’est aussi simple que cela, il est toujours bon de l’avoir à l’esprit.

 

 

Liquide inflammable de Robert Bryndza

Présentation de l’éditeur :

Alors qu’elle sonde les profondeurs d’une vieille carrière inondée à la recherche d’une cargaison de drogue, l’inspectrice Erika Foster fait une macabre découverte : un sac-poubelle renfermant des ossements d’enfant. Le légiste est formel : le squelette est celui de la petite Jessica Collins, sept ans, dont la disparition en 1990 avait profondément ému l’Angleterre. Un dossier classé sans suite depuis.
Obsédée par ce drame, Erika se jure de faire toute la lumière.

Merci à Netgalley et aux éditions Belfond pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est un très bon roman, autant vous le dire tout de suite. Seulement, je ne l’ai pas lu au bon moment. Il faut savoir qu’il est noir, sombre, tragique, que l’espoir n’est jamais au rendez-vous, que l’intolérance, par contre, est bien présent, la désespérance aussi. Que peut attendre le lecteur quand on enquête sur le meurtre d’une enfant, dont on retrouve le corps 26 ans plus tard si ce n’est ce sentiment ? J’ai pensé à La souris bleue de Kate Atkinson, parce que le lieu (l’Angleterre) et le thème (retrouver le corps d’une enfant portée disparue) sont les mêmes. Les styles sont différents, mais la qualité, de l’intrigue, de l’analyse sont identiques et nous entraîne dans un puits sans fonds de douleur et de noirceur.

Personne ne peut sortir indemne d’une telle intrigue. Erika Foster est vue comme asociale par les autres policiers, son supérieur dit même qu’elle peut se montrer « débile » dans sa vie personnelle, elle qui interprète mal les actes de ceux qui l’entourent, qui a autant de mal quand ses proches sont loin d’elle que quand ils sont tout prêts. Oui, Erika peut parfois, même pour le lecteur le plus indulgent, être antipathique. Personne ne peut cependant dire qu’elle n’est pas acharnée à mener à bien les enquêtes qui lui sont confiées, même si, parfois, elle est sans illusion, notamment quand elle arrête un dealer et qu’elle sait qu’il sera très prochainement remplacé par un autre. Oui, contrairement à son supérieur, elle n’attend rien des révélations de ce jeune homme, et préfère se plonger dans cette enquête, qui a coûté cher à celle qui l’avait en charge à l’époque.

Tout est détruit, pourrait-on dire. La famille de Jessica a explosé, et la découverte de son corps est pire encore. Le père a refait sa vie, loin, il a de nouveaux enfants. La soeur aînée est mariée, a des enfants, et doit soutenir une mère qui a complètement perdu pied. Le frère, par contre, a totalement ma sympathie : il n’a que peu de souvenirs de sa soeur, il n’avait que trois ans quand elle avait disparu, il est aujourd’hui en couple, heureux, avec un jeune homme, et lui aussi veut comprendre. Par contre, il est sans illusion sur l’acceptation de son homosexualité par sa mère, catholique fervente, pour ne pas dire intégriste. Face au comportement trop souvent imprévisible de sa mère, il est le seul à garder la tête haute.

Il faut donc reprendre l’enquête, avec le corps, certifiant ainsi la mort de Jessica, et avec les séquelles de l’enquête précédente, qui coûta le poste de la précédente enquêtrice, d’énormes dédommagements à la police eu égard au préjudice subi par un suspect : ne jamais faire justice quasiment soi-même, ne jamais s’attarder sur des idées préconçues, sur des évidences. Soyons clair : les enquêteurs eux-mêmes n’y vont pas nécessairement par quatre chemins pour obtenir ce qu’ils veulent, ils n’iront cependant jamais aussi loin que ceux qui ont peur. Oui, la peur est bien présente : la peur de perdre ce que l’on possède, la peur de voir la vérité découverte. La peur aussi pour les siens : ceux qui ont peur sont prêts à tout, même à faire n’importe quoi, et tant pis pour les conséquences – pour les autres.

Un livre réussi, mais sombre.

En son absence de Bill James

Présentation de l’éditeur :

Que signifie envoyer un flic en infiltration ? apparemment, c’est simple : il s’agit d’espionner de l’intérieur une organisation criminelle que la police n’arrive pas à démanteler. le flic infiltré devra donc s’y faire admettre, gagner la confiance des responsables, comprendre tous les rouages de l’entreprise… un rôle dangereux, qui exige non seulement des nerfs d’acier, mais surtout de respecter toutes sortes de précautions. au séminaire de Fieldfare house, Esther Davidson écoute avec intérêt l’expérience de collègues infiltrés, ce qui doit l’aider à planifier ses propres opérations. Iles est absent de ce séminaire car, justement, une infiltration relevant de sa responsabilité s’est mal terminée. s’il avait été là, peut-être aurait-il pu convaincre Esther de renoncer à ses plans ? Iles est un flic parfois douteux, parfois violent, mais en général efficace et compétent. ici, c’est son absence qui se fera cruellement sentir.

Mon avis :

Pas un avis sur Babelio, mais une moyenne faite avec quatre notes, que j’aimerai bien voir expliciter, parce que si je devais noter ce livre (je déteste noter des livres, je suis déjà contre les notes au collège, alors pour les livres, n’en parlons pas), je lui mettrai au-dessus de la moyenne.

Il n’est pas un roman policier comme les autres, il est le roman policier des coulisses. Non, nous ne suivrons pas le policier en mission d’infiltration, nous ne serons pas derrière lui, pas à pas, nous ne tremblerions pas derrière lui quand il sera à deux doigts d’être découvert, nous ne nous réjouirons pas quand il fera des découvertes significatives pour l’enquête qu’il sert. Nous ne partagerons pas ses sentiments, sa fierté, sa solitude, sa volonté d’en mettre un bon coup pour faire progresser cette enquête qui dure depuis huit ans. Huit ans sans que jamais la police, qui a mobilisé bon an mal an une dizaine d’hommes, ne parvienne à trouver la moindre preuve contre cette entreprise criminelle, qui n’est pas jugée criminelle puisqu’en vingt ans d’existence, elle semble ne jamais être sortie des clous. Non, nous ne lirons rien de toutes ses étapes imposées, davantage par le cinéma que par la littérature policière.

Nous nous dirons simplement : « la police, quelle bande de couillon ». Oui, c’est abrupte.

Esther Davidson est adjointe de la police, et elle a envie d’infiltrer un de ses hommes. Le séminaire de la police à laquelle elle assiste la convainc : oui, c’est possible, c’est faisable, et les témoignages de l’agent A et de l’agent B la confortent dans cette décision, qu’elle avait fortement envie de prendre. Puis, elle a elle-même été une agent infiltrée, elle sait donc ce que cela fait d’être ainsi sur le terrain, seule d’être quelqu’un d’autre, et d’être quelqu’un qui permet à l’enquête d’avancer de manière significative. Elle a sans doute oublié qu’elle a dû être exfiltrée en urgence, contre l’avis de son supérieur, qui s’est retrouvé à vendre des saucisses sur les marchés, parce qu’elle avait raison, elle avait vraiment été découverte.

Elle oublie aussi une absence, celle d’Iles, policier charismatique s’il en est. L’infiltration, il sait ce que c’est : il a infiltré un agent et des années après tout le monde s’en souvient, tout le monde, surtout lui : son agent a été massacré, les deux coupables supposés acquittés, puis retrouvés mystérieusement massacrés. Cet agent infiltré, il pense à lui sans arrêt, et si Esther l’avait écouté ne serait-ce qu’une seule fois, elle aurait renoncé. S’il était venu au séminaire, il l’aurait peut-être fait reculer, sauf qu’il a pensé que son absence en dirait bien plus que sa présence. A-t-il eu tort ? Il était en tout cas attendu par les deux ex-agents infiltrés, qui pensaient riposter vaillamment à ses questions. Comment riposter à une absence ?

Iles est également absent, quasiment absent de l’intrigue. Ses rares apparitions n’en sont que plus cinglantes. En effet, le livre devient un livre de procès, du coupable possible, des résumés de la juge – j’ai découvert cette pratique anglaise – et du fait que la justice semble ne pas pouvoir passer – tout simplement parce qu’il manque encore et toujours ses fameuses preuves, et que la police a manqué de prendre des précautions.

Oui, s’il n’y avait pas mort d’hommes et de femmes aussi, voir la déconfiture de la police, la manière dont l’agent infiltré a été manipulé serait presque risible. Ce n’est plus (ce n’est pas ?) une mission d’infiltration, c’est une lutte pour imposer l’agent que l’on a choisi, au détriment de celle choisie par le responsable de l’infiltration. Parce que c’est un homme, et que c’est moins risqué. Parce qu’il est célibataire, elle est fiancée, et tant pis si Esther enjolive un peu la réalité : c’est elle qui paiera les pots cassés si la mission foire. C’est elle qui vivra avec, effectivement.

Esther. J’ai eu franchement du mal avec elle, non d’un point de vue professionnel, mais d’un point de vue personnel. Comment peut-elle vivre avec un mari comme le sien ? Merci de ne pas me dire qu’elle l’aime au point d’en oublier ce qu’il lui fait subir. Pour qualifier leur relation, j’hésite entre « elle est toxique », ou « elle est sado-masochiste ». Elle est sans doute un mélange des deux. Leurs dialogues sont d’ailleurs un chef d’oeuvre – ou comment fait-elle tout pour choisir les mots qui ne vont surtout pas mettre le feu aux poudres, un art de la communication trop souvent réservé aux femmes maltraitées.

De nombreuses enquêtes d’Iles restent à traduire… J’aimerai bien lire la suite en VF, nous avons de très bons traducteurs en France (ce volume est traduit par Danièle Bondil), parce que l’absence d’Iles se prolonge – cette enquête date de 2008, dix autres ont été publiées depuis.

Ténèbres, ténèbres de John Harvey

Edition Rivages/Noir – 394 pages

Présentation de l’éditeur :

Dans cette douzième et ultime aventure de Charlie Resnick, personnage emblématique qui a conquis un large public sur deux décennies, John Harvey se confronte à un événement majeur de l’histoire sociale de la Grande-Bretagne : la grève des mineurs de 1984. La découverte du cadavre d’une femme qui avait disparu pendant la grève remet l’inspecteur Charlie Resnick en scène et l’amène à se confronter à son passé de jeune flic. Trente ans plus tôt, Resnick était en première ligne en tant que policier chargé de la surveillance des grévistes. Déjà, à l’époque, son sens moral avait été mis à mal par les méthodes employées contre les mineurs. Aujourd’hui, c’est un homme âgé et il se souvient… Une histoire poignante qui s’achèvera sur des notes de Thelonious Monk.

Mon avis :

Le mot « ténèbres » est pour moi un des plus beaux, parce que la lumière ne se voit jamais mieux que lorsqu’elle perce les ténèbres, quels qu’ils soient.
Charlie Resnik est le héros de John Harvey, il lui a consacré douze enquêtes, en vingt-cinq années d’écriture – dans la postface, John Harvey explique comment il a choisi le dénouement pour son personnage, après en avoir écrit un autre. A mes yeux, son choix définitif est bien meilleur que le premier.
Charlie Resnik est officiellement à la retraite, mais il a pu rempiler dans un travail administratif qui l’occupe, et surtout, l’empêche de trop penser, lui qui rentre presque seul chez lui, avec un chat et ses disques de jazz. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que l’on retrouverait le corps d’une femme disparue depuis trente ans – et morte depuis trente ans. Les cold case, dans les séries télévisées, c’est bien, c’est facile. Dans un roman qui se veut crédible, cela l’est nettement moins, rares sont les personnes qui n’ont pas déménagées en trente ans, qui n’ont pas changé de métiers, surtout vu le contexte. Trente ans plus tôt, se déroulaient les grandes grèves des mineurs. Resnik était un jeune policier, confronté aux ordres de ses supérieurs et au méthode de certains collègues, sur lesquelles les supérieurs fermaient les yeux – tant que les événements allaient dans le sens qui convenait à la police, tout était bon à prendre.
Resnik jeune, et Jenny, la victime, vivante, voilà les morceaux de passé qui nous sont livrés dans le récit rétrospectif. Jenny, bien vivante, soutenant la grève, participant à des meetings, se débrouillant pour faire garder ses trois enfants, ou pour être revenue à temps pour les chercher à l’école. Un mari, Barry, non gréviste qui ne comprend pas sa femme, qui sort trop du rôle traditionnel des épouses soumises, cantonnées à leur maison, qui ne comprend pas non plus ses grévistes venus d’on ne sait où et qui le traitent de « jaune », lui qui veut seulement continuer à travailler pour que sa famille ait de quoi se nourrir.
Dans le présent, le travail est minutieux, long, fastidieux, surtout que Resnik et Catherine, assignés à cette mission avec deux autres agents, n’ont qu’une semaine pour trouver une piste valable – il est tant d’autres affaires qui attendent, surtout que Picard, le charmant supérieur imbuvable, est assez fataliste, ou réaliste, comme on voudra : le coupable est peut-être mort depuis longtemps !
Petite précision : Catherine Njoroge est noire, pas noire Beyoncé, non, noire noire comme elle le dit elle-même, et j’entends déjà le commentaire (j’en ai déjà eu) précisant que de nos jours, on s’en fout. Ce serait bien, effectivement. Catherine est cependant très consciente que tous ne s’en moquent pas, et qu’elle, son avancement, dérange, certains pensant qu’elle ne l’a obtenu qu’à cause de sa couleur de peau, au nom de la discrimination positive et n’attendant qu’une chose, un bel échec. Ajoutez à cela des parents qui ne comprennent ni son choix professionnel, ni sa rupture avec son compagnon dont, selon eux, elle n’était pas à la hauteur. Ou comment introduire dans un roman, sans jamais utiliser le terme, un personnage de pervers narcissique. Catherine a été suffisamment fine pour s’en rendre compte, de là à dire qu’elle est suffisamment forte pour lui résister constamment, c’est une intrigue qui sous-tend le récit principal.
J’espère que vous apprécierez autant que moi ce roman.

Le big boss de Bill James

édition Rivages/noir – 334 pages.

Présentation de l’éditeur :

Elle s’appelle Mandy mais a décidé qu’elle serait « Noon ». Elle a 13 ans, vit dans une cite et a fait les gros titres des journaux : elle a pris une balle perdue lors d’un règlement de comptes entre truands. Cependant, l’histoire se révèle plus complexe ; Mandy transportait de la drogue pour le compte d’un gang et l’examen balistique démontre qu’elle était visée. Qui pouvait avoir intérêt a sa mort ? Du côté de la police, l’enquête s’enlise car le torchon brûle entre le chef de la police Mark Lane et son adjoint, le retors Desmond Iles. Mais comme toujours, c’est le superintendant Colin Harpur qui tirera son épingle du jeu.

Mon avis :

Je découvre la série Harpur et Iles avec cet opus, découvrant en même temps que de nombreux titres n’ont pas été traduits en français – ou restent encore à traduire pour le plus grand plaisir des lecteurs, c’est selon. Ce n’est rien de dire que ce n’est pas vraiment l’entente entre eux. C’est encore moins l’entente avec le chef de la police, Mark Lane, qui sort tout juste d’une grande dépression nerveuse et ne va pas vraiment bien. En plus, l’affaire qui leur est tombée dessus est tout sauf facile, paisible, jouable. Que des revendeurs de drogue de réseaux différents se tirent dessus, en pleine rue, en pleine journée, est déjà hautement pénible (que fait la police, franchement ?) mais qu’une gamine de treize ans ait été tuée, alors là, franchement (bis), rien ne va plus. Surtout, il ne faut pas longtemps avant que la police ne découvre – et ne garde l’information pour elle, après tout, enquêter, c’est enquêter, on ne va pas tout dire à la presse, qui laisse sous-entendre que la police « couvre » le chef des dealers. Ce n’est pas vrai, puisque ce n’est pas lui le responsable. Il faut pourtant bien le trouver. Il faut pourtant parvenir à s’entendre dans la police, entre ceux qui veulent infiltrer un policier dans l’un des réseaux de drogue, et ceux qui ne veulent surtout pas, se rappelant le désastre récent qui a entraîné la mort d’un policier infiltré.

De l’autre côté, nous avons le chef du réseau. Il est un homme qui a plus de points communs avec les policiers qu’on ne le pense. Il réfléchit toujours à ce qui se fait, ne se fait pas, est bouleversé par la mort de Mandy parce que franchement, il n’avait absolument pas voulu cela, et croit ses hommes quand ils lui disent qu’ils n’ont pas tiré sur elle. Il tient à une certaine forme de respectabilité : il a une maison somptueuse (qui n’est pas sans rappeler celle du chef de la police), il est séparé de sa femme et a la garde de ses enfants (la justice est bien faite), Il a aussi des contacts privilégiés avec un policier, qui le tient, moyennant finance, informé de beaucoup d’événements, et ne rêve que d’une collaboration plus poussée avec la police « comme cela existe ailleurs », dit-on. Autant vous dire que l’image de la police en prend sérieusement un coup si tel est le cas ! Le livre a été écrit en 1996, et je trouve bon de m’en souvenir, et aussi de lire des polars des années 90, un peu oublié à notre époque où l’on zappe énormément. En tout cas, c’est quasiment la guerre dans les services de police, pas seulement une guerre ouverte, non, mais une guerre où toutes les ruses sont permises pour parvenir à ses fins, surtout quand un (oui, il suffit d’un) policier est un « ripoux » . Je ne me permettrai pas de juger son intelligence : son sens de la ruse, du louvoiement, son instinct de protection sont très forts. Pour le sens de la justice, le véritable rôle de la police, vous repasserez.

En lisant ce livre, j’ai vraiment eu l’impression de voir une police débordée, débordée par l’ampleur du trafic de drogue, qui contamine même les tous jeunes adolescents, débordée par les luttes internes, le mal-être des policiers, la corruption aussi, et les « gangsters », ayant un souci de respectabilité, tout en subissant des luttes, internes et externes. Je n’ai garde d’oublier les vies sentimentales des uns et des autres, très compliquées. Et si les « gangsters » s’expriment de manière châtiée, ce n’est pas vraiment le cas des policiers.

Un auteur que je suis ravie de (re) découvrir.

 

Agatha Raisin enquête, tome 19 : Agatha Raisin and a Spoonful of Poison

Mon résumé :

Mrs Bloxby sollicite Agatha pour aider le vicaire d’un village voisin. Las ! Les confitures vendues lors de la fête supervisée par Agatha ont été empoisonnées. Pas de panique ! Elle et son agence de détective vont mener l’enquête.

Mon avis :

Ce roman est une vaste histoire d’amour. Si, si. En effet, il n’y a pas qu’Agatha qui tombe amoureuse rapidement – et détombe amoureuse tout aussi vite, sauf pour James, bien sûr. James est d’ailleurs quasiment porté disparu – tout est dans le quasiment, parce qu’il réapparaît au moment où on l’avait quasiment oublié. Toni aussi, sa toute jeune détective, a également une vie sentimentale compliquée, entre Bill, dont elle repousse les avances mais qu’elle aime bien, avec qui elle se sent à l’aise, et Harry, qu’elle aime, mais qui vit sur une autre planète et veut la façonner à son image. Agatha et Toni ont en commun d’avoir eu une enfance avec peu d’amour et aussi peu de culture – ne demandez pas à Agatha qui est Raiponse ! A cette occasion, pensée pour Mrs Bloxby, toujours aussi bienveillante, toujours prête à aider ceux qui en ont besoin, surtout s’il faut confirmer à une jeune fille que oui, elle a le droit d’être elle-même, et non celle que d’autres voudraient qu’elle soit.

En tout cas, le fameux village voisin est un joli nid de commères. De toute façon, l’empoisonnement a forcément été causé par quelqu’un d’extérieur au village, il ne faut pas exagérer ! A moins, bien sûr que ce ne soit les deux jeunes femmes qui vivent ensemble qui soient les coupables – ce serait bien pratique. Ou la châtelaine, riche et radine, qui en pince pour Georges, le veuf éploré. Comment voulez-vous enquêter sereinement dans ces conditions, entre deux scènes de ménage de l’éleveur de porc local et de sa femme, qui ne supporte pas qu’il ait servi son thé blanc aux invités, c’est à dire à la jeune Tony et à Harry.

Oui, le roman est drôle, oui, il est amusant non d’être à Carsely, mais dans un petit village moins sympathique qui nous fait regretter la bienveillance de Mrs Bloxby (heureusement toujours prête à soutenir Agatha). Oui, l’intrigue policière est bien construite, et classique – est-ce un tort ? En tout cas, je vais certainement continuer les lectures en VO de cette charmante Agatha, même si la romance prend souvent le pas sur l’intrigue policière.

Une citation, pour clôturer cet avis :

That’s sacrilegious, Mrs Raisin
That’s human, Mrs Bloxby.

 

 

 

Qui va à la chasse de M.C. Beaton

Présentation de l’éditeur :

Lorsque Priscilla Halburton-Smythe ramène à Lochdubh son nouveau fiancé, un dramaturge londonien, tout le monde est enchanté… sauf Hamish Macbeth, amoureux transi de la jeune femme. Mais ses affaires de cœur devront attendre un peu : un des invités aux fiançailles de Priscilla, l’affreux goujat Peter Bartlett, est retrouvé assassiné pendant une partie de chasse à la grouse.
Chargé des premières investigations, Hamish Macbeth fait face à une brochette de suspects huppés, qui avaient tous une bonne raison d’attenter à la vie de l’ignoble capitaine Bartlett.

Mon avis :

Hamish est le personnage le plus sympathique de la série. C’est normal, me direz-vous, il est le héros. Oui, mais Agatha Raisin a beau être l’héroïne de l’autre série de MC Beaton, elle n’est pas toujours sympathique. Lui, Hamish, trouve toujours moyen d’être sympathique, même quand il « trafique » un peu – après tout, il le fait pour améliorer son ordinaire, lui qui aide tellement sa famille, et s’acquitte assez bien de son métier, n’empêchant personne, après tout, de vivre de son mieux.

Priscilla, par contre, c’est une autre affaire. Elle semble sortie d’un autre temps, elle est très éloignée des jeunes femmes dynamiques crées par Agatha Christie. Elle a un travail, des amis, et pourtant, elle veut plaire à ses parents en épousant un homme qui leur convienne – elle est fille unique, il est des choses qu’elle pense ne pas pouvoir se permettre. Son fiancé, un dramaturge reconnu, est donc tout à fait acceptable pour ses parents, qui vont en plus avoir le bonheur de recevoir de nombreux invités, heureux pour les fiancés, disons plutôt heureux de rencontrer la coqueluche de tout Londres.

Si le thème du premier volume était la pêche, ici, il est question de la chasse, et de la difficulté de trouver le gibier que l’on veut : les grouses sont rares. Les meurtres le sont un peu moins, puisqu’un des invités est retrouvé mort. Les accidents de chasse sont bien plus fréquents qu’on ne le pense, et ont le mérite d’arranger tout le monde, la police en premier. Toute la police  ? Non, Hamish met en doute cette thèse et démontre que Peter Bartlett, grand séducteur et grand goujat a bel et bien été assassiné.

L’enquête s’annonce non pas difficile, mais pleine de méandre : pourquoi ne pas revenir tout simplement à la thèse de l’accident ? Il est franchement des personnes qui aiment se compliquer l’existence ! Il est aussi des personnes qui, même si un suspect avoue, est arrêté, continue à enquêter sous prétexte que… N’anticipons pas ! Hamish est sympathique, jusque dans sa manière de profiter de certaines situations, alors que beaucoup des illustres invités des Halburton-Smythe sont des rustres, des pintades de la pire espèce. Quand je vous disais que la saison de la chasse était ouverte….

Dernier argument : les Highlands sont toujours décrits de manière somptueuse, et Hamish MacBeth aime toujours autant parcourir la lande, même si c’est à la recherche d’indices.