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Mafalda, l’intégrale, de Joaquin Quino

mafaldaQuatrième de couverture :

Créées en 1964, les Aventures de Mafalda nous font part des réflexions de Quino sur le monde et sur l’étrange animal qui le peuple : l’être humain.
Les désopilantes réparties de cette petite fille d’Argentine restent dans les annales comme autant de mots d’enfant portant un regard naïf et pourtant si lucide sur la société. Pour toute la famille!

Mon avis :

Mafalda est d’abord lié à mon histoire personnelle. Imaginez une enfance dans un coin paumé de Normandie (je vous rassure, il l’est toujours) et des maisons de la presse où l’idée même de commander un livre tient de l’utopie et les prétextes pour ne pas prendre la commande était nombreux (Note : vous comprendrez pourquoi le jour où, à 17 ans, j’ai découvert la F***, j’y ai vu un paradis littéraire).  Les seules BD disponibles étaient Astérix et Lucky Luke (et encore, juste le dernier numéro paru). Aussi, quand, à 7 ans, pendant des vacances en Alsace, j’ai trouvé le premier tome de ses aventures, j’ai immédiatement éprouvé un coup de foudre pour ce personnage, et n’ai eu de cesse de lire tous les albums qui lui étaient consacrés. Autant vous le dire : cela prit du temps.

Mafalda est une petite fille, fille unique d’abord, puis rejointe par Guille, son petit frère qui « fuit la censure » quand sa mère veut l’habiller et est une victime de « la société de consommation » quand il a une indigestion. Mafalda est une enfant ancré dans son temps, qui éprouve de la joie (et même plus) quand ses parents achètent une télévision et une deux chevaux, voiture emblématique et pas seulement en France, une petite fille fan des Beatles et aussi consciente de la société dans laquelle elle vit, de ses bouleversements. Ne réclame-t-elle pas des béquilles pour son moral, à la lecture des journaux ? Chantre de la condition féminine, dans une société où les femmes abandonnent leurs études et leurs projets professionnels pour se marier et avoir des enfants, elle veut étudier, tout en constatant que la plupart des diplômés partent à l’étranger.

Mafalda ne serait pas Mafalda sans ses amis. Susanita, d’abord, sa meilleure amie, est le prototype même de la bourgeoise, que j’imagine très bien, une fois adulte, respectablement mariées, en train de prendre le thé dans son salon avec ses meilleures amies. Elle recevra sûrement Mafalda, son amie d’enfance, avec beaucoup de précaution, et la terreur que ses respectables amies la rencontrent. Pour l’instant, elle se montre d’un racisme confondant, à peu près à hauteur de son égocentrisme.

Du côté des garçons, nous avons Manolito, Miguelito, et Félipe. Celui-ci vit dans le même immeuble que Mafalda, va à l’école avec elle, et est amoureux, régulièrement de camarades de classe inaccessibles. Miguelito est le naïf de la bande, le distrait, celui qui n’écoute pas toujours ce qu’on lui dit. Manolito est moderne sans le savoir, lui qui réinvente le commerce de proximité, à expansion programmée. Il est le mauvais élève, celui à qui ses professeurs disent : « il ne fait pas ses devoirs, il les commet ». Il officierait aujourd’hui, il maîtriserait sur le bout des doigts les réseaux sociaux afin de promouvoir sa petite entreprise, qui ne connaîtrait pas la crise.

Mafalda, l’intégrale, est l’occasion de découvrir d’un coup toutes les aventures de la petite fille argentine. Si vous ne connaissez pas Mafalda, n’hésitez pas à la rencontrer.