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La boîte à musique, tome 1 : Bienvenue à Pandorient de Carbone et Gijé

Présentation de l’éditeur :

Pour son huitième anniversaire, Nola, petite fille espiègle, reçoit de la part de son père Martin la boîte à musique de sa mère, Annah, récemment décédée. Cette boîte est un symbole pour la petite fille, mais très vite, la fillette croit voir des signes de vie à l’intérieur. Oui, elle ne rêve pas : quelqu’un lui fait signe et lui demande de l’aide. Dès lors, en suivant les instructions d’Andréa, la fille de la boîte à musique, Nola rapetisse, entre dans la boîte et découvre le monde de Pandorient, un monde incroyable… Le temps presse cependant, car Mathilda, la mère d’Andréa et de son frère Igor, est gravement malade… Que lui arrive-t-il ? Aurait-elle été empoisonnée ? L’eau serait-elle contaminée ? Rapidement, les soupçons se confirment. En urgence, les enfants vont s’occuper de Mathilda puis remonter la piste du pollueur sans vergogne… avant que Nola ne regagne sa vie dans son monde, aux côtés de¶ son père. À moins que tout cela ne fût qu’un rêve… ou pas !

Préambule :

Ce qui est bien, aussi, est de rappeler que bloguer c’est lire ce que l’on veut. Je lis principalement des romans policiers et des oeuvres de littérature jeunesse, je ne vois pas pourquoi je ne pourrai pas lire et chroniquer d’autres genres littéraires.

Mon avis :

C’est une jolie bande dessinée que nous avons là, une oeuvre que j’ai pris plaisir à découvrir. Martin fête les huit ans de sa fille, il essaie que la fête soit la plus normale possible et pourtant, Annah, la mère de Nola, est décédée trois mois plus tôt. Même si c’est dur (et l’on veut bien le comprendre), il fait de son mieux pour que sa fille aille bien. Aussi lui offre-t-il la boite à musique qui appartenait à sa mère. A peine est-elle dans sa chambre qu’elle découvre qu’une petite fille lui fait signe, de l’intérieur de la boite. Nola n’hésite pas : elle répond à son appel, suit ses instructions et se retrouve dans un monde totalement inconnu.

Ce n’est pas un monde enchanté qu’elle découvre, c’est un mode coloré, différent du sien, mais propice à l’aventure et aux épreuves. En effet, la petite fille qui lui a fait signe et croyait parler avec Annah, a besoin d’elle pour soigner sa mère : Annah était infirmière, Mathilda, la mère d’Andrea et d’Igor est souffrante, et personne ne semble véritablement pouvoir la guérir. Alors Annah va faire ce qu’aurait fait sa mère à sa place : soigner et tenter de la guérir. Surtout, elle et ses nouveaux amis vont mener l’enquête, et ce n’est pas sans risque.

Oui, ce monde est beau, coloré, sympathique, et pourtant, on sent, à de petits faits, de petites remarques, que le danger est possible, latent. Ainsi, dans ce monde, on ne peut aimer qui l’on veut, et certains ont de petits secrets à cacher. Jusqu’à quand ?

Une bande dessinée à partager.

Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou

Présentation de l’éditeur :

Capturé en pleine Palombie par des Indiens Chahutas et vendu à des trafiquants d’animaux exotiques, un marsupilami débarque dans les années 50 au port d’Anvers. Réussissant à s’enfuir, il arrive dans la banlieue de Bruxelles et est recueilli par François, un jeune garçon fan d’animaux dont le quotidien est loin d’être facile. Le début d’une aventure passionnante, parfois sombre mais toujours porteuse d’espoir, et d’une belle amitié.

Mon avis :

Je tiens à remercier les éditions Dupuis et Netgalley pour m’avoir permis de découvrir cette bande dessinée – si elle n’avait pas été sur le site, je ne l’aurai peut-être pas lu avant longtemps.
Je ne connais pas les origines du marsupilami de Franquin, je n’ai lu qu’une ou deux bandes dessinées le mettant en scène, et encore, pas dans les premières. Ici, nous sommes dans les années 50, en Belgique. Une catastrophe s’est produite à bord d’un bateau, presque tous les animaux capturés (illégalement, bien sûr) sont morts, entrainant de lourdes pertes financières pour les trafiquants. Les images, noires, rudes, franches, montrent ce qu’il advient de ses animaux sacrifiés sur l’autel (toujours bien vivace) du profit et du plaisir des spectateurs de cirque, des visiteurs de zoo.
Fondu et enchaîné, c’est à Bruxelles que nous nous rendons ensuite, que nous découvrons une petite famille, composée de François et de sa mère, qui l’élève seul. Si elle le fait avec beaucoup d’amour et de soin, cela n’empêche pas les brimades que subit son fils à l’école – parce que son père n’est pas là, et que son père était un boche. L’instituteur et ses méthodes hors normes pour l’époque, déplait fortement à sa hiérarchie, à certains parents d’élèves, qui ne jurent que par les devoirs et les notes, le « salaire » de l’écolier. Il est un peu naïf, et ne voit pas tout ce qui se passe autour de lui, cependant, il représente tout de même un espoir dans un univers bien sombre, que seuls les animaux recueillis par François viennent adoucir : ils forment à eux seuls une vraie cours des miracles, que j’espère bien revoir dans un second tome. François est un petit garçon extraordinaire, prêt à prendre tous les risques par amour pour les animaux, quel qu’ils soient.
Une oeuvre à découvrir – et je pense que l’André à qui est dédié cette oeuvre, l’aurait aimé.

Dad, tome 7 par Nob

Présentation de l’éditeur :

Pour s’occuper de ses filles, Dad doit veiller à garder la forme ! Alors que Panda est en pleine déprime post-étudiante et cherche un sens à son avenir, que Roxane veut sauver la planète, qu’Ondine pense surtout à son nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux, voilà qu’en plus Bébérénice commence à parler et marcher et tout devient tout de suite plus compliqué ! Comme les factures s’accumulent dans le sens inverse des propositions de boulot et qu’il se retrouve confronté à un rival pour séduire le cœur de la belle doctoresse, Dad va devoir se retrousser les manches pour montrer ce qu’il vaut. Ce n’est pas le moment de flancher car avec la routine, la bedaine pousse…

Mon avis :

J’ai découvert par le plus grand des hasards cette bande dessinée – il faut dire que j’en lis très peu – et elle est très sympathique. C’est déjà le tome 7 des aventures de Dad – ce qui est positif est qu’il me reste donc six albums à découvrir.
Il est père célibataire de quatre filles nées de quatre unions différentes. Et, dans ce septième tome, il a quelques problèmes. Des kilos en trop, un début de bedaine, auxquels il tente de remédier à grands coups de zumba et autres séances de sport. Mais, surtout, des loyers en retard qui s’accumulent, et la menace d’une expulsion de son appartement.
Oui, la vie n’est pas forcément facile, et Dad fait tout pour que ses filles vivent le mieux possible, entre le blues de l’aînée, qui a laissé de côté ses études, et l’énergie débordante de Bébérénice, sans oublier l’engagement de l’une, et les tutos beautés de l’autre.
En contrepoint de Dad, nous avons le père de François-Xavier, prototype même du masculin toxique, qui s’incruste dans la vie de celle qui voudrait bien être son ex-femme et ne l’est pas encore. C’est le moment le plus pénible de cet album, parce qu’il nous fait face à une réalité que vivent trop de femmes. Tous les hommes ne sont pas Dad, toujours prêts à assumer ses responsabilités. Il a réussi à construire une famille unie, qui compose avec les personnalités de chacun(e).
Je terminerai par une mention spéciale aussi pour le père de Dad, totalement accro aux réseaux sociaux et aux informations fortement utiles.
Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour ce partenariat.

La Solitude du manager par Segui Nicolau et Migoya

Présentation de l’éditeur :

Au cours de cette nouvelle enquête, Pepe Carvalho est rattrapé par l’époque où il était agent de la CIA. Il se remémore cette rencontre, lors d’un voyage aux États-Unis, avec un certain Antonio Jaumà, manager de la branche espagnole d’une multinationale. Mais voici qu’il se retrouve avec le cadavre de Jaumà, découvert sans slip mais une petite culotte dans la poche. L’affaire semble claire : règlement de comptes autour d’un trafic de filles. Mais l’Espagne émerge à peine de la longue nuit franquiste et abrite encore trop d’individus prêts à tout risquer pour conserver certains privilèges…

Merci à Netgalley et aux éditions Dargaud pour ce partenariat.

Mon avis :

Cela n’a pas dû être un travail facile, et je dois dire que l’adaptation du roman de Manuel Vasquez Montalban est parfaitement réussi, que ce soit du point de vue du récit, ou du point de vue du graphisme. J’ai toujours l’impression que le détective de Montalban est un peu passé à la trappe dans le paysage policier, et c’est dommage.

Pepe est le personnage d’une époque, de son époque, il ne s’en contente pas d’en être le témoin. Il a été prisonnier sous Franco – c’est ainsi qu’il a rencontré Biscooter (c’est ainsi que le nom est écrit ici), il a été agent de la CIA et c’est en se rendant aux Etats-Unis qu’il a rencontré la future victime, Antonio Jaumà, manager de son état, et homme immensément seul, même avec une épouse et des enfants. Pepe veut faire toute la lumière sur sa mort – il est presque le seul.

Seulement, et c’est intéressant, Pepe est un être vivant, il mange – bien – il a des relations avec Charo, il désire d’autres femmes aussi, dort, va au cinéma, pense à tous les privés de cinéma, justement, et se demande auquel il devrait s’identifier. Il se souvient aussi, de la guerre, du franquisme, de la prison. Rien n’est tout à fait fini, et certaines personnes ne veulent surtout pas que cela le soit.

Une bande dessinée pour découvrir l’univers de Pepe Carvalho.

PS : j’ai beaucoup aimé le bonus, qui montre comment Pepe et Biscooter se sont retrouvés.

Cassandra Darke de Posy Simmonds

Présentation de l’éditeur :

Cassandra Darke, Londonienne pur jus, vieille teigne misanthrope, mauvaise coucheuse en surcharge pondérale, n’est pas sans rappeler le célèbre Scrooge de Dickens. Elle ne pense qu’à elle-même et aux moyens de préserver le confort dont elle jouit dans sa maison de Chelsea à 8 millions de livres. La galerie d’art moderne de son défunt mari a été le théâtre de fraudes qui l’ont mise en délicatesse avec la justice et au ban de son milieu. Mais Cassandra s’accorde le pardon, au prétexte qu’«à côté de tous ces meurtriers récidivistes, on se sentirait presque comme Blanche-Neige». Ses fautes n’impliquent «ni violence, ni arme, ni cadavre». Hélas, dans son sous-sol, une ex-locataire, la jeune et naïve Nicki, a laissé une surprise qui pourrait bien s’accompagner de violence et d’au moins un cadavre…

Mon avis :

Encore une « lecture confinée ». Oui, je le note, parce que mon blog sert aussi à se souvenir de cette dimension si particulière. J’ai donc lu en ligne ce roman graphique grâce au site de la SNCF, et j’ai écrit la chronique dans la foulée, sans recul, volontairement.
Cassandra Darke est un être particulier. Directrice d’une galerie d’art depuis que son ex-mari est atteint de la maladie d’Alzheimer, elle a un peu fraudé, un peu beaucoup, et a été condamné – amende, prison. Elle ne voit pas ce qu’elle a fait comme quelque chose de grave – et moi non plus, sans doute parce que l’art contemporain ne m’intéresse pas vraiment. Elle a aussi donné un coup de main à Nicki, sa nièce, fille de son ex-mari (oui, Fred l’a quitté pour Margot, sa soeur). Celle-ci se veut artiste, performeuse si j’ose dire, dénonçant les violences faites aux femmes en « performant » devant les tableaux, s’attirant un commentaire bien senti de Cassandra – oui, pour le coup, je suis un peu du côté de Nicki, même si je me dis qu’effectivement, les gens peuvent voir les violences représentées sur les tableaux, et pas forcément celles qu’ils cotoient dans la vie de tous les jours.
La preuve ? Le cadavre d’une jeune femme, ou plutôt ce qu’il en reste, a été trouvé, et personne de la réclamer, personne de s’inquiéter – on saura pourquoi lors du dénouement, qui montre à quel point la violence ordinaire frappe les femmes. Oui, ordinaire, parce que tout au long de ce roman, on voit à quoi Nicki et ses copines, et Cassandra, par extension, peuvent se retrouver confronter. Etre une femme, c’est devoir prendre beaucoup plus de précautions si l’on souhaite sortir le soir, c’est devoir faire attention à qui l’on parle, à ce que l’on dit, ce que l’on accepte, parce que certains hommes ne comprendront pas qu’une femme a le droit de s’habiller, de se comporter, de parler comme elle veut, et que rien de tout cela ne signifie « oui ».
La fin peut-elle être qualifiée d’heureuse ? A chacun de juger.

De l’autre côté de la frontière de Jean-Luc Fromental

Présentation de l’éditeur :

Auteur de romans policiers, François Combe se rend en compagnie de Kay, sa secrétaire, au Cielito Lindo, établissement des quartiers chauds de Nogales, la ville frontière entre le Mexique et les USA, afin de s’y « documenter » auprès de Raquel, une jeune prostituée. Ils tombent sur Jed Peterson, un ami du romancier, qui se montre très intéressé par la jeune fille. La même nuit, cette dernière est sauvagement assassinée. Qui a tué ?
Librement inspiré du séjour que l’écrivain Georges Simenon effectua en 1948 dans la Santa Cruz Valley, terrain de jeu des riches et des puissants, ce thriller reflète avec brio l’atmosphère tendue et inégalitaire qui y régnait.

Merci aux éditions Dargaud et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Toute ressemblance avec un célèbre écrivain belge parti vivre aux Etats-Unis avec sa femme et sa secrétaire ne serait que pure coïncidence. François vit aux Etats-Unis, mais la frontière, cette célèbre frontière que l’on voudrait rendre infranchissable, est toute proche. Une femme est tuée – une mexicaine, une prostituée. Une deuxième est tuée à son tour, et là, la police tient un coupable (pour suspect, vous oublierez) : Jed, le meilleur ami américain de François. François, bien sûr, ne croit pas que son ami puisse être coupable. Il enquête donc, lui qui doit sa fortune et sa renommée à ses romans policiers, il ne peut laisser condamner un homme innocent, et peut-être un peu trop naïf.

Pour cela, François en apprenti détective, emmène dans cette galère Estrellita. Non, ce n’est pas sa secrétaire, c’est sa jeune domestique mexicaine, qui ne sait que trop, hélas, à quel point la situation d’une jeune femme peut être précaire. Elle est domestique, elle a de la chance par rapport à sa cousine et à ses amies, qui ont trouvé d’autres moyens de gagner leur vie, plus dangereux. Je m’étonne presque que l’affaire ait été résolue – oui, très facilement, la police ayant arrêté le premier coupable venu – parce que, d’habitude, la mort d’une ou même de plusieurs prostituées n’inquiète pas beaucoup les autorités. L’une d’entre elles le dira d’ailleurs : Les fédérales en ont rien à foutre des filles comme nous qui se font couper en morceaux, bambi. 

Les couleurs sont fortes, violentes, les dessins des violences subies par ces femmes crus, sanglants. Je me suis prise à détester celui qui leur avait fait subir toutes ses atrocités, tout en étant persuadée que ce n’était pas Jed, le trop lunaire, et ma fois sympathique suspect. Tous semblent taillés dans les rochers, exprimant peu de sentiments, comme si la vie les avait forcés à se blinder par rapport à ce qu’ils avaient vécu – ou tout simplement parce qu’ils sont indifférents : les victimes sont celles qui n’ont plus rien à cacher, et expriment toute leur douleur.

Je serai franche : je n’avais pas vu venir le dénouement. Il faut dire que les indices pour nous mener jusqu’à lui étaient rares. J’ai cependant, à nouveau, ressenti un sentiment de gâchis, pour les victimes, y compris les victimes collatérales. C’est dire, finalement, à quel point moi qui lis peu de bandes dessinées, me suit attachée à ce récit et à ses personnages.

 

Ninn, tome 1 : la ligne noire par Darlot et Pilet

Présentation de l’éditeur :

Ninn fut découverte tout bébé dans le métro parisien par deux ouvriers effectuant des réparations sur les voies. Aujourd’hui, Ninn a onze ans et le métro est son univers. Elle en connaît le moindre recoin et s’y sent comme chez elle. Mais en dépit de sa joie de vivre, Ninn se pose mille questions. D’où vient-elle?

Merci à Netgalley et aux éditions Kennes

Mon avis :

Ninn est une adolescente presque comme les autres, si ce n’est qu’elle est assez solitaire. Il faut dire que son histoire n’est pas banale : elle a été trouvée bébé dans le métro. Elle a été recueillie par deux ouvriers et ils l’ont élevée. Sa passion ? Le métro, bien sûr ! Elle y passe ses journées, et observe des phénomènes parfois très étonnants, au point de douter de sa raison. Cependant… un vieil homme voit les mêmes choses qu’elle et il va très vite devenir son guide. Il ne sera pas le seul.

Cette bande dessinée est un mélange de fantastique et de réalisme. Les dessins du métro nous entraînent littéralement dans les entrailles de cette gigantesque pieuvre, nous découvrons au passage quelques-uns de ses secrets – et ses usagers les plus hauts en couleur. Nous ne basculons pas dans le fantastique, je dirai plutôt qu’il se fraie un chemin petit à petit, de manière lumineuse, colorée, effrayante parfois – ne ratez pas l’apparition du tigre !

J’ai aimé, vraiment, que les auteurs utilisent toutes les possibilités liées à la planche de bande dessinée, utilisant la page entière, la moitié de la page pour un seul « dessin » lui permettant de prendre toute son ampleur. J’ai aimé le choix des univers colorés, le jeu des lumières, le passage d’éléments d’une case à une autre, en une belle continuité narrative. Il y a un monde entre la station de métro Opéra, les escaliers de la station des Abbesses, la cuisine d’Omar et Mattéo et les galeries lointaines, tantôt féériques, tantôt cauchemardesques.

Une très belle bande dessinée.

 

Lord Jeffrey Le train de 16h54 par Hemberg et Hamo

Présentation de l’éditeur :

Édimbourg, 1958. Pour Scotland Yard, la disparition de David Archer n’a rien d’inquiétant. Après quatre mois d’absence, tout laisse penser qu’il a volontairement quitté le domicile familial pour refaire sa vie à Londres. L’affaire est classée sans suite. Mais pour Jeffrey, son fils de 13 ans, la police fait fausse route. Son père lui avait promis de revenir à temps pour assister à l’entrée en ville de la Reine et il n’a jamais manqué à sa parole. S’il n’est pas revenu, c’est qu’il lui est arrivé quelque chose. D’ailleurs, il se souvient que la veille de son départ, son père avait évoqué une mission mystérieuse. Et si c’était un agent secret? Et s’il était retenu en otage quelque part? C’est décidé, puisqu’il ne peut pas compter sur les adultes, il mènera sa propre enquête accompagné de son chien Sherlock!

Merci aux éditions Kennes et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est une bande dessinée que j’aurai aimé pleinement aimer. C’est une bande dessinée lue juste après une autre que j’avais appréciée, et celle-ci l’a été nettement moins.
Oui, c’est une bande dessinée pour jeunes lecteurs, et c’est pour cette raison que certains clichés m’ont agacée. Oui, nous sommes en 1958, mais pourquoi faut-il que les personnages féminins soient si stéréotypés ? Prenez la mère de Jeffrey : elle ne sait rien des activités de son mari, seul son fils est dans la confidence. La complicité père/fils, c’est bien, en excluant la mère, cela l’est nettement moins. Ensuite, elle ne croit pas son fils – forcément – elle cherche donc de l’aide à droite à gauche, et est presque prête, je crois même que je peux retirer le presque – à croire la première version donnée par la police, et qui est d’une triste banalité. On ne la reverra guère dans ce premier tome, elle gardera son rôle d’épouse et de mère, pas plus. La seconde femme, que l’on aperçoit furtivement, tient plutôt de la femme fatale, sans trouver de l’épaisseur, véritablement. Quant à la troisième, elle est encore une adolescente, disons même qu’elle a l’âge du héros, et qu’elle n’apparaît qu’à la fin du tome, me laissant sur ma faim, même si je pressens qu’elle aura de l’importance pour Jeffrey – du moins, je le souhaite.
Bien sûr, les adultes peuvent être heureux de l’intertextualité – le titre rappelle un roman d’Agatha Christie, le nom du chien de Jeffrey est assez limpide. On peut avoir envie d’en savoir plus sur cette histoire d’espionnage, sur ce mystérieux institut où Jeffrey est emmené et dont les règles mélangent à la fois ce que l’on attend d’un pensionnat traditionnel et une organisation secrète pas vraiment réjouissante.
Ce premier tome m’a laissé sur ma faim, et surtout, ne m’a pas donné envie de poursuivre la lecture de cette série. Des lecteurs plus jeunes que moi y trouverons peut-être leur compte.

Shelton et Felter – tome 1 : La mort noire de Jacques Lamontagne

Présentation de l’éditeur :

Boston, 1924. S’il ne s’était un jour méchamment déboîté l’épaule pendant un combat de boxe, Isaac Shelton exercerait probablement aujourd’hui encore son métier de débardeur sur les quais. Mais contraint à se reconvertir, c’est en qualité de journaliste à la pige qu’il fait la connaissance de Felter, petit libraire passionné de littérature policière. Le premier est athlétique et plutôt beau garçon (si ce n’est un vilain nez cassé, autre souvenir de combat); le second est doté d’un puissant sens de l’observation et d’un esprit d’analyse hors du commun (qualités contrebalancées par un tempérament hypocondriaque et une multitude de tocs). Animés pour l’un par le besoin de décrocher un scoop rémunérateur et pour l’autre par l’envie de ressembler à ses héros littéraires, les deux compères vont s’associer afin de tenter de faire la lumière sur une série de meurtres insolites.

Merci à Netgalley et aux éditions Kennes pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est des personnes qui n’ont vraimet pas de chance. Non, je ne parlais pas d’Isaac Shelton, ex-débardeur sur les quais, ex-boxeur amateur, je parle de l’homme politique qui est trouvé mort en pleine rue, parce qu’il a succombé alors qu’il était en compagnie d’une dame de petite vertu et qu’elle a jugé bon de déplacer le corps. Sur les lieux, un petit homme qui ne paie pas de mine relève les faits qui lui permettent de résoudre l’enquête. Un policier ? Pas du tout : un libraire, un homme dont la vie est réglée comme du papier à musique. Il doit être rentré à 20 h 30 chaque jour, pour nourrir ses chats. Il prend des gouttes, pour ses sinus, il prend des médicaments, pour le stress. Felter – tel est son nom – sympathise pourtant avec Shelton, qui est dans une situation financière délicate, et qui, en tant qu’apprenti-journaliste, a besoin d’un scoop, et très vite.
Ce n’est pas tant le scoop qui arrive qu’une nouvelle affaire : un homme est retrouvé mort, étouffé par de la mélasse. Qui a pu commettre un tel acte ? Et comment la victime a-t-elle pu être immobilisée ? Un autre crime est commis, et à nouveau, la victime est noyée dans la mélasse. Alors, cela rappelle à certains une tragédie qui a eu lieu quelques années plus tôt, une tragédie bien réelle, dont l’auteur nous parle à la fin de la bande dessinée : ce désastre a eu lieu dans une distillerie locale, une citerne s’est écroulée, faisant 150 blessés et 21 morts, des chevaux, des chiens succombèrent aussi. Penser que le coupable est une personne qui a été une victime collatérale de cette tragédie s’impose comme une évidence pour les enquêteurs, qui craignent que la liste des victimes ne s’allonge. Tant de personnes travaillaient dans cette distillerie, tant peuvent être jugés responsables. Comment tous les protéger ?
Pendant ce temps, Shelton et Felter enquêtent, ou plutôt, Shelton entraîne Felter dans ses enquêtes, et ce dernier apprécie modérément ce qu’il doit faire, Shelton ayant le don pour le placer dans des situations loufoques – à condition de ne pas craindre l’humour noir, il est des personnes qui se choquent facilement. Le dessin reste très classique, les couleurs sont chaudes, façon sepia, un peu comme si l’on regardait de vieilles photos avec émotion. Le duo d’enquêteurs que tout oppose n’est pas non plus une idée nouvelle, mais j’ai vraiment passé un bon moment en leur compagnie, avec une nette préférence pour Felter – forcément.

 

chez les lectures d’Azilis

Sudestada de Juan Saenz Valiente

Présentation :

Georges est un détective peu scrupuleux. Il a un sale caractère, il n’est pas aimable. Les affaires matrimoniales, il en a soupé. Il n’est pas payé pour faire du social.
Quand le mari de la célèbre chorégraphe Elvira Puente débarque dans son cabinet, persuadé qu’elle a un amant, Georges est loin de se douter que cette enième filature va bouleverser sa vie…

Mon avis :

J’ai découvert cette bande dessinée argentine au détour du prix SNCF du polar et c’est avec étonnement que j’ai parcouru ce livre. Oui, étonnement, parce que la couverture semble nous entraîner vers quelque chose, et la lecture nous entraîne bien loin de ce que je pouvais croire.

Georges est détective privé vieillissant. Il en a assez de son travail, de ses missions, de ses planques, de ses petites enquêtes, notamment pour ses patrons qui veulent s’assurer que leurs futures employées ne leur mentent pas. Ce jour, il doit enquêter sur Elvira Puente, à la demande de son mari, qui soupçonne la chorégraphe de la tromper. Alors, oui, il fait son travail, mais surtout, il découvre le travail d’Elvira, son travail sur les corps, ces corps de danseurs, les corps vieillissants aussi. Presque pour la première fois, Georges s’intéresse réellement à la personne qu’il file, à la personnalité de celle-ci, au point de découvrir autant sur elle, sur ses proches que sur lui-même.

Peu de textes dans cette bande dessinée, les mots prononcés porteront d’autant plus. Les images elles-mêmes nous parlent, elles qui nous montrent parfaitement l’imperfection des corps et leur liberté, tout imparfait fussent-ils. Elle nous parle aussi d’amour, du temps qui passe, des secrets de famille que l’on pressent et qui empêche, littéralement, d’avancer, et de bien d’autres choses encore.

Ce sera ma première lecture de bande dessinée pour le mois espagnol et sud-américain.