Hors-la-loi d’Anna North

Présentation de l’éditeur :

À dix-sept ans, la vie semble sourire à Ada : elle vient d’épouser le garçon qu’elle aime et son travail de sage-femme aux côtés de sa mère la passionne. Mais les mois passent et le ventre de la jeune femme ne s’arrondit toujours pas. Dans cette petite ville du Texas où la maternité est portée plus haut que tout, et la stérilité perçue comme un signe de sorcellerie, les accusations à l’encontre d’Ada ne tardent pas à se multiplier. Bientôt sa vie même est menacée et elle n’a d’autre choix doit que de partir, renonçant à tout ce qu’elle avait construit.
Elle trouve refuge au sein du tristement célèbre gang du Hole-in-the-Wall, une bande de hors-la-loi dirigée par un leader charismatique : le Kid. Le Kid rêve de créer un havre de paix pour les femmes marginalisées et rejetées par la société en raison de leurs différences.
À ses côtés, Ada apprend à monter à cheval, à tirer et à maîtriser l’art de se déguiser en homme pour piller des diligences ou voler du bétail. Mais le Kid veut aller plus loin et échafaude un plan qui pourrait bien leur être fatal. Ada est-elle prête à risquer sa vie pour un monde meilleur ?

Mon avis :

Je revendique avoir eu du mal à lire ce livre, bien que la narration ait été assez fluide. Oui, curieux début. Il faut cependant se plonger d’abord dans la thématique pour comprendre mes réticences. L’action se passe au XIXe siècle, aux Etats-Unis, après qu’une épidémie a décimé une grande partie de la population et que les survivants s’en sont remis à la religion pour surmonter ce qui s’était passé. Les femmes stériles sont mises au ban de la société, quand elles ne sont pas purement et simplement supprimées. Les femmes qui ont eu quatre enfants sont en revanche libres de faire ce qu’elles veulent – pour peu, bien sûr, que les quatre enfants qu’elles ont mis au monde soient vivants et en bonne santé.

Cela vous parait invraisemblable ? Pas tant que cela. Il suffit de repenser à ce qui passait en Roumanie jusqu’à la fin des années 80. Il suffit de voir comment la société américaine évolue actuellement, ou comment d’autres sociétés se comportent envers les femmes. Il est facile d’accuser, de faire condamner quand la justice est rendue par les hommes, pour les hommes, quand personne, surtout, ne cherche à trouver les véritables causes, à remplacer les idées fausses par des vraies. Trop difficile, trop fatiguant de se remettre en question, et de s’apercevoir que l’on s’est trompé pendant tout ce temps.

Ada est l’ainée d’une famille de quatre filles, sa mère est sage-femme et lui a transmis son savoir – une femme qui sait est dangereuse. Chassée par son mari, elle trouve un temps refuge dans un couvent, là où toutes les femmes stériles sont envoyées, quand elles n’ont pas été exécutées. Elle quitte cependant le couvent, parce qu’elle sait qu’elle est toujours recherchée, parce que cette vie ne lui convient pas, et rejoint la bande du Kid, un hors-la-loi.

Le sujet est tellement lourd que j’ai l’impression qu’il masque complètement l’intrigue et le style. Ada et les autres femmes de la bande du Kid n’ont pas vraiment eu le choix – la bande ou l’enfermement, la mort. L’autrice revisite le mythe du western, avec ses classiques (vol de chevaux et de bétails, femme fatale qui sert d’appât, braquage de banque) mais cette fois-ci, les hors-la-loi sont des femmes, qui se battent comme des hommes. Il a pourtant fallu apprendre, à vivre différemment sous le regard des hommes, apprendre à s’organiser, à tirer partie des talents que l’on possède (Ada sait soigner) et à développer ceux que l’on ne savait pas que l’on possédait, la survie du groupe est à ce prix.

Je me rends compte que j’ai du mal à toucher du doigt ce qui fait que cette lecture n’a pas été aussi épanouissante (plaisante ne me semblait pas convenir) qu’elle aurait pu l’être. Sans doute est-ce dû aux nombreuses scènes violentes qui rythment le roman. Sans doute est-ce dû aussi à tous ses commentaires médicaux fréquents : Ada partage son savoir avec nous, même si en tant que femme du XXIe siècle, nous en savons forcément plus sur les causes de la stérilité, qui sont largement inconnues ici, quand elles ne sont pas totalement fantaisistes. Note : elles le sont encore d’un certain point de vue. Pensez à toutes ses personnes qui disent : « non, mais, la stérilité, c’est dans ta tête, cesse d’y penser et cela ira » – il est même des professionnels de santé pour le dire. Bref, il reste encore du chemin à parcourir.

14 réflexions sur “Hors-la-loi d’Anna North

  1. Oui, cette phrase bateau, on l’a tous et toutes dites à un couple qui ne savait pas avoir d’enfants… N’y pensez plus, ça viendra tout seul… Oui, j’ai honte ! Maintenant, je ne dis plus rien, je suis adulte et je ne me mêle pas des affaires des autres.

    Bon, je note ton lien 🙂

    • Pour ma part, je ne l’ai jamais dite, parce que j’ai grandi avec des couples autour de moi qui ne pouvaient pas avoir d’enfants, qui savaient pourquoi, et qui en parlaient, sans problème, d’autres, plus jeunes, parlaient aussi ouvertement des traitements subis, ou un dernier, enfin, qui avait pu avoir l’enfant désiré… mais dans quel état. J’ai donc du apprendre très tôt à surtout, surtout, me taire.
      En revanche, quand se sont des professionnels de santé qui disent cela à des patients qui sont en plein parcours PMA, cela frôle l’inconscience pour moi.

      • Personne ne disait rien, chez nous, il a fallu que la nièce de mon mari ne sache pas en avoir pour que l’on sache tout… j’ai regretté certaines de mes paroles débiles, à un moment donné, à un autre couple. Faut parfois être prise pour être apprise, maintenant, je ferme ma gueule !

        Oui, pire dans le cas de médecins, parce que eux, ils en savent plus long sur le sujet que nous…

        • Pour ma part, là où c’est plus compliqué, c’est quand les élèves me racontent des « détails » sur leur naissance, ou sur les difficultés qu’on eut leurs parents pour les avoir. Pas toujours facile de savoir comment réagir !
          Oui, ils devraient bannir absolument les approches « psys ».

            • Ou leur naissance, les mois en couveuse, les difficultés.
              La pire phrase que j’ai entendue, ayant demandé des nouvelles : « les triplés de ma cousine ? Ils sont morts » Me voyant pâlir, elle a ajouté : »mais ne vous inquiétez pas, ils en referont d’autres ».

              • Oh putain, si je n’avais pas été assise, je serais tombée à la renverse ! Déjà à cause de la mort de trois enfants (putain, l’horreur) et ensuite, par la phrase de l’élève… heu ?? On parle d’enfants ou d’un vélo qu’on va racheter au magasin du coin ?? :/

              • C’était une tradition dans sa famille : faire le plus d’enfants possibles, et si fausse-couche, naissance prématurée se terminant mal (c’était le cas ici), refaire immédiatement un autre enfant. Donc, pour elle, c’était naturel de me parler comme elle m’avait parlé.

              • Ok, comme chez les animaux dans des élevages, ou il faut tirer un veau par an à la vache, un poulain par jument (mais pas par an, 11 mois de gestation, là)… bigre alors !

              • Oui, c’est un peu à cela, sauf qu’ici, c’est plutôt une tentative par an, pas toujours suivie par une naissance (l’élève m’avait dit le nombre de fausses couches subies par sa mère – au moins quatre, de mémoire, pour cinq naissances).

              • Mais enfin, dans quelle époque vivent-ils ??? tu imagines la charge mentale et santé pour la mère ?? Même si elle est d’accord, ça reste tout de même violent…

  2. Pingback: Bilan du Mois Américain Non Officiel – Septembre 2022 – En solitaire (et solidaire) | The Cannibal Lecteur

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