Archive | 14 septembre 2022

Le corbillard zébré de Ross MacDonald

Présentation de l’éditeur :

Harriet Blackwell a vingt-quatre ans.
Elle est bien faite, mais elle a hérité de son père un visage ingrat. Par contre, elle a hérité de sa tante un demi-million de dollars, dont elle entrera en possession le jour de ses vingt-cinq ans…
Pour l’instant, elle revient du Mexique où elle s’est entichée d’un peintre au passé douteux. Elle est folle de lui, elle veut l’épouser.
Le colonel Blackwell lui, n’est pas aveuglé par le charme ténébreux de ce coureur de dot.
Il connaît bien sa fille, et veut faire son bonheur malgré elle. C’est pourquoi il va charger Lew Archer d’enquêter sur ce Burke Damis.
Burke Damis, dont la trousse de toilette porte les initiales B.C…. Burke Damis, qui franchit les frontières sous le nom de Ralph Quincy Simpson… Oui, décidément, le colonel n’a peut-être pas tort de s’inquiéter pour l’avenir de sa fille. D’autant plus que celle-ci a disparu avec son prétendant.

Mon avis :

Je n’avais pas lu de romans de Lew Archer depuis longtemps, et je suis contente d’avoir lu celui-ci pendant mes vacances (et d’avoir ainsi pu rédiger un avis en avance).

Archer se retrouve à nouveau à enquêter sur une affaire de famille. Il est engagé par le colonel Blackwell, un homme inquiet pour sa fille unique, Harriet, qui est tombée amoureuse d’un peintre désargenté – peintre et riche allant rarement de pair. C’est un artiste ! Il semble assez doué, du moins, c’est ce qui se murmure dans les milieux artistiques. Quant à Archer, il se dit qu’il y a « quelque chose » dans ses oeuvres, qu’elles provoquent des émotions, des réactions, reste à savoir si elles sont positives ou négatives. Il doit cependant faire des recherches sur le passé de ce peintre, dans l’objectif de dissuader Harriet de l’épouser. Et oui, d’habitude, le colonel réussit à faire rompre sa fille très facilement. Là, le jeune homme, et Harriet avec lui, se montrent très résistants aux assauts du colonel . Les problèmes arrivent vite, les cadavres aussi.

Père abusif, le colonel ? Oui. Il reproduit le schéma dont il a lui-même été victime, et personne, ni sa première femme, qui a préféré prendre les jambes à son cou, ni sa seconde femme, qu’il a épousé récemment, ne sont parvenues à le défaire de ce schéma, qu’il a lui-même imposé à sa fille, l’élevant comme le garçon qu’elle n’était pas. Famille dysfonctionnelle ? Oui, ce n’est pas la première qu’Archer a croisé sur sa route, ce n’est pas la dernière non plus qu’il croisera dans ce roman – où il sera toujours question de familles qui respectent le schéma traditionnel et qui ne fonctionne. Il est aussi des familles qui ne se créent pas, parce que l’un des deux estime qu’il ne peut pas, ou plutôt qu’il ne doit pas avoir d’enfants, ce qui n’est pas du tout la même chose. Se créer parfois des familles de substitution, l’on s’occupe d’un enfant dont les parents n’ont pas assez de temps pour s’occuper, sans que ceux-ci ne s’offusquent que d’autres prennent soin de leur progéniture. Et pourquoi s’en offusqueraient-ils ? Les deux parties sont contentes – sauf peut-être les enfants, dont on n’entend pas beaucoup les voix.

Mon avis donne l’impression que ce livre n’est pas qu’un roman policier, et c’est le cas. Archer et la police enquêtent, parce que les morts et les disparitions sont bien réels, parce qu’il est impossible de laisser impuni des morts qui sont tout sauf accidentelles, à moins d’avoir une imagination débordante. Archer se déplace énormément pour enquêter, à une époque où il faut se rendre sur place, pour avoir les renseignements, où les preuves matérielles sont importantes, à condition de ne pas leur faire dire n’importe quoi ?

Jusqu’où peut-on aller non pour préserver sa famille, mais pour préserver l’idée que l’on se fait d’une famille ? Très loin.

27e lecture – Californie