Archive | 4 septembre 2022

Le cartographe des absences de Mia Couto

 

Présentation de l’éditeur :

En 2019, un cyclone a entièrement détruit la ville de Beira sur la côte du Mozambique.
Un poète est invité par l’université de la ville quelques jours avant la catastrophe. Il retrouve son enfance et son adolescence dans ces rues où il a vécu dans les années 70. Il va faire un voyage “vers le centre de son âme” et y trouver son père, un grand poète engagé dans la lutte contre la colonisation portugaise.

Mon avis :

Merci aux éditions Métailié et à Netgalley pour ce partenariat.

Je découvre Mia Couto alors que j’ai déjà un de ses titres dans ma PAL mais que je ne l’en ai pas encore tiré.

Diogo, le personnage principal, se lance sur les traces d’Adriano, son père. Il n’était pas là pour cela, non, il était là pour une célébration universitaire banale et ennuyeuse. Officiellement. Parce que lui sait pourquoi il est là, pourquoi il est parti de chez lui (à moins qu’il n’ait été mis dehors). Il ne savait pas en revanche que quelqu’un, Liana, s’aventurerait à le remettre sur le chemin de son passé, en lui donnant et en lui restituant des écrits de cette époque.

Nous faisons un voyage entre passé et présent, sur les traces d’un pays colonisé qui souhaite son indépendance, à une époque où le racisme est omniprésent, dans chaque parole, chaque acte, où l’on se débarrasse très facilement de ce qui pose problème et de ceux qui posent problème. Nous découvrons le passé à travers les yeux de Diogo, alors adolescent. Nous le découvrons aussi grâce à Oscar Campos, ce policier qui a interrogé les proches d’Adriano, sa femme, sa mère, mais aussi sa voisine, qui excellait dans les commérages et la délation : la place des femmes est au foyer, pour mieux voir tout ce qui se passe autour. Nous découvrons le présent avec Adriano, toujours, qui lit ou relit les écrits de cette époque, et Liana, qui veut tout savoir sur sa mère et sur sa disparition. Autre disparu : Sandro, le cousin de Diogo, celui qu’Adriano et Virginia ont élevé comme leur fils. Il a dû faire la guerre, comme tous les jeunes gens de cette époque, cette guerre qui disait son nom, guerre qu’il ne voulait pas faire. Des secrets entourent ce personnage, dont on parlera beaucoup. En fait, les personnages absents, les personnages cherchés ou recherchés ont plus d’importance dans ce récit que ceux dont nous suivons les traces, au milieu d’un pays dont je ne connais ni l’histoire, ni la géographie.

Récit, mais pas seulement, parce que les personnages écrivent l’histoire en même temps que nous la lisons, parce que leurs écrits peuvent être sujets à caution, parce que les personnages eux-mêmes peuvent cacher des informations, pour des raisons qui ne regardent qu’eux, parce que regarder son passé en face, démêler les mensonges, les non-dits, remettre en cause ce que l’on a cru vrai pendant des années n’est pas facile.