Archive | 30 juin 2022

Crimes et jardins de Pablo de Santis

Présentation de l’éditeur :

Buenos Aires, 1894. Le jeune Sigmundo Salvatrio a repris l’agence Craig après la mort de son mentor. Il affronte ici sa première affaire. La découverte d’un cadavre avec une statuette de Narcisse oriente l’enquête vers un groupe de philosophes des jardins aux agissements pour le moins bizarres.

Mon avis :

J’ai réussi ! A quoi ? A lire deux autres titres pour le mois espagnol et sud-américain. Deux titres différents, certes, mais intéressants, intriguants, deux titres que je ne regrette pas d’avoir découvert.

Nous sommes en Argentine, à la fin du XIXe siècle, période historique rarement traitée dans la littérature (à moins que la littérature qui traite de cette période ne vienne pas jusqu’à nous). Le héros est Sigmundo Salvatrio, un détective en devenir : Craig, son mentor est mort, l’académie qu’il avait fondée a été dissoute, mais il a repris le flambeau et se retrouve à enquêter sur sa première affaire de meurtre. Elle sera très vite suivie par un second meurtre, tout aussi énigmatique.

Roman policier ? Oui. Mais il contient tellement plus qu’une intrigue nous permettant de découvrir le tueur et son mobile. Il est question des jardins, des plantes, de ce que l’on veut faire de ses jardins, de la manière dont on les conçoit. Le jardin comme démonstration de philosophie de vie. L’on peut se perdre dans les jardins, on peut vouloir les laisser à l’abandon, ou bien tout détruire pour tout recommencer.

Salvatrio rencontrera au cours de son enquête des personnalités fortement caractérisés. Ce qui m’a frappé aussi est que les personnages que l’on croise le plus souvent dans ce roman sont tous des hommes, sans attache avec des femmes, ou bien, s’ils ont été mariés, leur femme est décédée depuis longtemps. Seul l’un d’entre eux a une fille, incapable de parler depuis un traumatisme trois ans plus tôt. Les seules femmes que l’on croise sont toutes assignées à résidence, ou presque, qu’elles soient mère, femme ou fille. Ne parlons pas des épouses abandonnées, à la triste vie. Quant à l’épouse qui abandonne, elle est vouée à l’opprobre, quand ce n’est pas à la folie. La femme n’est jamais libre, en fait, même veuve sans enfant : Salvatrio s’inquiète de voir madame Craig recevoir un homme chez elle, il a peur qu’elle entache non sa réputation, mais celle de son mari mort. Les femmes, on peut les voir – mais à peine – on peut les entendre, sans faire attention à ce qu’elles disent, à ce qu’elles écrivent, à ce qu’elles dessinent. Dans ce cas, à quoi bon parler ? Cela ne sert pas à grand chose.

Pablo de Santis est un auteur que je suis heureuse d’avoir découvert.