Archive | 21 juin 2022

Donjons et dramas de Theo Kotenka

Présentation de l’éditeur :

Sur la chaîne YouTube Donjons et Dramas, Al, Marcus, Petrus et Mathieu incarnent quatre aventuriers vivant des péripéties dans un univers de fantasy. Et leurs parties de jeu de rôle attirent de plus en plus d’abonnés ! Pourtant, malgré ce succès, des tensions naissent entre les quatre amis, tiraillés entre la pression familiale pour les uns, de nouveaux centres d’intérêt pour les autres… Alors, quand Coralie, une camarade de classe, leur avoue qu’elle est harcelée par un de leurs amis YouTubeurs, le groupe, déjà affaibli, se disloque.

Entre harcèlement, trahisons et secrets, peut-on encore jouer quand tout devient plus sérieux ?

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Scrineo et Netgalley pour leur confiance.

En lisant ce roman, je ne me suis pas dit que j’étais âgée, plus âgée que les lecteurs visés, non. Je me suis dit que j’avais toujours été en décalage, et que, si j’étais ado aujourd’hui, je serai très éloignée du monde des youtubeurs – peut-être même serai-je la seule adolescente de la classe à ne pas avoir de téléphone portable. Cependant, cela ne m’aurait pas empêché – et cela ne m’empêche toujours pas – de constater à quel point ce roman traite des sujets qui sont cruellement d’actualité. Je citerai en premier le cyberharcèlement. Il paraît que la lutte contre le cyberharcèlement est très efficace de nos jours. Il me paraît, à la lecture de ce livre, qu’elle n’est efficace qu’à la condition que les adultes prennent enfin au sérieux la parole des adolescents, et fassent enfin attention aux signaux faibles émis par les mêmes adolescents. Ce n’est pas, sur ce point, que le roman n’est pas réalisme, c’est qu’il est strictement réaliste.

Je citerai en second l’homophobie et la transphobie. Dit ainsi, cela semble froid, factuel, alors que le roman nous montre à quel point l’homophobie (qui est un délit, il est toujours bon de le rappeler) et la transphobie peuvent être banalisés par certaines personnes, combien il est facile de se défouler, de s’acharner – et pas seulement par écran interposé – sur des personnes qui ne rentrent pas dans les cases que la société hétéronormée a tracées. Rien n’est jamais acquis : voir ses droits, ses choix respectés devrait toujours être parfaitement normal. Ce long travail éducatif semble toujours à refaire.

Je ne suis fan ni de jeux de rôles ni de chaînes Youtube, aussi, j’ai un peu décroché lors de certaines parties du récit. Cela ne m’a pas empêché de trouver certains de ses adolescents particulièrement attachants – je pense à Petrus, notamment.

Je me dis aussi que cette lecture n’est pas à aborder à la légère, notamment si le jeune lecteur/la jeune lectrice a été touchée par le harcèlement. Cela pourrait raviver des douleurs encore présentes. Se remettre du harcèlement peut être très long. Et si je suis si sombre en rédigeant cet avis, c’est peut-être aussi parce que je sors tout juste de ma seconde journée de formation contre le harcèlement.