L’eau de toutes parts de Leonardo Padura

Présentation de l’éditeur :

Dans ses romans, Leonardo Padura établit un dialogue entre l’Histoire et la littérature, Cuba et l’exil, la puissance de l’amitié et la douleur des rêves frustrés. Dans ce captivant recueil d’essais, il explore les coulisses de ses œuvres les plus célèbres et les plus emblématiques et les sujets qui lui sont chers (l’appartenance, la musique, le cinéma, la littérature, la lecture, le base-ball…). Véritable immersion dans la salle des machines littéraire d’un auteur mondialement reconnu, ce livre personnel et évocateur est également un hommage au genre du roman, qu’il maîtrise et affectionne tant.
Une fascinante fenêtre ouverte sur le métier d’écrivain, sur la création artistique et l’importance de la littérature. Une masterclass humaine, brillante et profonde sur l’art du roman avec le rythme, les contradictions, l’humour et les saveurs de Cuba.

Merci aux éditions Métaillié et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Nous sommes dimanche, nous sommes à la moitié du mois espagnol et ça y est, j’ai pu lire et chroniquer une oeuvre pour ce mois.

Ceci n’est pas un roman, mais une succession d’essais qui porte avant tout sur Cuba, puis sur l’écriture. Leonardo Padura est un écrivain cubain qui a toujours vécu à Cuba, qui a vécu comme tous les autres cubains, qui a cru en les espoirs de son pays, qui, jeune, a coupé pendant deux mois de la canne à sucre « comme tout le monde » pour atteindre les objectifs fixés (et sortir le pays de la misère). Il a aussi été mis au placard, contraint de travailler dans un journal sportif, ce qui lui a permis, paradoxalement, de travailler son écriture et de ne pas être aussi malheureux que le pensait ceux qui l’ont relégué là. Il peut témoigner de la pauvreté de son pays, du fait qu’un chauffeur de taxi gagne mieux sa vie qu’un médecin (« mieux » ne veut aucunement dire « bien »), que s’acheter une voiture est très compliqué, faute de moyen. Je ne parle même pas des besoins « de base », comme se nourrir correctement, avoir accès à l’eau. Quant au système de santé si vanté, Padura admet qu’il est utile d’avoir un ami dans la place – pour se faire soigner plus facilement. Oui, le tableau qu’il dresse de son pays est sombre; Il est surtout réaliste, et c’est parce qu’il y vit qu’il peut en parler, qu’il peut aussi parler des écrivains qu’ils admirent et dont le talent n’a pu s’épanouir – écrire et publier à Cuba, toute une histoire. Padura voudrait d’ailleurs, quand il est interviewé, que les journalistes le considèrent comme un écrivain « ordinaire », comme Paul Auster, c’est à dire qu’on lui pose des questions littéraires, et pas des questions sur la politique cubaine. Etre écrivain, ce n’est pas être un spécialiste politique ou économique.

Il nous parle aussi de la genèse de ses oeuvres – ou comment est né Mario Conde, pourquoi il lui a fait quitter la police pour en faire un détective privé. Il nous parle aussi plus longuement de L’homme qui aimait les chiens, des cinq années de travail qu’il lui a fallu pour écrire ce roman historique, de sa connaissance de l’assassin de Trotski, qui passa les dernières années de sa vie à Cuba – et cette phrase est terriblement restrictive par rapport aux émotions exprimées par Padura, par la douloureuse prise de conscience de tout ce qui a été caché, de tout ce qui l’est encore à Cuba, pour peu que l’on ne lise que les organes officiels. Encore faut-il avoir la chance d’accéder à d’autres médias. Il nous parle aussi de pourquoi écrire, cette question que l’on pose souvent, et surtout, pourquoi avoir écrit ce livre, pourquoi avoir écrit ce sujet – voir l’écriture d’Hérétiques, qui s’imposa à lui juste après l’homme qui aimait les chiens.

J’ai failli oublier de parler du base-ball, ce sport national dont il est fan, et son père avant lui, au point de rêver que son fils aîné devint un excellent joueur de pelota. Il nous parle des clubs pour lesquels leurs coeurs battirent, mais aussi du désamour actuel des cubains au profit du football, sport qui n’est pourtant pas très pratiqué sur l’île.

L’eau de toutes parts ou la déclaration d’amour d’un auteur à son île, son quartier, qui se termine par une évocation de « Notre Havane quotidienne ». J’espère que cet ouvrage ne touchera pas seulement les lecteurs de Padura, mais aussi ceux qui veulent mieux connaitre Cuba.

Une réflexion sur “L’eau de toutes parts de Leonardo Padura

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