Froid comme l’enfer de Lilja Sigurdardottir

Présentation de l’éditeur :

Aurora vit en Angleterre et sa sœur Isafold en Islande, elles sont très différentes et ont des relations compliquées.
Isafold disparaît et leur mère, ne faisant pas la différence entre enquêtrice financière et enquêtrice policière, supplie Aurora d’aller chercher sa sœur. Aurora ne peut pas s’empêcher de pratiquer ce qu’elle fait de mieux, démasquer les fraudeurs et les faire payer. Elle va donc profiter de ce voyage pour examiner de près certains investissements financiers douteux, et analyser la corruption islandaise tout en testant ses capacités de séduction sur deux hommes.
Elle découvrira surtout la violence domestique à laquelle était soumise Isafold et qu’elle niait farouchement subir ; au cours des témoignages qu’elle reçoit, elle voit évoluer les nuances de ses sentiments pour sa sœur. En même temps, des personnages inquiétants émergent peu à peu.

Mon avis :

Merci aux éditions Métailié et à Netgalley pour ce partenariat.

Ce livre parle d’abord pour moi (et je dis bien « pour moi ») d’un fait dont on parle peu : les enfants dont les parents viennent de deux pays, deux cultures différentes sans que l’on puisse pourtant dire que ses enfants sont métisses. C’est vrai : la mère est anglaise, le père islandais, et pourtant, que de différences. Vraiment ? J’arrive ensuite au second point, le fait que les parents aient fait des distinctions entre leurs deux filles, et rien n’est plus ravageur pour un enfant, même si les parents sont pleins de bonne volonté, même si les dégâts causés ne sont pas toujours visibles. L’une est la fille de son père, enfant islandaise, donc, l’autre est celle de sa mère, anglaise donc. Leur morphologie serait, d’après leurs parents toujours, très différentes. Or, quand on voit Aurora dans le regard des autres, ce qui les frappe d’abord est sa grande ressemblance avec sa soeur. Pourquoi n’ont-elles rien vu ? Surtout, l’une vit en Angleterre, l’autre en Islande. Je ne dis pas qu’elles y ont construit leur vie, parce que c’est beaucoup plus compliqué que cela. Aurora est enquêtrice financière, elle retrouve l’argent caché et adore cela, comme elle adore multiplier les coups d’un soir. Isafold, ce sont plutôt les coups de son conjoint qu’elle subit, et pourtant, elle finit toujours par revenir avec lui, tant elle est sous son emprise, tant personne ne reste suffisamment longtemps à ses côtés pour l’aider, pour tenir à distance toutes celles et ceux qui la culpabilisent de pousser à bout le « gentil » Bjorn. Aider une femme sous emprise est un travail de longue haleine et là, cela fait six mois qu’Aurora et Isafold ont coupé les ponts, deux semaines d’Isafold n’a pas donné de nouvelles à sa mère. Aurora enquête donc, en Islande – en dilettante. Oui, elle a d’autres préoccupations, d’autres centres d’intérêt, et la disparition de sa soeur la met plutôt en rogne. Inquiète ? Il faudra vraiment qu’elle soit mise face à la douloureuse réalité pour éprouver enfin quelque chose.

Non, Aurora n’est pas sympathique, mais qui l’est dans cette enquête ? La voisine du gentil oncle Daniel ? Elle, en tout cas, n’en a que faire de la norme. Sinon, j’ai eu l’impression que cette oeuvre offrait un concentré de personnages détonants. Prenez l’oncle Daniel, par exemple, ou plutôt l’ex-oncle Daniel : il a très envie de nouer une relation avec Aurora alors que ce n’est pas vraiment le moment – Aurora est occupée avec un autre homme de toute façon. Et ce voisin, qui n’a pu terminer ses études, qui ne voit plus ses enfants, qui passe son temps à se raser compulsivement et à espionner sa voisine – il est plus inquiétant que sympathique. Olga est trop occupée à préserver le réfugié sans papier qu’elle héberge, et qui a une large part d’ombres, pour s’occuper de la jeune femme qui vit dans le même immeuble, pour même se préoccuper de ce qui peut lui arriver. Sans doute Olga a trop souffert pour avoir encore la force de prendre soin de plus d’une personne : la rencontre avec Omar, ou quel que soit son vrai prénom, lui permet de se reconstruire, de surmonter ses douleurs, de s’ouvrir à d’autres choses. Elle est trop occupée à cacher son secret pour chercher à découvrir celui des autres.

Glauque ? Oui. Chacun ses problèmes, ses névroses, ses centres d’intérêt, chacun dans son coin, porte bien fermée, ou au contraire entrebâillée pour regarder un peu ce qui se passe ailleurs, un peu, mais pas trop. Les réseaux sociaux semblent palier la distance et l’éloignement, si ce n’est qu’il est facile de poster uniquement l’image que l’on souhaite donner de soi, l’image et c’est tout.

Commettre un crime en Islande, où tant de personnes disparaissent, semble vraiment très facile. Retrouver des personnes disparues, nettement moins, en dépit des efforts déployés, trop tard.

3 réflexions sur “Froid comme l’enfer de Lilja Sigurdardottir

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