Archive | 17 février 2022

Agatha Raison, tome 30 : Bonnet d’âne ! de MC Beaton

Présentation de l’éditeur :

Agatha est engagée pour enquêter sur une affaire d’espionnage industriel dans une usine où de drôles de choses se trament…
Le mystère de l’usine se transforme bientôt en enquête pour meurtre et un âne de mauvais poil fait d’Agatha une célébrité, la couvrant de honte et de ridicule. Pour ajouter à ses malheurs, Agatha se retrouve en proie à des sentiments croissants envers son ami et amant occasionnel, Sir Charles Fraith.
Alors que le meurtre de l’usine semble enfin dévoiler ses secrets, la propre vie d’Agatha est mise en danger de mort. Parviendra-t-elle à arrêter le tueur avant qu’il ne s’en prenne à elle ?

Mon avis :

Je dois dire que j’ai bien aimé cette enquête d’Agatha Raisin, malgré ses défauts. Je ne sais pas quelle mouche a piqué Agatha dans ce tome mais elle est constamment, continuellement, perpétuellement irascible, contre elle-même, contre les autres, si ce n’est Mrs Bloxby dans sa trop rare apparition pleine de sagesse, la seule amie à Carsely d’Agatha.

Agatha et Toni ont été engagée pour enquêter sur une affaire d’espionnage industriel, et Agatha, dont l’affaire Raisin investigation tourne fort bien, trouve cela plus réjouissant que les sempiternelles histoires de divorce – à croire que tout le monde a décidé de divorcer ! Elle se rend cependant compte très vote que quelque chose cloche, comme si on voulait la discréditer, et surtout, comme si l’entreprise qui l’employait n’était pas celle qu’elle paraissait être.

Un meurtre est commis et pour une fois, je dis bien pour une fois, l’entourage familiale de la victime est réellement touchée ce qui est arrivé, cet entourage n’avait strictement rien à gagner, et ils sont vraiment prêts à aider Agatha à trouver le coupable.

Que fait la police, me direz-vous ? Eh bien la police a décrété que c’était un accident : c’est une ânesse qui a tué la victime, accidentellement. Il faut donc l’euthanasier, parce qu’elle est dangereuse. Commence alors un second combat pour Agatha et Roy, appelé à la rescousse : sauver Wizz-Wazz (c’est le petit nom de l’ânesse).

Mais je ne vous ai pas encore dit le pire, parce qu’Agatha, contrairement à Toni, ne le découvrira que tardivement : Sir Charles, son âme soeur (même si ni l’un ni l’autre ne sont au courant) est fiancé, et cette fois-ci, il va franchir le pas. Mary, la jeune femme, est issue d’une très riche famille, et elle sait ce qu’elle veut.

Et Agatha ? L’on ne change pas une recette qui gagne, et Agatha mettra, comme souvent, sa vie en danger pour que la vérité soit connue.

A mes yeux, un bon cru.

PS : nous sommes toujours le 17 février. Mon parrain fête aujourd’hui ses 85 ans. Il adore les ânes. C’est même lui qui avait convaincu mes parents de m’en offrir un en 1983.

Le génie lesbien d’Alice Coffin

Présentation de l’éditeur :

« Enfant, je m’imaginais en garçon. J’ai depuis réalisé un rêve bien plus grand : je suis lesbienne. Faute de modèles auxquels m’identifier, il m’a fallu beaucoup de temps pour le comprendre. Puis j’ai découvert une histoire, une culture que j’ai embrassées et dans lesquelles j’ai trouvé la force de bouleverser mon quotidien, et le monde. »

Journaliste dans un quotidien pendant plusieurs années, la parole d’Alice Coffin, féministe, lesbienne, militante n’a jamais pu se faire entendre, comme le veut la sacrosainte neutralité de la profession. Pourtant, nous dit-elle, celle-ci n’existe pas.

Dans cet essai très personnel, Alice Coffin raconte et tente de comprendre pourquoi, soixante-dix ans après la publication du Deuxième sexe, et malgré toutes les révolutions qui l’ont précédé et suivi, le constat énoncé par Simone de Beauvoir, « le neutre, c’est l’homme », est toujours d’actualité. Elle y évoque son activisme au sein du groupe féministe La Barbe, qui vise à « dénoncer le monopole du pouvoir, du prestige et de l’argent par quelques milliers d’hommes blancs. » Elle revient sur l’extension de la PMA pour toutes, sur la libération de la parole des femmes après #Metoo ; interroge aussi la difficulté de « sortir du placard ». Et sans jamais dissocier l’intime du politique, nous permet de mieux comprendre ce qu’être lesbienne aujourd’hui veut dire, en France et dans le monde.
Combatif et joyeux, Le génie lesbien est un livre sans concession, qui ne manquera pas de susciter le débat.

Mon avis :

J’ai lu ce livre parce que je m’intéresse à tout ce qui est lié au féminisme, parce que j’aime me confronter à des idées qui ne sont pas les miennes, et parce que ce livre a reçu des critiques assez vigoureuses de personnes dont je me suis parfois demandée si elles l’avaient bien lu – picorer des extraits lus ici ou là dans la presse, ce n’est pas très difficile de nos jours.

Les phrases qui ont fait couler le plus d’encre sont sans doute celles-ci : Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques. (…) Les productions des hommes sont le prolongement d’un système de domination. Elles sont le système. L’art est une extension de l’imaginaire masculin. Ils ont déjà infesté mon esprit. Je mes préserve en les évitant. Commençons ainsi. Plus tard, ils pourront revenir.
J’ajoute que, le plus souvent, les deux dernières phrases ont été tronquées quand la citation est mise. Alors, même si je ne cesserai jamais de lire des livres d’hommes, je comprends le raisonnement en ce qui concernent les films – surtout que le raisonnement d’Alice Coffin s’étend bien au-delà de ces phrases. Regardez les films avec un oeil neuf. Regardez comment le réalisateur regarde les femmes – parce que le constat est là, les réalisatrices sont rares et quand elles existent, on leur pose des questions en tant que femmes (qu’est-ce que ça fait d’être une réalisatrice ?), non en fonction de l’oeuvre qu’elles ont à défendre, ce qui, bien sûr, ne viendrait jamais à l’esprit d’un journaliste qui interroge un réalisateur. Je pense aussi à ce cliché des critiques cinématographique « c’est un beau portrait de femmes ». Oui, mais ce portrait, c’est peut-être ce que les hommes attendent des femmes, la façon dont ils la voient, et parfois, cela peut être consternant.
Je reviens aussi sur sa volonté de soutenir les femmes, toutes les femmes, même celles avec lesquelles elle n’est pas d’accord. Elle montre aussi le monde du journalisme profondément misogyne, pour ne pas dire machiste. Pour informer réellement, le travail est encore long – voici trente ans, mon professeur de français ne croyait déjà pas vraiment à l’impartialité de la presse, pas grand chose ne semble avoir évolué de ce côté-là.
Il est question de militantisme, aussi, il est question également de coming-out, et de « forcer », si c’est bien ce que j’ai compris, les personnalités homosexuelles à révéler leur homosexualité. Je ne suis pas d’accord avec son argumentaire, et peu importe ce que l’on pensera de moi. J’apprécie les personnalités qui ne parlent pas de leur vie privée, qui ne montrent ni leurs conjoints, ni leurs enfants. Ils en ont le droit, quelle que soit leur orientation sexuelle. Pour moi, dévoiler quelqu’un de force est une atteinte à sa vie privée – pire encore si c’est à titre posthume. Tout le monde n’a pas envie de combattre, d’être militant, et être une personnalité publique ne doit pas forcer les membres de son entourage à être dans la lumière. Bref, pour moi, outer quelqu’un, c’est dégueulasse.
Idem sur le fait d’être lesbienne. Je ne crois pas qu’être lesbienne préserve de la violence conjugale (oui, je fais un raccourci), je crois au contraire qu’il est beaucoup plus difficile de parler de violence conjugale si l’on est en couple avec une personne de même sexe. Se passer du regard des hommes, oui, devenir lesbienne, non. Je ne pense pas non plus qu’être lesbienne soit supérieur à être hétérosexuel, je ne pense pas que l’on choisit, et si je peux comprendre que des femmes lesbiennes aient souffert de leur non-représentation dans la littérature, plus encore dans la littérature jeunesse, je tiens à dire que les représentations des jeunes filles dans la littérature jeunesse sont le plus souvent stéréotypés.
Quant à la PMA pour toutes, je suis d’accord avec le fait que les gouvernements successifs ont été frileux. Ils le sont encore, d’une certaine manière, si l’on regarde de près les textes de loi.
Et, pour terminer sur une belle platitude, un livre que j’ai trouvé intéressant à lire.

PS : nous sommes aujourd’hui le 17 février et ma grande-tante Suzanne aurait eu 112 ans. Elle est morte à 44 ans. Je ne sais pas, elle qui était très croyante, mariée, sept enfants, ce qu’elle aurait pensé de tout cela.