Archive | 11 février 2022

Où sont les scénaristes ?

Bonjour à tous

Je me suis fait cette réflexion en écoutant (d’une oreille) et en regardant (d’un oeil) une série télévisée française quotidienne dont les initiales sont DNA, à moins que ce ne soit ITC (je reconnais que je les confonds, normal, l’une est la série dérivée de l’autre). Je me suis demandée où étaient les scénaristes qui avaient pu écrire de telles intrigues – et je ne parle même pas des dialoguistes qui ont écrit de tels dialogues, ou plutôt, de telles assemblages de clichés.

Je ne dis pas que je suis féministe, ce n’est pas à moi de le dire, cependant j’ai eu l’impression d’être coincée, en écoutant cette série, dans une machine à remonter le temps.

– Elle a besoin d’un père.

Stop, temps mort. Ai-je bien entendu ? Je n’ai pas le replay, je n’ai pas rembobiné, mais je crois bien que c’est ce que j’ai entendu. « Un » père – n’importe lequel donc pourra faire l’affaire ? « Bonjour, je cherche un père pour mon enfant » comme dans toutes les séries bien pensantes qui montrent que, pour une femme, élever un enfant seule est impossible, alors que c’est ce que vivent des milliers de femmes en France.

Ah, pardon, on me souffle dans l’oreillette que ce n’est pas d’un père que la petite a besoin, mais de son père. Ok, je comprends mieux. Sauf que son père a été intoxiqué/blessé par balle par son ex-maîtresse, avant d’avoir manqué périr dans un accident de voiture parce que celle-ci a saboté les freins de son utilitaire. Joli alignement de clichés, il n’en manque aucun :
– l’ex-maîtresse a beaucoup de loisirs. Elle n’a pas de loyers à payer, pas de courses à faire, pas même un chien à promener, voire, de manière plus personnelle, un rendez-vous chez le coiffeur pris de longues dates ;
– elle sait fabriquer un gaz toxique, possède une arme à feu et sait où sont les freins dans un véhicule quelconque. Note : oui, je sais, de nos jours, on trouve des tutos pour tout sur internet. Mais tout de même ! Vive le cliché de la femme qui ne supporte pas d’avoir été quittée et qui se venge, après avoir raté son suicide. Oui, c’est bien connu, une femme qui a été quittée tente de mettre fin à ses jours et se rate parce que… parce que :
1) si elle meurt, les scénaristes sont dans les choux, sauf à la faire ressusciter quelques mois plus tard (si, c’est possible, nous sommes dans une série télévisée) ;
2) ce n’est pas un « vrai » suicide, c’est un appel à l’aide ;
3) elle est trop nulle pour réussir à se tuer elle-même.

Je ne connais pas assez la série pour savoir si elle a eu un suivi digne de ce nom après sa tentative de suicide mais quelque chose me dit qu’il n’y avait pas la place dans le scénario pour cela, sinon, elle serait hospitalisée/en maison de repos et n’aurait pas le temps de chercher des moyens de dégommer son ex.

Je vous passe sous silence les policiers pas très doués qui passent à côté d’elle sans la voir – c’est vrai, dans une rue où il n’y a personne, sauf les policiers et elle, elle passe totalement inaperçue – je salue la prouesse scénaristique. Ah, pardon, elle est née ici, donc elle connaît la ville comme sa poche. Je n’ai même plus le courage de numéroter les clichés. Peut-être faudrait-il aussi des policiers nés dans la ville et qui la connaîtrait eux aussi comme leur poche. Si c’est vraiment la formule que j’ai entendue, j’ai tout de même envie d’ajouter que les vêtements féminins ayant rarement des poches dignes de ce nom, elle ne doit pas avoir grand chose dedans, donc elle n’a aucun mal à connaître leur contenu et le plan de sa ville natale par extension (allons au bout des clichés).

Comme si tout cela ne suffisait pas et comme les scénaristes veulent aller au bout des choses, elle se rend à l’hôpital – trois fois qu’elle rate son ex, franchement, inscrivez-la à un institut de rattrapage, ou bien offrez-lui « Comment zigouiller mon ex pour les nuls ». Au pire, faites-lui potasser, puisqu’elle ne manque pas de temps, tous les épisodes de Columbo. Ou tout Grey’s Anatomy. Pour cette dernière série, le lien de cause à effet est simple : les séparations, les couples qui se mettent, se démettent puis se remettent ensemble sont nombreux, et pourtant, je n’ai pas l’impression que Meredith ait tenté de tuer Derek une seule fois, que Christina ait tenté de tuer qui que ce soit, non plus que Jackson, Owen, Miranda – et je ne pourrai citer tous les médecins, infirmiers et autres personnages de la série.

J’oubliai (non, parce que, dans une série quotidienne, il faut suivre, et je me demande si les scénaristes y parviennent) : l’ex de Flore est retourné avec son ex-femme, et ils se sont remis en couple bien gentiment. Bon. J’ai renoncé à chercher pourquoi ils s’étaient séparés juste après avoir eu un enfant (ou pendant la grossesse, peu m’importe), pour se remettre ensuite, parce que ce serait sans doute revenir à la phrase « Elle a besoin d’un père ». Je me répète : elle a besoin de son père, mais être père et être un mari/conjoint/compagnon sont deux choses différentes. J’ai vu, dans ma vie professionnelle, des couples séparés qui restaient des parents. Je trouve très mauvaise l’idée, en 2022, que l’on se doit d’être ensemble, de se remettre ensemble parce que l’enfant a besoin d’un père. Il en a un, même s’il ne vit plus avec la mère. Je ne sais pas si ces séries se veulent en phase avec la société (il paraîtrait que oui), je constate simplement qu’elle est le reflet d’une société misogyne dans laquelle une femme ne peut être définie, ne peut avoir d’existence que par rapport à un homme : son conjoint, ou son ex-conjoint. Et je sens que ce n’est pas dans ces séries que la PMA pour toutes les femmes pourraient être abordées en toute sérénité, même si la série, à ses débuts, montrait un couple de lesbiennes mères de deux enfants – avant que l’une ne finisse en prison. Encore un cliché.