Archive | 4 février 2022

Des opéras et des nattes

Bonjour à tous

21 février 1991 : avec ma classe de 4e, et avec l’investissement de mes professeurs (il en est une que je croise encore, nous faisons des recherches généalogiques), je découvre Les noces de Figaro de Mozart au Théâtre des arts de Rouen. Cet amour pour l’opéra ne m’a pas quitté.

3 février 2022 : je regarde au cinéma des Andelys la captation des Noces de Figaro à l’Opéra Garnier.
Si je ne suis pas d’accord avec tous les choix de mise en scène, je sais cependant que les chanteurs ont toujours été mis en valeur et ont toujours pu chanter sans que des figurants (pour citer un exemple de mise en scène d’un autre opéra) ne viennent faire n’importe quoi derrière leur dos, sans que des installations vidéo (et pourtant, il y en avait) ne viennent détourner l’attention de ce qui était le plus important : la musique de Mozart.

Moderne, les noces de Figaro ? Elles nous parlent toujours, en tout cas. La comtesse Almaviva est une femme qui a été follement aimée, et qui ne l’est plus. Le comte veut mettre Suzanne, la fiancée de Figaro, dans son lit, ou dans tout autre endroit qui lui permettra d’avoir une relation sexuelle avec elle. Pour cela, il est prêt à tout, y compris à empêcher son mariage. Il faut beaucoup d’énergie, d’inventivité à Suzanne pour pouvoir, simplement, vivre la vie qu’elle souhaite et ne pas être victime d’un prédateur sexuel qui, aux yeux de la société du XVIIIe siècle, a tous les droits puisqu’il est bien né. Oui, c’est Suzanne, aidée de la comtesse Almaviva, qui est la personne qui mettra réellement tout en oeuvre pour déjouer les pièges du comte – Figaro étant souvent à contretemps. La Comtesse n’est plus aimée, ce qui n’empêche pas le Comte d’être extrêmement jaloux. Et tant pis pour les metteurs en scène qui minimisent cet aspect de l’oeuvre : oui, le Comte est un homme violent. Gare à celui qu’il soupçonnerait d’avoir une aventure avec sa femme et qui tomberait entre ses mains : je ne donne pas cher de sa peau. Offrir un poste dans son régiment à Chérubin est le plus sûr moyen de l’envoyer à la mort, ne l’oublions pas. Je ne donne pas cher non plus de celle de la Comtesse. Je n’oublie pas non plus Marcellina, femme déjà âgée, qui fut une jeune fille bafouée (voir son grand air, très souvent coupé) et qui, à l’acte IV soutient Suzanne contre Figaro : entre femmes, il faut se soutenir quand un homme est injuste envers nous, dit-elle. Pourquoi trop de femmes ont-elles oublié ce principe ?

Et Barbarina ? Elle est la cousine de Suzanne. Elle est la prochaine sur la liste du comte, comme l’apprend, presque par accident, son père. Elle joue les entremetteuse, déjà, elle est encore un peu naïve, elle ne le sera sans doute plus longtemps.

Pour terminer, un extrait avec Porgi amor, le premier air de la comtesse.

Mention spécial aussi pour l’interprête de Bartolo, qui a dû chanter masqué. Pourquoi ? On nous a annoncé au début de la représentation qu’elle avait failli être annulée et que des mesures avaient dû être prises. Le masque, que lui, les choristes et les danseurs portaient en faisaient sans doute parti.

Que vient faire la natte, me diriez-vous ? En 1991, je commençai à me coiffer avec une natte. Aujourd’hui, je la porte toujours, et pour les élèves qui ne connaissent pas (encore) mon nom, c’est souvent ainsi que l’on me définit : « la prof à la natte ».