Archive | 4 novembre 2021

Mort sur le transsibérien de C.J. Farrington

Présentation de l’éditeur :

Bienvenue à Roslazny, un petit village assoupi de Sibérie, enseveli sous la neige, engourdi par le froid. Olga Pushkin est la garde-barrière du village. C’est elle, notamment, qui veille au bon déroulement du passage du majestueux Transsibérien, depuis la petite maison où elle vit seule avec son hérisson et son amour de la littérature. Car la littérature, c’est la grande affaire de la vie d’Olga ; et son rêve, c’est de rejoindre l’université de Tomsk – l’Oxford sibérien – et de quitter Roslazny où jamais rien ne se passe… Mais la chape de silence et de froid qui semble congeler le village va bientôt se fissurer : lettres anonymes et petits larcins vont réveiller la rumeur de l’existence d’une Baba Yaga, ces sorcières féroces qui se cacheraient dans les immensités gelées de la taïga russe. Et lorsqu’un touriste américain tombe du Transsibérien après avoir été égorgé, la bouche pleine de pièces de 10 roubles, l’angoisse s’empare de Roslazny. Un deuxième mort, et c’est la panique dans le village ; d’autant plus que l’inspecteur en charge de l’enquête, l’énigmatique et boudeur Vassily Marushkin, se retrouve emprisonné par son machiavélique supérieur, l’inspecteur-chef Babikov. Alors Olga va devoir mener elle-même l’enquête, d’abord pour disculper Vassily, puis pour comprendre qui sème ainsi le trouble à Roslazny. Mais le temps presse, et les pistes semblent se perdre dans la brume qui encercle le village…

Merci aux éditions Hugo Thriller et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

En découvrant le sous-titre « Une enquête d’Olga Pouchkine », j’ai eu l’impression que l’auteur amorçait ainsi une série, ce dont j’ai eu la confirmation en découvrant sa biographie. Lui-même a vécu en Russie, et a écrit ce livre alors qu’il était en congé parental pour s’occuper de sa fille Acacia.

En lisant ce titre, je me suis rappelée pourquoi je me suis détournée de la littérature russe depuis des années. Oui, je sais, l’auteur est anglais, et pourtant, je me suis retrouvée perdue au fin fond de la Russie avec son héroïne Olga Pouchkine. Non, elle n’a aucun lien avec l’auteur, mais elle rêve de devenir auteur, d’écrire, ce dont presque personne ne la croit capable. Elle a 34 ans, elle est devenue garde-barrière parce qu’elle n’avait pas vraiment le choix, auprès d’un père victime d’un accident du travail qui l’aurait laissé incapable de travailler, mais totalement capable de s’enivrer, de jouer au poker, ce qui est pourtant interdit en Russie, et de dilapider le plus d’argent possible, quand il ne rêve pas à retrouver le trésor dont Tatiana, sa femme, lui a parlé sur son lit de mort. Olga pense aussi souvent à sa mère, elle se souvient des belles choses, de l’amour que sa mère portait à ses enfants, et n’a que faire de ce « trésor », les souvenirs qu’elle a de sa mère n’ont pas de prix.

La vie s’écoule, paisible, ponctuée par l’alcool ingurgité par les hommes, au détriment des soins qu’ils devraient à leur famille. Et le roman s’écoule lentement lui aussi. J’ai trouvé que l’on passait beaucoup trop de temps sur la vie privée (de presque tout) d’Olga, sur ses rêves, ses désirs d’écriture, la description de son passé, du passé de ses parents, notamment ce qui a amené une jeune fille telle que Tatiana, venue d’un milieu cultivé, à s’unir avec le père d’Olga et de Pascha (son frère, militaire, que nous découvrirons au cours du récit). J’ai eu parfois l’impression que l’action était ralentie, tant l’on passait du temps, parfois, sur des faits que je ne trouvais pas pertinent, mais qui devaient l’être, sinon, l’auteur ne les aurait pas écrits ! Je pense, par exemple, au moment où Olga rend visite à Vassily Marushkin et où une page de description (les intentions d’Olga, le maquillage qu’elle a mis) sépare le moment où elle arrive devant le poste de police et celui où, enfin, elle frappe à sa porte, pour finalement découvrir qu’elle est venue pour rien, il ne lui dira rien. Un policier intègre, c’est rare.

Oui, je pense que si je regarde cette oeuvre comme un roman sur Olga, ses désirs, ses aspirations, et, finalement, sa bonté quotidienne (voir le soin qu’elle porte à Dimitri, hérisson de son état), il est plus simple de l’apprécier, d’apprécier son rythme, lent, ses moments où Olga réfléchit à sa vie, se questionne, elle qui, comme de très nombreuses femmes, pour ne pas dire toutes les femmes, souffrent des remarques sexistes de leurs supérieurs en particulier, et de presque tous les hommes qui les entourent. A Roslazny, le quotidien ne permet pas vraiment de rêver, il permet à peine de vivre, dans un lieu qui pourrait être hors du temps – à croire que le progrès, le confort y est impossible – mais où trafic, magouilles et autres corruptions se donnent rendez-vous. La vie humaine semble n’y avoir vraiment aucune importance, et les personnages comme Olga ou Vassili, qui garde espoir jusqu’au bout, sont rares.

Un livre à conseiller si le froid, la Russie et le récit de vie quotidienne (presque) banale ne vous effraie pas. En revanche, si vous aimez les polars purs et durs, passez votre chemin.