Archive | 13 octobre 2021

Paris sous la terre par Solange Bied-Charreton

Présentation de l’éditeur :

Avec ce carnet de choses vues, Solange Bied -Charreton nous plonge dans l’univers du métro : l’histoire d’une ligne, la construction de son tracé, les couleurs, la lumière, les usagers qui la fréquentent ou les événements qui s’y produisent… L’auteur s’attache au moindre détail et, dans une perspective d’épuisement du réel, dessine l’humeur d’un monde souterrain secret mais accessible. Une balade poétique au coeur du métro parisien qui en révèle l’originalité, le tragique, mais aussi le charme. Car « chaque voyage sera toujours autre chose que le précédent. Et il y aura encore tant à dire et à voir, à décrire, à rendre par l’écrit. Alors redescendons dans le métro et puis recommençons. »

Mon avis :

Ne vous attendez pas à lire ici un livre où l’on vous expliquerait doctement et pesamment l’origine de chaque ligne de chaque station de métro. Non. Ce n’est pas du tout le style qui est adopté dans ce livre. Oui, l’on parlera des lignes, des stations, de leur couleur, du devenir de leur aménagement aussi. L’on parlera aussi du passé de ces lignes, pas si révolu que cela, ce passé qui laisse encore des traces sur les murs, sous forme d’anciennes réclames publicitaires, ce passé dans lequel s’inscrivent les souvenirs de l’autrice.

L’on parlera des lignes, mais l’on parlera surtout des personnes qui les empruntent, ces fameux usagers qui vont et viennent, entre transhumances du matin et affluence du soir, avec au milieu, les heures creuses, toutes ces personnes que l’on croise, soit en ne faisant jamais attention à elles, soit en leur prêtant telle ou telle vie, selon l’heure à laquelle elles ont été croisées, la ligne qu’elles ont empruntée, la station à laquelle elles sont descendues.

Il est question aussi des incidents, des accidents qui ont pu avoir lieu sur ces lignes, dont les « accidents de personne » qui portent si mal leur nom. Le témoignage d’un conducteur de métro est à ce sujet éclairant, rappelant le traumatisme qu’ils provoquent. Un meilleur terme reste à trouver, ou bien, comme sur certaines lignes déjà, un moyen de les empêcher.

Oui, c’est bien Paris sous la terre qui nous est amener à voir et à découvrir dans ce livre, ce Paris où l’on ne fait que passer, ce Paris qui a parfois servi de décor pour des films, ce Paris où, comme à la surface, certains tentent de survivre.

Merci à Netgalley et aux éditions Elidia pour ce partenariat.

Mon cheval de bataille de Delphine Pessin

Présentation de l’éditeur :

C’est un grand jour pour Arthur. Il assiste à un spectacle de voltige équestre, sa passion ! À sa grande surprise, l’un des chevaux sort du rang pour le saluer affectueusement. Ce qu’il ignore c’est que ce cheval est spécial et sait détecter les personnes malades. Quelques jours plus tard, tout bascule : Arthur fait un malaise… Dans l’épreuve qui l’attend, le garçon pourra compter sur sa grande sœur. Pour mieux livrer bataille, elle a même quelques idées un peu folles… Un roman qui chamboule le cœur, nous fait pleurer et sourire tout à la fois !

Mon avis :

C’est un très beau roman. Cela devrait suffire de le dire ainsi. Ce livre m’a tellement plu que je n’ai pas envie de le décortiquer, d’expliquer pourquoi, en suivant le style, la construction de l’intrigue, la répartition des points de vue, il est un très bon roman. Cela devrait suffire de dire qu’il m’a totalement emporté dans son univers, qu’il m’a profondément ému, bien que je sache que certains parents détourneront leurs enfants de la lecture de ce livre. Pourquoi ? Il parle d’un sujet dont on parle peu, comme si ne pas en parler suffisait à conjurer le sort : le cancer chez l’enfant.

La famille d’Arthur est une famille ordinaire, ses parents travaillent beaucoup, ils sont passionnés par leurs métiers respectifs, mais ils s’entendent bien, s’occupent de leurs deux enfants, et trouvent enfin le temps de se rendre à un spectacle équestre pour passer enfin un moment en famille, faire plaisir à Arthur, passionné d’équitation, et tant pis si Viviane la grande soeur râle, tant pis si la sortie compromet sa vie sociale de lycéenne. Là, l’incroyable se produit : Zahir, un des chevaux, s’approche d’Arthur. Zahir n’est pas un cheval ordinaire, il sait détecter les personnes malades. Impensable, voilà la réaction du père. Seulement, quand Arthur est conduit à l’hôpital quelques jours plus tard, il demande à ce que les examens soient approfondis tout de suite, et le verdict tombe : cancer.

Le récit suit au plus près la réalité du traitement, sans pathos, sans faire croire non plus que tout est rose, court, facile, comme on peut le voir dans certaines séries télévisées. Oui, le traitement rend malade, oui, c’est éprouvant pour la famille, et c’est dans ces moments-là que la solidité d’un couple est mise à l’épreuve. Il est facile d’écrire « répartition des tâches, arrêt du travail pour être près de l’enfant malade ». Il est nettement plus difficile de combattre au jour le jour, de faire face à toutes les épreuves du quotidien. Il est difficile de mener, à côté, une vie que l’on nous pousse à avoir la plus normale possible. J’ai apprécié que Viviane tente des blagues foireuses, pleines d’humour noir face à son frère – parce que cela permet de voir quel est réellement l’état d’esprit d’Arthur. J’ai aimé aussi que le médecin, les infirmiers, prennent le partie de dire la vérité au patient, à ses proches, même si la vérité n’est pas facile à entendre. J’ai toujours eu l’impression que la perte du combat contre la maladie commence au moment où quelqu’un dit : « non, ne lui disons pas, cela ne sert à rien. » Tout peut être dit, même la pire nouvelle comme celle qu’apprend Arthur au cours du récit. Le tout est de prendre le temps et la peine de le faire.

Il faut être fou, comme beaucoup d’autres disait Molière, dans le malade imaginaire. Viviane osera tenter des choses complètement folles pour aider son frère à sortir du désespoir. J’ai beaucoup aimé ce personnage, parce qu’elle est celle que tous ou presque oublie, celle avec laquelle certains ne savent plus comment se comporter, celle aussi qui voit ces amis qui « oublient » de prendre des nouvelles. Celle qui est prête à se battre aussi – parce que le combat contre le cancer est un combat qui ne se gagne pas seul, un combat de longue haleine dans lequel tout compte, même les soutiens les plus inattendus.

Mon cheval de bataille est un très beau roman, signé Delphine Pessin, une autrice que j’apprécie décidément énormément.