Archive | 11 octobre 2021

Le fils du pêcheur de Sacha Sperling

Présentation de l’éditeur :

Au cours des dix dernières années, j’ai été amoureux deux fois. Elle s’appelait Mona, il s’appelait Léo. J’ai vécu avec elle à Paris, avec lui en Normandie. J’ai été en couple pendant sept ans avec elle, avec lui pendant sept mois. Je les ai aimés pareil. Je veux dire, aussi fort.
En sept ans, j’ai pris dix kilos. J’ai voulu arrêter la drogue. J’ai essayé de faire un enfant. J’ai vu un homme mourir. Je me suis éloigné de mon père. J’ai vu les contours de mon visage disparaître. J’ai vu la femme que j’aimais se détruire. J’ai détruit le mec que j’aimais.
J’écris ces phrases dans le vide. Je ne sais plus à qui je m’adresse. Peut-être aux deux êtres que j’aimais le plus et que j’ai brisés.
On m’a tout donné et j’ai tout gâché. Il me reste le souvenir de ces deux passions.
Il me reste l’histoire que je vais vous raconter.

Mon avis :

J’aimerai… faire de grandes et belles phrases bien construites pour vous parler de ce livre. J’aimerai vous dire que je l’ai apprécié. Non, ce n’est pas le cas. J’ai hésité sur le genre dans lequel je devais le classer. Roman ? Roman autobiographique ? Autofiction ? Il correspondrait plutôt à cette dernière case, comme d’autres titres écrits par Sacha Sperling – pour ne pas dire comme tous les autres titres.

Il est question ici de passion amoureuse, et le ton est donné dès le départ : « J’ai vu la femme que j’aimais se détruire. J’ai détruit le mec que j’aimais. » Encore faut-il être à la hauteur du programme ainsi donné, et je me suis dit, tel Félix de Vandenesse le héros du Lys dans la Vallée, remis à sa place par la comtesse de Manerville, Sacha Sperling, le narrateur-personnage principal, se donne une importance qu’il n’a pas, surtout, à mon sens, pour Léo, le fils du pêcheur qui donne son nom au roman. Il avait rencontré Mona dans J’ai perdu tout ce que j’aimais (déjà, ai-je envie de dire – le roman date de 2013), il montre la lente destruction de la jeune femme, accro à diverses substances, dans cette oeuvre. Pour avoir lu plusieurs titres signés Sacha Sperling, j’ai l’impression qu’il ne cesse de nous conter sa destruction, nécessaire pour qu’il construise une oeuvre littéraire. Il me fait penser à un personnage de Boris Vian, incapable d’écrire s’il ne souffre pas.

Oui, je pense beaucoup à d’autres romans en lisant la prose de Sacha Sperling, ce pauvre petit garçon parti se réfugier dans la maison familiale, ce gamin qui a fait sa première crise d’angoisse à vingt ans, qui depuis a pris des substances chimiques légales (les tranquillisants) ou illégales et qui attend le salut de son psy – quand il ne le cherche pas, encore et toujours, dans la fuite.

Même si le roman est bien écrit, j’ai l’impression, pour la fin de ma chronique, de recourir à nouveau à des clichés. Avoir un enfant, quand on veut redevenir un enfant, quand on part à la recherche de l’enfant que l’on a été, et que l’on a perdu de vue parce que l’on a voulu grandir trop vite, n’est pas véritablement possible. Lui et Mona sont à la croisée des chemins, Mona qui peine à rendre visite à son père malade, Mona qui finit par perdre son père. Sacha, liée à sa mère, mais pas tellement à son père. Léo, défini avant tout par son lien avec son père, et qui va devenir père à son tour.

Le fils du pêcheur ? L’histoire d’un pauvre petit garçon riche.

Merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour ce partenariat.