Archive | 6 octobre 2021

Evergreen Island par Heidi Perks

Présentation de l’éditeur :

Au large des côtes de l’Angleterre, Evergreen Island abrite une petite communauté qui vit isolée du reste du monde. Lorsqu’un corps est déterré dans le jardin de la maison d’enfance de Stella Harvey, la jeune femme est bouleversée. Surtout que vingt-cinq ans auparavant, un soir de tempête, sa famille a mystérieusement fui les lieux… Déterminée à découvrir la vérité, Stella retourne sur l’île, mais elle s’aperçoit rapidement que les insulaires ne sont pas aussi accueillants que dans ses souvenirs, et qu’ils sont prêts à tout pour protéger leurs secrets.
Avec une parfaite maîtrise de l’intrigue et un art consommé du suspense, Heidi Perks restitue l’ambiance étouffante qui plane depuis des années sur Evergreen Island, manipulant le lecteur jusqu’à la dernière ligne.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Préludes et Netgalley qui m’ont permis de découvrir ce roman en avant-première : je l’ai lu en juillet, je rédige mon avis le 26 juillet 2021.

La lecture de ce livre a vraiment été pour moi très prenante. Stella est le personnage à travers les yeux de qui nous voyons la plus grande partie de ce récit. Elle a tout envoyé plaquer quelques années plus tôt pour devenir thérapeute et elle est très heureuse de son choix de vie. Par contre, sa vie familiale est plus compliquée. Sa soeur aînée, Bonnie, a beau être mariée, avoir deux enfants, elle lutte depuis des années contre l’alcoolisme, remontant la pente après chaque rechute. Leur frère ? Elles ne l’ont pas vu depuis qu’il a quitté la maison, dix-huit ans plus tôt. Ne croyez pas que Stella n’a pas cherché, sur internet, des traces de son frère – rien. Leur père, qui avait quitté leur mère, décédée depuis dans un accident, perd peu à peu la mémoire. Bref, Stella n’appartient pas vraiment à une famille comme une autre, et elle le sait, c’est peut-être pour cela qu’elle a vraiment à coeur d’aider les autres – sa grand-mère était assistante sociale. Mais, si l’on poussait la question à Stella, sur l’événement fondateur pour elle et sa famille, c’est le départ de l’île d’Evergreen, vingt-cinq ans plus tôt. Elle est nostalgique de son enfance, des moments heureux qu’elle a passé là-bas, et elle a l’impression de ne pas savoir vraiment pourquoi sa famille est partie précipitamment.

C’est la découverte d’un corps qui sera l’élément déclencheur : un corps est retrouvé enterré près de la maison que possédaient les parents de Stella. Elle qui n’a jamais sauté le pas, elle le franchit enfin et part pour l’île. Presque rien n’a changé, elle a tout revu, et surtout, elle a retrouvé les personnes qui vivaient déjà sur l’île quand elle était enfant, les meilleures amies de sa mère, les enfants, qui ont grandi. Elle ne s’attendait pas cependant à la froideur de l’accueil qu’elle reçoit, seules quelques rares personnes, dont Meg, jeune adolescente, et Freya, devenue journaliste et vivant elle aussi loin de l’île, semblent réellement heureuses de la voir. Pourquoi ? Comme si ce qui se passait sur l’île devait rester sur l’île, ne surtout pas être connus des autres. Comme si, aussi, les fautes, les crimes ne pouvaient venir que de l’extérieur. Une île, si belle soit-elle, est presque un huis-clos à elle toute seule, surtout les jours de tempête. Et les souvenirs d’enfance ont beau être heureux pour Stella, ce n’est pas forcément le cas pour Bonnie ou pour Danny. Oui, la narration mêle présent et passé, ce qui donne un récit particulièrement riche, donnant à voir d’autres aspects des personnages, entre enfance, adolescence et âge adulte.

Même si je révèle un peu une partie de l’intrigue, je ne peux pas ne pas évoquer un point important : la parentalité. Pourquoi veut-on des enfants ? Pourquoi estime-t-on que c’est un droit d’avoir des enfants, et qu’il est injuste que l’on vous refuse d’en avoir, alors que tant d’autres en ont facilement alors qu’ils ne le méritent pas parce qu’ils sont pauvres ? Beaucoup de « on ». Cela peut être la nature, tout simplement, qui fait que l’un des membres du couple est stérile ou que des fausses-couches se produisent avant de parvenir, enfin, à mener une grossesse à terme. Ce peut être aussi les services sociaux qui estiment que votre couple n’est pas apte à accueillir un enfant. Oui, l’on (oui, encore ce pronom bien facile) nous présente toujours l’adoption comme quelque chose de merveilleux, les familles sauvent un enfant, et ce récit ne fait pas exception. Adopter, c’est d’abord combler un manque d’enfants. Ce devrait être se questionner sur la parentalité, savoir si l’on est prêt à accueillir un enfant qui aura été abandonné, ou sera orphelin, un enfant qui, de toute façon, aura vécu, même s’il ne s’en souvient pas consciemment, des faits. Ce qui est mieux encore, c’est que les deux parents aient le même projet parental. Quand ce n’est pas le cas, cela peut être douloureux (au mieux), ou entraîner à des degrés divers la désagrégation de la famille. Oui, je m’égare, je m’épanche un peu, parce que le roman en parle dans son dernier tiers, et parce que les choix qui sont faits par les parents sont importants. Et Stella, qui s’occupe de thérapie familiale, justement, se pose la question sur ce qu’il est bon de savoir, ou pas.

Evergreen island est un livre captivant, que j’ai préféré à Alice le premier roman que j’ai lu de cette autrice.