Archive | 18 août 2021

Une folie de rêves par Jean-Daniel Baltassat

Présentation de l’éditeur :

La pluie de novembre fait déborder la Seine. Rien qui empêche Mikelangelo, admirable faussaire et grand peintre ignoré, d’achever le ciel de sa fresque: sa grande oeuvre accomplie trente mètres sous la colline de Passy et du Trocadéro.

Mais hasard et destin mettent sur son chemin un gamin, Hakim, et cinq girls, Maalu, Nadira, Sila, Antoinette, Lovette, égarées dans le ventre de Paris. En route pour la mythique Youké, elles cherchent une tanière pour se protéger de la pluie, du froid et des faiseurs-de-putes.
Voilà qui rappelle bien des choses à Mikelangelo. Voilà que soudain, dans son royaume labyrinthique du Dessous, il a une autre grande oeuvre à accomplir : offrir à ces errants une pincée de jours légers. Et, qui sait, peut-être même leur donner la force d’atteindre cette Youké de leurs rêves….

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Faut-il révéler une partie de l’intrigue qui n’est pas indiquée dans la quatrième de couverture ? Vaste question, surtout quand la quatrième de couverture est aussi soignée. Il aurait pourtant suffi d’ajouter quelques mots, parce qu’un des personnages principaux n’y est pas mentionné. Je divulgue donc l’identité de son personnage : Jozef, rat de son état, compagnon presque inséparable de Mikelangelo. Pourquoi ne pas l’avoir mis ? Peur de faire fuir le lecteur ? C’est dommage, parce que toute personne ayant la phobie des rats risque fort, si elle commence la lecture de ce roman, de le refermer sans le terminer. Je sais, elle ne l’aurait sans doute jamais ouvert. Là, elle l’aura refermé.

Après avoir évoqué, convoqué ce personnage indispensable au récit, je reviens à Mikelangelo. Il est un vrai faussaire, c’est à dire qu’il peint de vrais faux tableaux. Depuis trente ans, il vit sous terre et peint, quelque part entre Passy et le Trocadero. Il se souvient, surtout, de sa jeunesse, là-bas, au loin, de sa mère, de ce qu’il a subi. Il se souvient et il essaie de retrouver, en peignant sa fresque, ce bleu qui était celui de ses souvenirs d’enfance. Il essaie aussi de se souvenir du visage de sa mère, le visage d’avant, avant tout ce qui s’est passé. Il connaît très bien le labyrinthe qui circule sous la capitale, ces circuits méconnus, que certains touristes, certains curieux empruntent pourtant. Il sait qu’il sera rarement dérangé.

Et pourtant ! Un jour, ce sont cinq jeunes filles et un garçon qui se perdront sous terre. Elles sont jeunes, très jeunes, et elles en ont déjà beaucoup trop vus. La mort, la violence, elles connaissent. Elles en ont trop vu, elles ont trop enduré. Elles et Hakim ont pourtant un rêve, gagner Youké, là-bas, poursuivre le chemin que d’autres n’ont pas pu emprunter, parce que la mort les en a empêchés.

S’apprivoiser, c’est le mot qui convient pour dire la relation entre ces jeunes que la société a déjà bien amoché et Mikelangelo, qui n’est pas tellement mieux. Il a simplement davantage d’expérience. Il ne promet rien, pas grand chose, trois jours de répit pour ces grands adolescents, jeunes adultes, qui ont déjà trop vécu. Le lecteur se rappelle alors quels sont les besoins élémentaires d’un être humain : dormir dans un endroit sûr, manger un vrai repas, boire, pouvoir se laver, se vêtir d’habits propres, se soigner aussi. Cela peut paraître banal, c’est pourtant terriblement compliqué pour beaucoup trop de personnes. Ce qu’ils ont vécu avant, ce que Mikelangelo a vécu sera raconté de manière implicite. Il n’est pas besoin, pour ressentir de la compassion pour des personnes, de montrer la violence, la douleur, la cruauté ordinaire avec forces détails. Les mots les plus simples suffisent à en exprimer les conséquences.

Une belle rencontre.