Archive | 11 août 2021

Echange Loft londonien contre cottage bucolique par Beth O’leary

Présentation de l’éditeur :

Leena Cotton est épuisée. Ce n’est pas elle qui le pense, c’est son corps qui le lui dit. Son burn-out explosif en plein milieu d’une réunion capitale parle à sa place. Pour la peine, son employeur lui impose deux mois de congés qu’elle ira passer – en traînant les pieds – dans le cottage de sa grand-mère, à la campagne. Elle aurait encore préféré mourir de surmenage que d’ennui… Eileen Cotton a pris une décision : puisque son époux de toute une vie l’a quittée du jour au lendemain, elle a désormais le droit de vivre pour elle-même. Et pourquoi pas même… vivre une relation charnelle passionnée, à 80 ans ? Mais dans son petit village du Yorkshire, les candidats au poste d’amant ne sont pas légion… Un problème ? Une solution ! La grand-mère et la petite-fille n’ont qu’à échanger leurs vies. Eileen ira habiter dans la colocation de Leena à Londres, où les beaux messieurs pullulent, tandis que Leena a pour mission de se reposer à la campagne et… de régler tous les problèmes qu’elle avait tenté jusqu’ici de mettre sous le tapis.

Mon avis :

Voici encore un livre que l’on peut ranger dans la catégorie « romance, mais pas que ». Nous avons bien tous les ingrédients d’une romance, avec un happy end à la fin (pour ne pas dire plusieurs), cependant d’autres thèmes sont abordés, que l’on ne retrouvait pas forcément dans les anciennes romances.

Tout d’abord posons le cadre. Leena est au bord du craquage professionnel, pour ne pas dire qu’elle est en train de craquer, et c’est ce qui se passe. Sa chef lui impose deux mois de vacances, deux mois de pause pour qu’elle puisse récupérer. Or, pour Leena, c’est un choc. Elle ne vit que par et pour son travail. Certes, elle a un compagnon, tout aussi accro au travail qu’elle, mais le travail est devenu pour elle sa raison de vivre depuis la mort de sa soeur cadette Carla, d’un cancer, un an plus tôt. Depuis, elle a coupé les ponts avec sa mère. Elle a gardé des liens très fort avec Eileen, sa grand-mère, et c’est d’elle que viendra l’impulsion pour le changement. Eileen a toujours rêvé de vivre à Londres, elle propose donc à sa petite-fille d’échanger leur logement. A l’une le cottage bucolique. A l’autre le loft londonien et, qui sait ? La possibilité de faire des rencontres. ce n’est pas dans son petit village du Yorkshire qu’elle pense faire des rencontres, puisqu’elle connaît déjà tout le monde, de son irascible voisin au docteur, charmant au demeurant.

Vivre à la campagne et accomplir toutes les tâches que faisait sa grand-mère dans le village ne sera pas facile pour Leena. Découvrir la vie londonienne trépidante ne le sera pas non plus pour Eileen. Cet échange permet d’abord des rencontres entre personnes de génération différente, à la condition qu’elles soient ouvertes d’esprit. C’est le cas des colocataires de Leena. C’est un peu plus difficile pour les voisins d’Eileen. Cependant, faire de son mieux et ne pas se laisser aller à avoir des préjugés permettent de rompre la glace très vite. Oser aussi est très important, oser aller vers les autres, leur parler, être à l’écoute, proposer son aide, même si elle n’est pas accepté, même si elle ne sera peut-être jamais acceptée. Cela demande de prendre du temps, de prendre son temps pour les autres, et ne pas se cacher derrière des prétextes. Plus facile à dire, à écrire, qu’à faire.

J’en viens aux thèmes abordés dans ce roman, qui ne le sont pas si souvent dans la romance. Le premier, c’est le deuil d’un être plus jeune que vous, ces personnes dont on se dit qu’elle n’aurait pas dû partir si tôt. Leena n’accepte pas que sa soeur ne se soit pas davantage battue pour guérir. J’ouvre une parenthèse : il est très courant de nos jours de dire, de penser qu’il suffit de « se battre », d’être « positif », de le vouloir pour guérir. Cela véhicule l’idée très dangereuse à mes yeux que si l’on ne guérit pas, c’est qu’on ne le mérite pas. C’est ne pas laisser aux malades le droit de se plaindre, le droit de dire que les traitements sont insupportables et que, s’ils les endurent, c’est parce qu’ils espèrent guérir. Qu’on ne leur demande pas davantage. Je regrette aussi, puis je fermerai ma parenthèse, qu’on nous présente toujours, dans les séries surtout, des protocoles miraculeux qui permettent de guérir le malade en trois coups de cuillère à pot. Pour connaître un proche qui suit un protocole novateur depuis trois ans… tout est dans ma phrase. Fin de la parenthèse. La mort de Carla a mis en miettes sa soeur, sa mère, sa grand-mère, et chacune fait comme elle peut. La colère de Leena est une des étapes du deuil, que chacun vit comme il peut.

Le second thème est lié au premier. Qu’est-ce qu’une femme est prête à accepter pour conserver un homme à ses côtés ? Pour certaines, la réponse est simple : tout, tant que son mari reste avec elle. Rompre, divorcer, hors de question. Il faut rester mariées, ou rester en couple parce que c’est comme ça, un point c’est tout, parce qu’il vaut mieux être mal accompagnées que seules. Cela peut paraître une réflexion des années 50, 60. C’est encore valable de nos jours, pour des femmes qui se raccrochent à des points positifs, des qualités de leurs conjoints, qualités qui ont pu exister à une époque, et qui, bizarrement, se sont très vite envolées. Avoir le courage de dire : « stop, je veux une vrai relation, non vivre à côté de quelqu’un », c’est important aussi.

Merci aux éditions Hugo roman et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon crime de Rodolphe Bringer

Oxymoron édition – 84 pages

Présentation de l’éditeur :

Je suis un assassin ! J’ai tué un homme ! Nul n’en a jamais rien su ! Personne ne le saura jamais ! Il y a bien longtemps de cela… Je n’ai aucun remords de mon crime ! Seulement une sorte d’angoisse quand je pense à toutes les émotions par lesquelles j’ai passé !… Et c’est pour cela que je veux écrire cette effroyable histoire afin de m’en décharger sur le papier. Il me semble que lorsque je l’aurai ainsi contée, mon esprit en sera débarrassé et que je n’y penserai plus !… Car c’est comme une hantise qui trop souvent m’accable…

Mon avis :

Depuis décembre 2020, j’aime à me plonger dans la littérature fasciculaire, ces romans populaires qui ont précédé la création du livre de poche. Rodolphe Bringer (1871-1943) était journaliste, il travailla notamment pour l’Humanité et pour le Canard Enchaîné.

Mon crime est pour moi un véritable exercice de style réussi. Dès le début, nous savons que nous lisons la confession d’un meurtrier. Pourtant, de nombreuses questions sont en suspens : qui a-t-il tué ? Pourquoi ? Comment a-t-il réussi à échapper à la justice ? Toutes ses questions auront une réponse, en dépit du format court adopté.

J’ai aimé le style enlevé de ce récit. J’ai aimé aussi l’aspect un peu amoral du récit. C’est une chose d’échapper à la justice, et même de mener une vie ordinaire après avoir commis un crime. Cela en aurait été un autre de laisser payer un innocent à sa place.

Je ne dis pas que la police en prend un peu pour son grade dans ce récit. Je dis simplement que le brillant inspecteur Cardon – son devenir nous renseigne sur la réussite de sa carrière – enquête uniquement à charge, sans trop chercher si quelqu’un d’autres aurait pu commettre le crime. Heureusement qu’un vaillant journaliste était là pour le remettre sur le chemin de la vérité !

Récit court, je me répète, et pourtant, il nous parlera de la guerre, qui a changé bien des choses. Il nous parlera aussi de ceux qui tentent de sortir de la pauvreté, et peinent à y parvenir. Même le narrateur fut, autrefois, obligé de mettre des objets en gage pour voir venir. Alors que dire de ceux qui compte avant tout sur le hasard (les courses de chevaux) pour s’enrichir ? Leur situation n’est pas près de s’améliorer.

Mon crime – un récit policier agréable à lire.