Archive | 6 août 2021

Poursuite de Joyce Carol Oates

Présentation de l’éditeur :

De son enfance, Abby garde le souvenir de nuits tourmentées, habitées par un cauchemar récurrent : un champ peuplé d’ossements humains dans lequel elle erre à l’infini. Aujourd’hui Abby a vingt ans et, tandis qu’elle pensait avoir vaincu ses démons, son mariage imminent ravive l’affreux cauchemar. Moins de vingt-quatre heures après la cérémonie, Abby s’engage sur la chaussée et se fait renverser par un bus.

Accident ou résultat d’un geste prémédité ? C’est ce qu’essaie de déterminer son mari, Willem, alors qu’un troublant faisceau d’indices se présente à lui : quelle est donc cette marque rouge autour du poignet droit d’Abby ? Pourquoi se réveille-t-elle en hurlant chaque nuit ?

Mon avis :

Glauque.
C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce livre.
Je l’ai emprunté à la bibliothèque (je l’avais réservé), je l’ai lu très vite, revenue chez moi j’avais déjà parcouru la moitié de l’ouvrage, et je vais le rendre très rapidement aussi.
Certes, le résumé donne une idée du roman.
Ce qui me fait le qualifier de glauque, et non de gore, est qu’il s’agit à la fois d’un roman psychologique et d’un roman social, non d’un thriller cherchant à tout prix l’escalade sanglante, sans s’intéresser aux personnages et à ce qui a conduit à voir une jeune femme d’une vingtaine d’années faire des cauchemars récurrents.
Abby a pourtant tout pour être heureuse. Elle vient de se marier avec Willem, qui l’a imposé à sa famille en dépit de leurs préventions. Une jeune fille dont on ne sait rien ! Une jeune fille dont la famille ne vient même pas au mariage ! La famille de Willem appartient à une branche très stricte de la religion catholique, ajoutant interdit sur interdit. Pas de rapports sexuels avant le mariage (classique), pas de tabac, d’alcool ou de soda (cela l’est moins), pas de vernis à ongle fantaisie pour les femmes… Willem a beau être croyant, il se questionnera sur le fait que cela puisse réellement importer à Dieu que l’on boive des sodas ou que les femmes se mettent du vernis. Le lendemain du mariage, Abby est renversée par un bus et Willem, qui s’est marié pour le meilleur et pour le pire, ne quittera pas le chevet de sa femme, se moquant royalement de son apparence physique (la coupe de cheveux, la barbe ? On oublie) et de ce que sa famille peut penser.
Si nous suivons le retour à la vie d’Abby, prénom qu’elle s’est choisi, prénom dont le but est de tirer un trait sur le passé, nous suivons l’enfance de Myriam Frances, cette petite fille dont les parents l’ont « abandonné » quand elle avait cinq ans. Plutôt, nous suivons les délires du cerveau malade de son père. Critique de l’armée américaine ?. Elle est en tout cas incapable de prévoir les dérives, les dérapages de ses soldats qui reviennent au pays, incapable aussi de voir les problèmes qu’ils avaient déjà avant de s’engager. Critique de la misogynie ordinaire, de l’incapacité à protéger les femmes victimes de violence avant qu’il ne soit trop tard. Dans la manière de se comporter d’Abby au début du livre, j’ai revu la manière dont, trop souvent, les femmes doivent se comporter face aux hommes insistants, ses hommes qui peuvent très vite se mettre en colère si une femme ne répond pas correctement à leurs paroles.
Poursuite est un livre court mais il faut vraiment être bien accroché pour le lire.