Archive | 11 juillet 2021

Eclat (s) d’âme, tomes 2 à 4 de Yuki Kamatani

Je me suis réinscrite hier au réseau de bibliothèque situé à trente kilomètres de chez moi pour une raison toute simple : assouvir ma passion pour les mangas, passion qui peut sérieusement coûter cher. Oui, je continuerai à acheter des mangas mais pas tous les mangas qui me tentent. A 17 € 50 l’inscription annuelle, je suis repartie avec dix mangas sous les bras, ou plutôt, dans le sac, je pense donc avoir déjà rentabilisé mon inscription.

Je commencerai donc par vous présenter la série Eclat(s) d’âme de Yuki kamatani. Mon avis sur le premier tome d’Eclat(s) d’âme date du confinement puisque c’est une série que j’ai découverte grâce aux mangas mis à la disposition en ligne par certains éditeurs et que je me suis dit que je la poursuivrai dès que je le pourrai (ce n’est pas le cas de toutes les séries que j’ai lue à cette occasion). Avantage de la série : elle est terminée et comporte quatre tomes.

Voici tout d’abord le tome 2 qui nous montre toujours le questionnement du personnage principal, Tasuku. Doit-il dire au garçon dont il est amoureux qu’il l’aime ? Doit-il faire son coming-out auprès de sa famille, de ses amis ? Pour lui, le silence est d’or, il n’y voit que des avantages. Puis, il a au moins un lieu où il n’a pas besoin de se cacher, où il n’a pas besoin de parler non plus, c’est le salon du discussion. Dans ce lieu, ce n’est pas tant qu’il découvre des choses, c’est qu’il prend conscience de certaines choses. Coller des étiquettes sur les gens, c’est tentant, alors qu’un être humain ne rentre pas nécessairement dans les jolies cases que la société a créées. Il montre aussi que la bienveillance, la tolérance qui sont présentés comme des qualités n’en sont pas forcément; Comment dire à quelqu’un « je t’accepte tel que tu es » quand l’autre, justement, ne sait pas qui il est ? C’est le cas du personnage de Misora, qui est au centre de ce tome 2. Lui qui a parlé crument à Tasuku à la fin du premier tome aime porter des vêtements féminins, des perruques, se maquiller. Il n’est encore qu’un pré-adolescent et appréhende l’avenir, ce corps qui va se transformer et devenir réellement masculin. Est-il pour autant transgenre ? Lui-même ne le sait pas, lui-même n’est pas prêt à être vu, en dehors de la bulle du salon de discussion, habillé avec des vêtements féminins. Il n’est donc pas prêt à ce que Tasuku l’aide, croyant bien faire, à assumer une identité qu’il n’a pas encore construite. Compliqué ? Oui. Etre soi n’est pas simple.

Comme le montre la couverture du tome 3, l’intrigue de ce tome est centrée sur Tasuku et Tsubaki. Ce dernier a découvert que Tasuku, élève dans le même lycée que lui, s’impliquait dans le comité des chats, qui s’occupe de la rénovation de plusieurs bâtiments en ville. Point commun, dit-on, des membres du comité : ils seraient tous gays. Tasuku serait-il gay, lui aussi ? Ne pas répondre à Tsubaki, surtout pas, et plus que jamais, Tasuku pense que le silence est d’or, surtout face à la violence verbale que Tsubaki manifeste envers la communauté LGBT. Ce qui est plus intéressant, pourtant, c’est de montrer aux lecteurs que la bienveillance n’est pas forcément… si bienveillante que cela. Il est facile de se positionner face à quelqu’un qui se montre agressif, haineux, insultant. Il l’est moins face à quelqu’un qui pense se montrer bienveillant, comme cette jeune femme, mère de famille, qui surgit du passé d’Utsumi et ne cesse de le renvoyer à ce passé, ce passé où il était genrée au féminin, où il portait un prénom féminin – qu’il ne porte plus, puisqu’il est un homme – où il était une joueuse de volley. Oui, « elle » était grande, musclée, et son amie s’autorise ainsi à dire qu’il était déjà … masculin. Je me suis demandée si elle se croyait vraiment bienveillante ou si elle jouait un jeu, appuyant là où elle pouvait faire mal sans avoir l’air d’y toucher – et sans que l’on puisse lui reprocher quoi que ce soit. Pire : c’est même elle qui reprochait à Utsumi de ne pas s’engager assez pour les personnes « comme elle ». Parmi tous les personnages du manga qui se questionnent, Utsumi est justement celui qui a répondu à son questionnement, qui sait qui il est, ce qu’il veut faire, et ce qu’il ne veut pas faire. Et ce qu’il sait faire, c’est remettre l’autre à sa place, calmement.
Tasuku agira et réagira aussi, face à Tsubaki, osant dire ce qu’il pense. Avec quelles conséquences pour le tome 4 ?

Ce quatrième tome est le dernier, il est le plus émouvant aussi, ne serait-ce que parce qu’il ne prétend pas apporter des réponses toutes faites aux interrogations des personnages, à leurs questionnements – ou aux attaques dont ils sont victimes. Oui, l’homophobie est là, et bien là, les préjugés aussi, tant il est simple, tentant, de réduire une personne à son orientation sexuelle, alors qu’elle est bien plus que cela. La couverture annonce d’ors et déjà un des événements importants de ce tome : le mariage d’Haru et de Saki, couple que nous suivons depuis le premier tome. Si elles étaient sûres de leurs sentiments, pour l’une, faire son coming-out était pour elle un défi qu’elle n’était pas encore prête à relever. Alors l’a-t-elle fait ?

Ce dernier tome sera aussi l’occasion de revoir des personnages que l’on avait perdu de vue, comme Misora, ou d’en savoir plus sur un des personnages emblématiques de la série M. Tchaïko. Bien que je n’en ai pas beaucoup parlé, il est sans doute temps d’écrire que cette série est aussi très réussie d’un point de vue graphique. Les émotions des personnages sont parfaitement visibles, leur bouleversement intérieur, leurs brouillements, leur coup d’éclat aussi. La retenue n’est pas absente, et les émotions peuvent aussi être montrées avec beaucoup de pudeur – je pense à nouveau à M. Tchaïko.

Après ces quatre tomes, l’historie, leurs histoires ne sont pas terminés, parce que chacun poursuivra son parcours, sachant qu’il pourra compter sur les autres. J’ai été heureuse de découvrir cette série qui a traité avec délicatesse un sujet sensible.