Archive | 19 juin 2021

Les heures furieuses de Casey Cep

 

édition Sonatine – 400 pages

Présentation de l’éditeur :

Sur les traces du manuscrit perdu de Harper Lee.
Années 1970. Alabama. Le révérend Willie Maxwell est accusé de cinq meurtres. Avec l’aide de Tom Radney, avocat hors pair, il parvient à échapper à la justice… avant d’être abattu lors des funérailles de sa dernière victime présumée. En dépit des centaines de témoins présents, Robert Burns, son assassin, est acquitté – grâce, une nouvelle fois, à Tom Radney.
Dans la salle d’audience, une femme passionnée par l’affaire est venue de New York pour suivre les débats. Son nom : Harper Lee. Dix-sept ans après Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, elle trouve dans cette histoire tous les ingrédients pour écrire enfin son deuxième livre et rivaliser avec De sang-froid de son ami Truman Capote. Un an d’enquête dans la région, puis un an chez elle à travailler à sa propre version des faits, pour finalement aboutir à un manuscrit que personne ne retrouvera jamais.

Merci aux éditions Sonatine et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est par curiosité que j’ai voulu découvrir ce livre – et parce que j’aime beaucoup les éditions Sonatine aussi.

Harper Lee est une autrice que j’ai découvert par le plus grand des hasards, et je ne peux pas dire que la lecture de son roman Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur fut pour moi un coup de coeur. Je l’ai lu, j’ai passé un moment dans l’Alabama poisseux aux secrets bien cachés, et c’est ma foi tout. Ce n’est pas une raison pour ne pas découvrir le parcours de cette femme.

Tout commence avec l’envie d’écrire un livre, un autre livre que celui qui la poursuit depuis sa parution, livre qui l’a mise à l’abri du besoin, livre dont elle ne veut surtout pas parler – et elle donnera fidèlement son amitié à ceux qui respecteront ses choix.

Années 1970. L’Alabama a-t-elle changé ? Les proches du révérend Willie Maxwell décèdent les uns après les autres, sa première femme, sa seconde femme, son neveu, sa belle-fille…. Ils décèdent tous de morts violentes, pour ne pas dire assassinés. Les coupables ne sont pas retrouvés ou plutôt, le révérend est souvent soupçonné, presque toujours innocenté. Je dis « presque » parce que, alors qu’un nouveau procès s’ouvrait, Willie Maxwell est assassiné par un proche de la dernière victime. Pas de suspens inutile : tout comme le révérend lors de son premier procès, Robert Burns sera acquitté. Avoir un très bon avocat – le même pour les deux hommes, ironie du sort quand tu nous tiens – cela aide.

Essai ? Biographie ? Chaque partie de cette oeuvre est consacrée à l’un de ses protagonistes, le révérend, l’avocat ou l’auteur. Il nous parle également du contexte dans lequel l’action a eu lieu – si les assurance-vie n’avaient pas connu un immense essor, peut-être rien de tout ceci n’aurait eu lieu. Quant à Robert Burns « Big Tom », il a essayé de faire une carrière politique dans l’Alabama raciste des années 60-70, Etat qui n’appréciait pas vraiment que l’on puisse défendre les droits des Afro-américains. Le harcèlement, les menaces, ne sont pas seulement des fléaus de notre temps.

Et Harper Lee ? Nous suivons son parcours, de sa naissance, petite dernière d’une famille de quatre enfants, à sa mort; Nous la croisons avec Truman Capote, son voisin, son ami d’enfance avec qui elle partira enquêter – les notes de Nelle ne sont pas pour rien dans l’écriture de De Sang-froid. Nous suivons, avec elle, la difficulté d’écrire, la difficulté de recueillir un matériel, puis de le mettre en mot, en forme, de construire une oeuvre cohérente, pour ne pas dire construire une oeuvre tout court. Que veut-on dire, que veut-on démontrer quand on écrit l’histoire d’un révérend assassiné, de son assassin quasiment acquitté et de leur avocat ? Harper Lee a certainement écrit pendant des années, pendant toutes ses années, sans parvenir à écrire une oeuvre qui correspondrait à ses exigences, à ses attentes. Il est question aussi… d’écrire une oeuvre qui pourra être publié, qui conviendra à un éditeur. Oui, avant de trouver son public, un roman doit aussi trouver son éditeur.

Les heures furieuses est une oeuvre dense, complexe, qui nous parle à la fois de l’Amérique sudiste, de l’Amérique qui ne voit même pas ses dysfonctionnements, et de la difficulté d’être – d’être Harper Lee, tout simplement.