Archive | 17 juin 2021

Les dix mille mulets de Salvatore Maira

Présentation de l’éditeur :

Sicile, 1949. Le jeune éleveur de bétail Peppino Maiorana vient d’obtenir un marché mirifique : fournir dix mille mulets à la Grèce pour solder la dette de guerre de l’Italie. Une entreprise qui paraît impossible à réaliser, d’autant que Peppino doit faire face à deux obstacles majeurs : sa famille et la mafia. Mais il continue obstinément, zigzaguant entre les doutes et les menaces, convaincu qu’il tient là l’occasion de sa vie. Peppino trouvera un allié inattendu dans un singulier commissaire de police, Giulio Saitta, tout en ombres et lumières, marqué par un deuil qui nourrit son désir de vengeance. En face de la mer naît peu à peu, dans le port de Messine, une ville provisoire où se croisent paysans, marchands, mineurs, espions, prostituées, toute une foule de personnages désespérés, drôles, touchants, solitaires, qui essaient avec beaucoup d’imagination et sans trop de scrupules de se réinventer une existence sur les décombres de la guerre. Subversion néofasciste rampante, meurtres impunis, guérilla mafieuse, règlements de compte…

Cette épopée tragi-comique, qui mêle des faits et des personnages historiques à de multiples intrigues romanesques, toutes imbriquées, dresse un portrait sans concession de l’histoire politique et sociale de la Sicile de l’époque.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions du Rocher et Netgalley pour ce partenariat.

Je tiens à prévenir tout de suite : ce roman est un pavé. Il m’a fallu beaucoup de temps pour le lire parce que Les dix mille mulets n’est pas que l’histoire de Peppino Maiorana, il est l’histoire de la Sicile toute entière, la Sicile de l’après-guerre, qui peine à se relever de tout ce qu’elle a enduré, ou plutôt, la Sicile de l’après-fascisme. Il est dur de lire tout ce qui s’est déroulé pendant ces années-là. Je ne pensais pas que la Sicile (et l’Italie) avait autant souffert, avait autant subi – et qu’il restait encore, à l’aube des années 50, des personnes qui souhaitent avant tout protéger les anciens fascistes, voire même les porter à nouveau au pouvoir.

Les destins individuels se croisent et s’entrecroisent, comme autant de romans individuels qui nous montrent tout ce que l’amour, le désir, la violence, le désir de vengeance peuvent provoquer. Tous manifestent l’envie de s’en sortir, voire de changer de vie, et sont prêts à tout pour cela. Il est impossible d’imaginer, vu de France, l’extrême pauvreté que connaissent les siciliens – comme ils ne peuvent non plus imaginer, croire, que l’on peut vivre ailleurs, autrement.

Le poids de la religion est immense dans la vie quotidienne, elle jette l’opprobre sur les travailleurs, et j’ai ainsi l’impression de parler comme un militant, un de ceux qui veut que les choses s’améliorent, qui finit assassiner, son meurtre impuni. J’ai eu l’impression que rien ne pouvait changer réellement dans ces nombreux parcours de vie – mails il est tout de même des exceptions, rares, je le reconnais, des êtres qui parviennent à survivre, à s’en sortir, à tourner la page, aussi.

Il ne faut pas oublier, non plus, la Grêce, qui n’en finit pas de penser ses plaies elle aussi.

Les Dix mille mulets est un roman à découvrir pour ceux qui veulent en savoir plus sur la Seconde guerre mondiale.