Archive | 30 mai 2021

Blacksad, Tome 4 : L’enfer, le silence de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido

Présentation de l’éditeur :

Années 1950, La Nouvelle-Orléans, où la fête de Mardi gras bat son plein. Grâce à Weekly, un producteur de jazz dénommé Faust fait la connaissance de Blacksad. Faust demande à ce dernier de s occuper d une affaire : un de ses musiciens, le pianiste Sebastian, a disparu. Il n a pas donné signe de vie depuis des mois, mettant en péril le label musical privé d une star. Faust craint que Sebastian ait, une fois de trop, sombré dans la drogue. Sa requête est d autant plus pressante que Faust se sait atteint d un cancer. John accepte la mission et découvre peu à peu que Faust ne lui a pas tout dit. Il s aperçoit qu il est lui-même manipulé, mais décide tout de même de retrouver Sebastian pour comprendre les raisons de sa disparition. Il ne sait pas encore qu il va connaître son enquête la plus éprouvante, à plus d un égard.

Mon avis :

Une relecture, pour clôturer pour moi ce mois espagol et sud-américain, le 50e billet de ce mois.

Le titre est une référence à la formule de Sartre : « L’enfer, c’est les autres », et John Blacksad nous démontre dès la première planche de la BD que pour lui, l’enfer, c’est un endroit sans bruit et sans ses amis. Weekly est bien d’accord, lui qui regarde une belle panthère faire son numéro sur scène. las ! Leur client n’est pas là, enfin, celui qui devait leur présenter une affaire. Faust, celui qui a l’habitude de visiter ses musiciens en prison (cela aurait-il un lien avec leurs couleurs de peau ?) veut que Blacksad retrouve un de ses musiciens, un pianiste de génie, perdu de  vue depuis un mois, et peut-être perdu dans l’enfer de la drogue.

S’il est un mot pour qualifier cette série de BD, c’est le mot « chef d’oeuvre ». J’ai adoré ce tome, qui nous plonge dans la Nouvelle Orléans au temps où la frénésie du jazz envahissait la ville et la Nouvelle-Orléans est une ville que j’aime particulièrement, avec son ambiance poisseuse, déroutante (je vous conseille d’ailleurs la série Treme, si vous ne l’avez déjà vue). Les dessins sont toujours aussi magnifiques (j’ai lu tous les autres tomes, et je cherche encore où j’ai rangé le 5 depuis le déménagement de 2014 )et nous plonge dans la liesse populaire de Mardi gras, ou dans le dénuement le plus absolu (la maison de Hannah, pour ne citer que ces planches poignantes).

Blacksad est égal à lui même, c’est à dire humain, très humain, et près à aller jusqu’au bout de son enquête quitte à découvrir le pire dont l’être humain est capable. Il a beau y avoir déjà été confronté dans les trois tomes précédents, il ne s’habitue pas à ce que je qualifie d’horreur humaine ordinaire. Ce n’est pas peu dire, croyez-moi, et c’est pourtant tristement banal. La vie de John est mise en danger, tant ce qu’il a découvert est particulièrement explosif – pour tous. Les retours en arrière sont parfois un peu déroutants, ils nous permettent pourtant d’en savoir plus sur ce qui a entraîné la tragédie actuelle.

Un superbe volume des aventures d’un superbe chat noir et de son ange gardien- un double album est prévu pour l’automne.

Une citation pour terminer, qui fait référence à un moment-clef du récit :

– Est ce qu’il existe un seul félin qui aime l’eau ?
– En tout cas, on dirait que tu as une étrange tendance à t’y laisser tomber.
– Nous nous connaissons ?
– Peut être bien. Après tout, nous sommes des chats tous les deux. Nous avons dû nous croiser dans l’une de nos neuf vies.

J’ajoute cette seconde citation :

Dans ce boulot, la logique est plus utile que n’importe quelle arme à feu.