Archive | 12 mai 2021

Ceci n’est pas mon corps d’Enguerrand Guépy

Présentation de l’éditeur :

Sous la plume d’Enguerrand Guépy, l’affaire Yves Dandoneau devient une fable grinçante haletante. Dans la nuit du 6 au 7 juin 1987, sur une petite route de l’Hérault, une voiture percute un rocher. A l’arrivée des pompiers, elle est en flammes, et le corps à l’intérieur totalement carbonisé. « Maintenant, il lui fallait un corps, il lui fallait de la chair à offrir à son impeccable scénario, un corps qui ne servirait plus, un corps qui serait presque son corps mais tout à fait, néanmoins suffisamment ressemblant pour que personne ne s’étonne, ne pose de questions, pour que tout cela s’apparente à un banal accident, un accident de rien du tout comme il en arrive tous les jours, le genre de pépin qui rythme le quotidien des urgences et fait trois lignes dans la feuille de chou locale. Mais où le trouver ?

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce livre court (200 pages) est difficile à lire sans se mettre en colère. Yves Dandonneau rêve d’une vie meilleure. Une revanche à prendre sur son enfance. C’est son droit le plus absolu. Vouloir escroquer les assurances pour cela, non. Se penser supérieur à un autre être humain, le tuer pour le mettre à sa place, non encore.

Ce livre contient des pages sombres sur ce qu’Yves pense des SDF, qu’il méprise et compare à des déchets. En contraste, les pages consacrés à Joe, SDF sans illusion sur son avenir, sur les autres, sur ce qui l’a amené dans la rue, sont lumineuses. Oui, l’on s’ennuie auprès d’Yves, tout en se demandant jusqu’à quel point il croit les bobards qu’il se dit. Quant à Cécile, la femme de sa vie, sa complice, elle partage avec lui cette même suffisance. Elle est presque caricaturale dans sa posture d’amoureuse transie, qui ne peut se passer de son homme. J’ai parfois eu l’impression qu’Yves regardait sa vie, au lieu de la vivre. Ah, c’est vrai : ce n’est plus la sienne puisqu’il est mort, c’est celle du personnage qu’il s’est composé.

La fin était connue, puisque le récit est inspiré de faits réels. J’ai apprécié la logique des enquêteurs, leur ténacité aussi. On ne parlera jamais assez de l’importance de la sécurité. On ne parlera jamais assez de l’importance des vies humaines – de toutes les vies humaines.