Archive | 11 mai 2021

Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu d’Ajali Sachdeva

Edition Albin Michel – 292 pages
Présentation de l’éditeur:
Mêlant passé, présent et avenir, Anjali Sachdeva signe un premier recueil magnétique et délicieusement inventif qui plonge le lecteur entre effroi et émerveillement. S’y côtoient une femme, au temps de la conquête de l’Ouest, qui attend son mari dans une maison perdue au milieu des Grandes Plaines et finit par trouver refuge dans une grotte secrète ; deux jeunes Nigérianes kidnappées par Boko Haram se découvrant le mystérieux pouvoir d’hypnotiser les hommes ; ou encore un pêcheur embarqué sur un morutier qui tombe éperdument amoureux d’une sirène dont chaque apparition engendre une pêche miraculeuse…
La prose étrange et magnifique d’Anjali Sachdeva embrasse le connu et l’inconnu avec une grâce et une puissance rares. Chacune de ses nouvelles interroge les forces implacables, cruelles ou bienveillantes, qui nous gouvernent, et donnent au lecteur la sensation de marcher sur un fil. Une révélation.
Merci aux éditions Albin Michel pour leur confiance.
Mon avis :
Il n’est pas facile de chroniquer un recueil de nouvelles, genre hélas sous-estimé en France, sans tomber dans les clichés. Vais-je les éviter ? J’essaierai en tout cas !
Dans ce premier recueil, Anjali Sachdeva nous emmène dans des univers différents, des univers qui ne sont pas forcément les miens, et parvient à faire se côtoyer la science-fiction, le policier ou le roman historique – s’il faut voir un lien entre les nouvelles, je vois d’abord une progression chronologique. Je vois aussi l’émotion que peuvent nous procurer les personnages. Je m’attarderai ainsi sur la première héroïne, Sadie. Albinos, elle ne supporte pas la lumière du jour, et effraie ceux qui la croisent – ne pas aller plus loin que ce que la superstition ou la crédulité leur dicte. Elle est pourtant mariée, depuis peu, et attend le retour de son mari, parti chercher fortune ailleurs. Elle est seule, inexorablement mais elle explorera une grotte, qu’elle a découverte, seule, toujours. Son destin, son courage, sa dignité aussi, sont poignants.
Jusqu’où peut-on aller par amour ? Très loin. C’est ce que fait Henrick van Jorgen, l’un des personnages principaux de « Poumons de verre » pour sa fille. Danois émigré à New York, il est resté handicapé après un accident du travail, comme nous dirions de nos jours. Mais nous ne sommes pas de nos jours, nous sommes et c’est avec courage qu’il prendra soin de sa fille, qu’elle prendra soin de lui, et qu’au bout du compte, ils se retrouveront en Egypte, à la recherche d’un tombeau.
Jusqu’où peut-on aller pour survivre ? Oui, les deux héroïnes de « Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu » se vengent, elles se vengent de ceux qui les ont enlevées, violées, torturées, mariées de force. C’est une vengeance extra-ordinaire, une vengeance qui les fait aussi, non pas retourner dans leur vie d’avant, elles savent que c’est impossible, mais de renouer avec elle, peu à peu, sans être constamment dans la crainte.
J’ai trouvé presque drôle, en comparaison, l’aventure de Robert dans « Logging Lake ». Il a rompu avec Linda, sa compagne de longue date, il a rencontré une autre femme, Terri, et voici que lui, le sportif du dimanche (et encore) se retrouve à partir en randonnée. il vivra des péripéties parfois cocasses, parfois tragiques, et restera avec une énigme non résolue, et une vie remise dans… le droit chemin ? Peut-être.
Autre nouvelle qui se teinte de policier, « Tout ce que vous désirez » est l’histoire d’une jeune femme prisonnière de son milieu aisé, prisonnière de son père, et qui tend à s’émanciper, tout en cherchant à obtenir l’homme qu’elle désire. Au lecteur de voir jusqu’à quel point elle suit les préceptes de son père, et à quel point elle peut s’en désolidariser.
En écrivant cet article, j’ai déjà l’impression de beaucoup trop en dévoiler, et de risquer de gâcher le plaisir de lectures, si je parlais trop par exemple de « Robert Greenman et la Sirène »  ou de « Tueur de rois » qui sont deux nouvelles teintées de fantastique. Cependant, si vous aimez la science-fiction, les nouvelles « Manus » ou « Les Pléiades » devraient vous interpeler, vous questionner, sur ce que l’être humain est prêt à accepter, ou sur ce que l’être humain est capable de tenter. Pour le meilleur ? Parfois oui. Il est des personnes qui sont capables d’aller très loin pour faire (enfin) réagir les autres.
Un superbe recueil.

Des jumeaux à Versailles, tome 1 : Roi-Soleil, nous voilà ! de Nathalie Somers

Présentation de l’éditeur :

Depuis la disparition de leurs parents, les jumeaux Louise et Nicolas passent leurs journées à apprendre le chant et l’escrime. Repéré par l’évêque du Roi, Nicolas est appelé à la cour pour intégrer le choeur royal, et avoir l’immense honneur de chanter pour Louis XIV. Malheureusement, seuls les garçons ont cet insigne honneur, et Louise n’a pas le droit de l’accompagner ! Qu’à cela ne tienne, la jeune fille déterminée a plus d’un tour dans son sac pour rejoindre son frère !

Merci à Netgalley et aux éditions Didier Jeunesse pour leur confiance.

Mon avis :

Les jumeaux sont rarement présents de manière positive dans la littérature. Aussi, je suis heureuse de lire un roman de littérature jeunesse dans laquelle des jumeaux dizygotes (je n’aime pas le terme « faux jumeaux ») s’entendent bien et se soutiennent, même si leur vie n’est pas toujours facile.

Nicolas et Louise sont orphelins, leur père et leur mère sont morts sans que leur décès respectifs soient liés. Il existe cependant un aura de mystère autour de leur père, le portrait dressé par les uns ou par les autres ne correspond pas forcément. De même, leur mère avait quelques secrets, dont ses enfants ne devaient pas avoir connaissance tout de suite. Peut-être aurons-nous des réponses dans un prochain tome.

Nicolas et Louise ont cependant de la chance dans leur malheur, ils sont élevés par Honorine, qui sait soigner les blessures diverses que ne manquent pas de se faire les jumeaux, et par maître Jacques qui, contrairement à son homonyme, n’est pas cocher/cuisinier mais maître d’escrime. Leur éducation n’est pas forcément celle que l’on attend, surtout pour Louise. Cependant, un jour, Nicolas est repéré par l’évêque du Roi, non à cause de ses talents d’escrimeur (cela peut cependant être utile) mais pour ses talents de chanteur. Hélas, seuls les garçons peuvent chanter dans le choeur royal, et Nicolas doit laisser Louise derrière lui – obtenir un privilège du roi sera à long terme bénéfique pour sa soeur aussi.

Le Roi, c’est Louis XIV, le roi Soleil, que l’on verra peu, mais que l’on devinera, parfois. Dans la seconde partie du roman, le personnage principal, c’est Versailles, son organisation, le désir qu’ont les nobles d’y vivre, d’y obtenir des postes convoités. Ils sont prêts à payer très cher pour y établir leurs enfants. Et, dans l’attente d’un établissement, tous les coups peuvent être permis.

Un roman qui, je l’espère, trouvera un large public de jeunes lecteurs.