Archive | 2 mai 2021

Des palmiers dans la neige de Luz Gabas

éditions Charleston – 888 pages

Présentation de l’éditeur :

« Elle va bien, elle est très forte, elle n’a pas eu le choix. » Un fragment de lettre, découvert par hasard, et toutes les certitudes de Clarence de Rabaltué s’effondrent. Bercée dès l’enfance par les récits de son père, elle croyait tout savoir de cette jeunesse passée sur l’île tropicale de Fernando Póo, en Guinée espagnole. De l’odeur enivrante du cacao, de la richesse de la végétation et du soleil écrasant… Mais elle ignore tout de cette mystérieuse « elle » et de son lien avec son père. Et s’il existait une tout autre vérité, loin de l’histoire familiale officielle ? Un passé fait de secrets, d’amours interdites, de conventions sociales bafouées et de danger… Clarence s’envole pour la Guinée, déterminée à remonter le temps jusqu’à cet hiver 1953 où tout a commencé. À la fois grande saga familiale et fresque épique, le récit traverse les océans, les générations et nous confronte à l’un des aspects les plus sombres de notre passé colonial.

Merci aux éditions Charleston et au forum Partage-Lecture pour ce partenariat.

Mon avis :

Lire ce livre, c’est me plonger dans un genre littéraire qui n’est pas mon genre de prédilection, dans une littérature (la littérature espagnole) que je fréquente peu. C’est aussi découvrir un univers qui est très éloigné du nôtre.

Pourtant, l’action débute quasiment de nos jours – en 2003. Nous découvrons une famille unie, autour de Clarence et de sa cousine Daniela. Elles ont toutes deux entendu les récits de Jacobo, le père de Clarence, et de Kilian, celui de Daniéla, leurs jeunes années en Guinée espagnole. Il faut une lettre, découverte par hasard, il faut le conseil de Julia, une amie de la famille, pour que Clarence souhaite percer ce secret de famille, et décide de partir à son tour pour la Guinée. Je dis bien « à son tour », parce que son père, son oncle, son grand-père avant elle avait fait le chemin. Et voilà le lecteur reparti cinquante ans en arrière, pour le tour premier voyage de Killian de Rabaltué vers la Guinée. Je me suis interrogée, forcément, sur ce qui pouvait pousser des jeunes gens à quitter leur village natal, les montagnes enneigées, leur famille, pour une autre contrée – censée faire tout de même partie de leur patrie. Le goût de l’aventure ? L’argent ? Le fait de devenir un homme loin des regards de ceux qui l’ont vu grandir ? Un peu de tout cela à la fois.

Je vois dans Des palmiers dans la neige le roman de la défaite des femmes, de prime abord. De Mariana, la femme d’Anton, la mère de ses six enfants – dont trois parviendront à l’âge adulte. Elle a dû tout gérer seule, jusqu’au bout. De Catalina, sa fille, dont la santé chancèlera à chaque coup du sort. De ces femmes laissées en Afrique, parce qu’il est celle que l’on épouse, et celle avec qui l’on satisfait ses appétits sexuels. L’autrice ne cautionne pas cet état de fait, elle montre comment les hommes voyaient les femmes – comment certains les voient encore. Il y aura toujours des femmes qui se sentiront supérieures aux autres parce qu’elles seront passées devant monsieur le maire et monsieur le curé, qui fermeront les yeux sur les frasques de leurs maris, parce que c’était il y a longtemps, parce que c’était loin, parce qu’elles ne se sentent pas concernées par ce qui peut arriver à d’autres femmes.

Le roman prend son temps, il pose les personnages, que ce soit dans le passé, ou dans le présent. Il nous montre comment l’on vivait en Guinée espagnole, comment l’on semblait croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, que les espagnols avaient amené la civilisation, la religion, une nourriture abondante aussi aux habitants de ce pays qui, sans eux, n’auraient jamais aussi bien valorisé les terres de leur pays, ni autant travaillé. Quand je dis « travailler », oui, les ouvriers touchent un salaire, ne pourront jamais accéder à certains postes – parce qu’on ne les en pense pas capable, parce qu’ils ont réservés aux colons – mais leur condition de travail, l’usage de châtiments corporels, le non-respect de leur coutume, de leur croyance, nous rappellent que le souvenir de l’esclavage n’est jamais loin.

Alors oui, une histoire d’amour impossible prend place dans ce récit, elle n’est pourtant pas la part la plus importante de l’histoire. Elle a existé, mais ce n’est pas seulement elle qui provoquera la prise de conscience de Clarence, les profonds changements qu’elle effectuera dans sa vie. Révéler des secrets de famille peut être libérateur ou dévastateur. Je dirai même qu’il y a eu deux histoires d’amour « impossible », si ce n’est que pour la deuxième, les deux protagonistes ont fait le choix de la séparation, pour des raisons qui leur sont propres, non à cause de la pression de la société.

Des palmiers dans la neige, qui a été adapté au cinéma en 2015, est finalement un mélange des genres, entre roman historique et roman contemporain, sans oublier une touche de romance.

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