Fissuré d’Odéric Delachenal

édition Métailié – 144 pages.

Présentation de l’éditeur :

Odéric Delachenal a travaillé pour la Coopération en Haïti de 2008 à 2010. Le 12 janvier 2010, à 16 heures 53 minutes 10 secondes, il vit le grand séisme de Port-au-Prince. Cet après-midi-là, la capitale s’effondre avec lui. Alors, sans relâche, le jeune éducateur erre dans des décombres de fin du monde. Soigner, secourir, fouiller les gravats. Il arpente la ville exsangue, à la recherche de ses amis, des enfants qu’il est “censé” protéger. Comment se détacher du pire quand, atteint au cœur, on est désemparé ? Comment continuer lorsqu’on rentre en France, “ce pays en paix”, et qu’on s’immerge dans l’absurdité d’un travail social où on doit “trier” les enfants migrants ? Dix ans après Haïti, l’auteur lit Dany Laferrière et comprend qu’il y a des gens, comme des maisons, “qui sont profondément fissurés à l’intérieur et qui ne le savent pas encore… ces derniers sont les plus inquiétants, le corps va continuer un moment, avant de tomber en morceaux un beau jour. Brutalement. Sans un cri”. Odéric Delachenal décide donc de témoigner. Avec une honnêteté déchirante il tente de mettre son cataclysme en mots, de montrer, avec une force narrative magistrale, les contradictions et les cicatrices de ceux qui rêvent d’aider et sont hantés par la brutalité de leur insignifiance. Un récit d’une sincérité bouleversante sur les fissures de l’âme/

Merci aux éditions Métailié et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Je ne me vois pas dire « il faut lire tel ou tel livre », non. Je pense que, pour lire un livre, il faut que ce soit un choix personnel, l’envie de lire un livre qui traite d’un sujet en particulier. Ainsi de Fissuré. Si j’ai choisi de lire ce livre, c’est d’abord à cause de la citation de Dany Laferrière, dont j’ai lu voici quelques temps Tout bouge autour de moi. Lire un autr regard sur Haïti, sur le tremblement de terre.

Odéric Delachenal écrit dix ans après, parce qu’il a eu besoin d’écrire, de raconter pour… remonter la pente ? se reconstruire ? tenter de réparer ce qui avait été fissuré ? Il est parti en Haïti pour aider les enfants des rues dans le cadre d’une ONG. Dit ainsi, on pourrait presque croire que c’est facile. Son récit nous montre un dénuement extrême, inimaginable vu de France. Travailler pour cet ONG, c’est faire avec … rien. Ou presque rien. C’est avant tout donner de son temps, dans un pays où la corruption se pratique à très grande échelle, et où ceux qui en ont besoin ne voient pas arriver ce qui auraient dû leur revenir. Lire à cet égard la réponse des « grandes » ONG qui ne peuvent aider pour cette année parce que leur budget est déjà bouclé. Cynisme ? Oui, à l’image du gigantesque buffet offert lors de cette réunion, dans lequel certains participants puisent pour ramener auprès des leurs.

La nourriture est au coeur du problème. Il ne s’agit même pas de manger tous les jours à sa faim, mais de trouver à manger tout court. Le narrateur, à son retour, ou plutôt quelques années après son retour, se retrouvera ainsi plongé dans une sorte de boulimie, dont il parle sans fard : « Je bouffe sans cesse, j’ai toujours faim. L’impression que jamais plus je ne pourrai être rassasié. Je mange pour dix, pour cent, je mange pour tous les affamés dont j’ai croisé la route. »

La nourriture, le toit, les soins. Ceux qui étaient dehors, ceux qui n’étaient pas encore rentrés chez eux, sont ceux qui ont eu le plus de chance de survivre lors du tremblement de terre. Et à ceux qui ont survécu de chercher, en premier, ceux qui sont peut-être coincés sous les décombres, de donner les premiers soins, tout en sachant qu’ils ne serviraient peut-être à rien. Comment soigner quand les hôpitaux sont débordés et manquent de tout ?

J’ai eu, souvent, l’impression de lire un témoignage brut, c’est à dire un témoignage pas policé, un témoignage qui ne cherche pas à plaire, celui d’un homme qui jette un regard lucide sur son parcours de vie cabossé, sur le travail qu’il a accompli puis lâché en France, parce que ce travail n’aidait pas réellement ceux avec lesquels, pour lesquels il travaillait.

Fissuré – une oeuvre noire, désespérée et sincère.

11 réflexions sur “Fissuré d’Odéric Delachenal

              • Non, je pense que c’est le contraire : en ne voulant pas entendre ce que l’autre a à dire, en ne devait pas réfuter ce qu’il dit, ou le contredire s’il dit des conneries (des chiffres faux et autres), c’est en fait bien plus reposant… Tu te fermes aux idées qui ne sont pas les tiennes et tu évites la migraine au cerveau, la fatigue, la langue qui n’en peut plus…

                Enfin, c’est ce que je pense 🙂

              • C’est fatiguant dans le sens où il y a double combat : d’un côté, la forme, avec le choix des mots qui a déplu et qui doit être justifié (par la personne qui les a utilisés), et après avoir passé un temps fou sur des broutilles, on en vient aux arguments (au fond donc) s’il n’a pas été perdu de vue entre temps. Sur ce point, je pense au titre du roman d’Agatha Christie « Ils étaient dix », anciennement « Dix petits nègres ». Ceux qui ont passé des heures, par article interposé, à se disputer au sujet du titre, ont-ils parlé à un seul moment de l’intrigue ? Non.

              • Non, jamais, sauf ceux qui connaissaient le roman et qui savaient que l’île se nommait ainsi et que c’était tiré d’une comptine. Rien de raciste là-dedans. En Amérique, tu ne peux plus dire le N-word mais tu peux tuer un Noir de plusieurs balles dans le dos, alors qu’il retournait à son véhicule et tu peux aussi en étouffer un autre pour suspicion de faux billet de X $ (une peccadille). La preuve qu’interdire le mot tabou n’arrange pas le racisme. Je déteste ce mot en injure adressée à une personne (ou plusieurs) mais pas en mot « simple » dans un texte parce que c’est ainsi que le personnage pense (comme dans un Ellory où il doit le citer 658 fois).

                À la fin, on s’auto censure et c’est le pire.

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