La rivière des disparues de Liz Moore

Présentation de l’éditeur :

Kensington, Philadelphie. Dans ce quartier gangréné par la drogue se croisent deux soeurs autrefois inséparables.
Aujourd’hui, tout les oppose. Mickey, l’aînée, la protectrice, a rejoint la police. Kacey a sombré dans la drogue et se prostitue pour acheter des opioïdes.
Quand Kacey disparaît à nouveau, alors qu’une série de meurtres fait rage dans le quartier, Mickey n’a plus qu’une obsession : retrouver le coupable, et sa soeur, avant qu’il ne soit trop tard.

Mon avis :

Cela ne se voit peut-être pas trop, parce que j’avais beaucoup d’avis programmés en avance, mais depuis le 24 mars et les jours qui ont suivi, j’ai beaucoup de mal à me concentrer sur la lecture d’un « gros » livre, et j’en ai beaucoup qui attendent d’être lus, voire même d’être terminés. Avec La rivière des disparues, ce n’est pas le cas. Je me suis plongée dedans, j’ai été attirée parce cette histoire dont on pourrait dire que ce n’est pas qu’un roman policier, et je l’ai terminée très rapidement.

La narratrice, c’est Mickey, diminutif de Micaela. Elle est policière. Elle patrouille dans les rues de Philadelphie et elle aime son métier. Elle a un fils, Thomas, auquel elle consacre le plus de temps possible. Son père ? J’ai aimé non que l’on découvre tardivement son identité, mais que les pièces du puzzle se mettent en place peu à peu, dressant de lui un portrait peu reluisant – à mes yeux – et illustrant aussi, quelque part, la naïveté de Mickey, qui pourtant côtoie le pire, tous les jours, dans ses patrouilles. Kacey, sa soeur, a à son égard un jugement extrêmement lucide – que Mickey n’a pas voulu admettre, à l’époque. Force est de constater qu’elle avait pleinement raison – et sa sœur aînée de regretter de ne pas lui avoir fait confiance.

Mickey/Kacey, deux soeurs qui se ressemblent et dont la vie a pris des chemins différents. Pour quelles raisons ? Le lecteur le découvre au fur et à mesure de sa lecture qui bouscule la chronologie sans que jamais je ne me sois sentie perdue. Mickey et Kacey sont devenues orphelines très jeunes, et ont été élevées par leur grand-mère maternelle, qui ne s’est jamais remise de la mort de sa fille unique, qu’elle avait élevée seule après son veuvage. La cause de sa mort ? On la comprend à demi-mot, et Gee, la grand-mère, de reprocher à son gendre d’avoir fait tomber/sombrer sa fille sans la dépendance, éjectant son gendre de la vie de ses petites-filles, sans que celui-ci ne fasse apparemment grand chose pour s’occuper d’elles. Gee, d’ailleurs, les a élevées dans le sens « élevage » du terme, leur apprenant que la vie est dure, les sevrant de toute marque d’affection, affection qu’elles ne pouvaient guère trouver qu’auprès de leur sœur, ou auprès de leurs proches. Et leur proches ont aussi pris, parfois, des chemins de traverse, des chemins dangereux.

Mickey est devenue policière, sa soeur est devenue prostituée pour se payer sa drogue, et Mickey voit sa soeur, souvent, trop souvent, et l’ignore, souvent aussi. Sauf que cela fait un mois que sa soeur n’a pas donné signe de vie, un mois que personne ne l’a vue – et un corps est retrouvé, dans le secteur où Kacey travaillait. Ce ne sera que le premier.

Le portrait de la ville de Philadelphie ainsi dressé est sombre. La police a beau arpenter certains quartiers, elle n’empêche ni la violence, ni le trafic de drogue, ni la prostitution. Les policiers de terrain sont la plupart du temps dépassés, leurs supérieurs ne semblent pas toujours concernés et les habitants de Kensington (oui, comme Kensington Palace) n’aiment pas les flics, n’aiment pas parler aux flics, n’aiment pas que les flics rentrent dans leurs boutiques. Dans les quartiers plus huppés, ce n’est pas tellement mieux – pas de flics non plus dans les établissements, cela fait désordre. Mickey est à mi-chemin entre ses deux mondes, elle qui a tenu à scolariser son fils dans le meilleur établissement possible, tant que son père payait la pension. Après, elle a dû faire des choix, ce qui ne l’empêche pas de veiller sur lui, de s’occuper de lui chaque soir et de payer une baby-sitter quand elle travaille. Elle lit aussi quantité de livres sur l’éducation, et je m’étonne que tous déconseillent le co-dodo, pourtant abondamment pratiqué par… presque toutes les familles que je connais, et leurs enfants ne s’en sont pas plus mal portés ! Le fait de ne pas avoir eu de modèle parentaux, d’être, à son tour, mère célibataire, a-t-il crée ce sentiment d’insécurité ? Là aussi, le fil du récit nous en dira plus, et franchement, je n’avais rien vu venir.

Le refuge est peut-être à cherche dans l’état voisin, le Delaware, état où tout semble paisible, où l’on peut se sortir de la drogue, de la dépendance, être quasiment apaisée, enfin. Non, ce n’est pas un univers rêvé, mais le lieu paraît stable, par rapport à Philadelphie, sa violence, et la possibilité d’une vie meilleure y semble possible. Et pourtant… Le roman dénonce à la foi les violences policières, insidieuses, couvertes par la hiérarchie, mais aussi le fléau qu’est la dépendance à la drogue, et les conséquences pour les enfants. Ou comment sevrer un bébé déjà dépendant aux substances que prenait sa mère durant sa grossesse.

5 réflexions sur “La rivière des disparues de Liz Moore

  1. Pingback: Liz Moore, La rivière des disparues – Lettres exprès

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