Tous debout d’Agnès Marot et Cindy Van Wilder

Présentation de l’éditeur :

Quand les élèves d’un lycée lèvent le poing pour défendre leur camarade sans-papiers bientôt explusé…
D’un côté, il y a Anton, un jeune homme banal en apparence. Pourtant, le soir, il se cache derrière le pseudo de Gossip Boy pour jouer les justiciers sur Tumblr (et balancer les pires ragots du bahut). De l’autre,il y a Méloée, une jeune fille passionnée et pleine d’énergie, qui craque sur Rahim, le petit nouveau au lycée. Sous ses airs de garçon sans histoires, le mystérieux Rahim se retrouve vite au centre de toutes les attentions. Surtout lorsqu’Anton découvre qu’il est sans- papiers… une révélation de choix pour Gossip Boy ! Plus croustillant encore, ce dernier tromperait la pétillante Méloée avec Mathis….
Bientôt, les événements prennent une tournure qui les dépasse. Rahim sur le point d’être expulsé, les élèves doivent mettre leurs différends de côté pour faire cause commune.

Merci à Babelio et aux éditions Hugo New Way pour ce partenariat.

Avertissement : ce livre est l’objet d’une polémique, comme internet sait si bien en faire. Je l’ai découverte au moment où je lisais ce livre. Comme d’habitude, je vais essayer d’écrire mon ressenti le plus juste possible. Je tiens à préciser que je n’ai aucunement l’intention de remettre en cause le travail de Agnès Marot et Cindy Van Wilder, leur sérieux et leur investissement.

Mon avis :

Quelle bande de petits cons ! Oui, je le pense, donc je l’écris. Oui, on a le droit de s’insurger devant le comportement de certains lycéens. Mais reprenons par le début.
Les deux narrateurs principaux de ce récit sont Anton et Méloée. Anton est l’un des personnages le plus complexe du récit. Je n’ai pas eu envie de coller des tartes, comme certains aimeraient bien le faire, parce que j’ai trouvé ses contradictions et ses engagements très intéressants. Son tumblr (il n’est pas à la page) qui distille des ragots et peut, à l’occasion, provoquer une catastrophe non voulue ? Mais, en trois ans d’existence, personne ne s’est indigné ou n’a tenté une action pour le faire taire. Surtout, le nombre de ses followers est énorme, et je ne parle même pas des commentateurs crachant leur haine derrière l’écran. Oui, ce qui me choque le plus est qu’aucun adulte n’ait agi. Pire : la professeur de français s’en sert même comme base pour son cours (et la vie privée de ceux qui s’y trouvent exposés, on en parle ?) ! J’ajoute qu’elle affirme (p. 56) que la loi pour le mariage pour tous a été votées en 2015. Coquille ? C’était en 2013, je m’en souviens très bien, je me souviens très bien de la réaction de mes élèves de l’époque, choqués que la loi n’ait pas été votée plus tôt « parce que chacun doit avoir le droit de se marier ». Et d’inviter ses copains à son mariage.
Anton, petit-fils d’immigrés, qui ont mis un point d’honneur à mettre en avant leur athéisme – je n’ai rien contre les athées, j’ai simplement quelque chose contre ceux qui ne respectent pas la foi d’autrui – apprécie peu sa tante Léa, toute entière au service des sans-papiers. Mouais. Elle est surtout dans le paraître, dans l’esbroufe. Il faut être vu, il faut faire le buzz – un peu ce que fait son neveu, finalement. Par contre, je l’imagine mal sur le terrain, dans les camps de réfugiés, prenant des risques pour leur porter de la nourriture, des vêtements. Elle, et d’autres, sont ce fameux « chevalier blanc » qui parcourt l’œuvre. Le chevalier blanc, c’est, de nos jours, une personne qui a le besoin compulsif de sauver (dans son cas, avec le minimum d’implication personnelle). Et c’est fou le nombre de personnes qui vont vouloir sauver Rahim.
Oui, c’est un regret, Rahim ne fait pas entendre sa voix trop souvent, si ce n’est dans les textes qu’il écrit. Peut-être tout simplement parce que s’exprimer à cœur ouvert serait dangereux, lui qui connaît, depuis bien avant sa fuite, la nécessité de se taire, de taire qui l’on est vraiment. Peut-être aussi parce que, quand il parle, quand il exprime ses volontés, eh bien personne ne l’écoute ! Tout le monde sait exactement ce qui est bon pour lui, ce qu’il faut faire pour lui, un peu comme si le fait d’être un réfugié d’origine iranienne l’infantilisait définitivement.
Oui, je n’ai pas encore parlé de Méloée, parce que c’est le personnage que j’aurai dû aimer, et que, finalement, je n’ai pas apprécié plus que cela. Je dirai même qu’elle m’a hérissée, bien plus que ce fourbe honnête, ce traitre de tragédie qu’est Anton. Un « beau méchant » comme je les aime. Pourquoi ? Après tout, elle est la seule à avoir voulu s’opposer à Gossipboy, la seule à avoir écrit (anonymement) un commentaire fort bien construit pour critiquer ce qu’il écrivait. Elle mettra tout en œuvre pour que Rahim reste en France, payant largement de sa personne. Alors ? Alors, quand elle nomme Rahim son bel iranien, j’ai tiqué. J’ai pensé à Laurence Boccolini qui s’offusquait (à juste titre ! ) que l’on appelle son mari « son Tahitien ». Ce ne sont pas des chiens ! Je me suis vraiment sentie mal à l’aise dans la manière dont Méloée décrit Rahim comme s’il était un trophée, un fétiche, le seul garçon « différent » du lycée, et qu’elle avait réussi à le « décrocher », un peu comme on décroche une timbale. Méloée est une raison pour laquelle Rahim ne s’exprime pas : elle ne le laisse pas parler. Non qu’elle soit une bavarde impénitente, c’est tout à fait courant, mais elle plaque sur Rahim ce qu’elle pense savoir sur lui, sur les iraniens, sur les réfugiés, sur les sans-papiers, n’étant pas attentive à ce que lui ressent véritablement, à ce que lui a vécu. Comment se confier à quelqu’un qui croit tout savoir de vous, alors qu’elle en est à des années-lumières ? Oui, c’est difficile. Elle est tellement parfaite à tout point de vue, Méloée !
J’ai failli oublier Mathis. Il est gay, il est le seul gay de la classe, peut-être même de l’établissement, ou plutôt, le seul à affirmer ses goûts. Là encore, c’est un personnage que j’aurai aimé voir plus – peut-être parce qu’il est un des rares à ne rien avoir à cacher. Oui, il y a la masse de tous les autres, ceux qui sont homophobes, racistes, islamophobes, ouvertement, ou avec la subtilité d’un éléphant en train de prendre le thé (oui, l’humour contre la bêtise, cela peut faire du bien), ceux qui sont prêts à agir, mais certainement pas pour aider les autres.
Alors, oui (bis, soupirs, tout ce que vous voulez), on voit un lycée s’élever contre l’expulsion d’un des siens. Euh, qui s’est préoccupé du si discret Rahim jusqu’à présent ? A cause de qui se retrouve-t-il dans une situation délicate ? C’est bien de se donner bonne conscience – pendant quelques jours, quelques heures, quelques minutes de témoignages dans une vidéo.
Alors… je laisse à certains le soin de dire que je n’ai pas compris le livre, que je suis trop âgée, pas assez engagée, etc, etc… La lecture de ce roman m’a trop souvent hérissée et j’ai trop vu dans ces lycéens, ces adultes aussi (Léa en tête) des personnes très contentes d’elles, dormant sur leurs deux oreilles quoi qu’il arrive, sans se remettre en cause et surtout, sans tenir compte de l’avis d’autrui pour accepter qu’on remettre en doute mon ressenti sincère.

22 réflexions sur “Tous debout d’Agnès Marot et Cindy Van Wilder

  1. Alors je l’ai fini, il n’y a même pas une heure. Ce n’est pas un coup de foudre et ce n’est pas détestable. A vrai dire je ne sais pas quoi en penser. Il y a du trop et il y a du pas assez. Je me laisse quelques jours avant d’écrire mon avis.

    • Fait à chaud, tant j’étais irritée, presque au sens physique du terme, par cette lecture.
      J’aurai attendu, je crois que mon avis aurait été plus négatif encore. Peut-être parce que je suis petite-fille d’immigrés, et qu’aujourd’hui encore certains prétendent m’apprendre pourquoi mes grands-parents ne sont pas rentrés dans leur pays, et ce que j’ai le droit de faire (ou pas) par rapport à une « vraie » française.

      • Si on analysait l’ADN de certains, on leur trouverait sans doute des origines bien plus diverses que françaises ou belges… Je déteste lorsqu’on me parle de « vrais belges » ou autre nationalité, je ne me sens pas plus « belge » qu’un autre, ou moins… oui, je suis belge, mais je ne connais même pas les paroles de la Brabançonne, alors, pourquoi demanderai-je à d’autres de la connaître ?

        Les gens sont bêtes avec leur « vrai » ou leur « faut s’adapter », s’intégrer… En tout cas, je ne lirai pas ce livre, pas à cause de ta chronique ou de ce que tu en dis, mais parce que je manque de temps, trop à lire,… et pour les autres, faut leur répondre « blablabla »… 🙂

        • Je te rassure : certaines personnes sont sûres d’être à 100 % françaises, sans aucune autre influence, et c’est moi qui suis présomptueuse de croire qu’il n’existe pas de français « pure souche ».
          J’ai dû diriger une chorale de 250 élèves en train de chanter la Marseillaise. Je cherche encore, cinq ans plus tard; l’identité du prof qui a dit à la direction que j’en étais capable (je suis prof de français, pas d’éducation musicale).
          Oui, ils ont bêtes !
          Je te comprends : il est d’autres livres plus « urgents » à lire.

          • Vu tous les conquérants qui sont passés dans nos pays, ça a dû se mélanger dans les lits et dans les gênes !

            Déjà que les frontières ont bougées et qu’il fut un temps où Tournai, ville belge, fut capitale de France… Alors, pour la pureté de la race, qu’ils se la collent où je pense !

            Mais dis-donc, tu es multi tâche, toi ! Une chorale de 250, c’est autre chose que de diriger la famille qui chante « joyeux anniversaire » 😛

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