Archive | 5 avril 2021

Lettres mortes de Cécile Calland

Présentation de l’éditeur :
Un fleuron de la biotechnologie toulousaine, sur le point de commercialiser du sang artificiel, perd deux membres de son comité de direction, abattus en pleine rue. Le capitaine Firdmann, policier efficace mais peu diplomate est chargé de l’affaire. On lui impose une jeune lieutenant assez curieuse. L’antipathie entre les deux officiers est aussi soudaine que réciproque. Gravitent autour de cet improbable binôme une mystérieuse motarde, quelques chercheurs, et un journaliste italien très – trop ? – bien informé. Alors que l’enquête piétine, un message codé semble annoncer une troisième exécution…
Merci aux éditions Lajouanie et à Babelio pour ce partenariat.
Mon avis :
Ecrire un roman sur des sujets navrants, désolants, déprimants, et réussir le tour de force de donner un ton humoristique au récit est un tour de force trop rare dans la littérature française, qui, trop souvent, se prend (trop) au sérieux. Il est des moments pour être grave, il en est d’autres où l’humour est bienvenu : « Voyez-vous, Firdmann, il y a deux choses qui m’horripilent dans la vie : voir le Stade toulousain se prendre une branlée et être pris pour un imbécile. »
L’auteur de ces propos sont d’un fan de rubgy, mais surtout du supérieur hiérarchique du capitaine Stefan Firdmann, qui aimerait bien, lui, qu’il prenne l’enquête un peu plus au sérieux et la résolve très vite, tout en prenant soin de sa lieutenant stagiaire (nièce du maire, fait très important, pour la police et pour l’enquête).
Mais revenons à l’enquête. Deux membres du comité de direction d’une entreprise de biotechnologie ont été assassinés, froidement. Une seule balle a suffi. il est des tueurs qui font du bon boulot (un peu d’humour noir ne fait de mal à personne. D’ailleurs, personne ne les appréciait réellement de leur vivant, ils étaient des « tueurs », chacun dans leur domaine de référence, domaine dans lequel les acronymes et surtout les anglicismes fleurissent, histoire de rendre encore un peu plus opaque ce qui se passe dans cette entreprise dont la santé financière est au beau fixe. Enfin, à condition que quelqu’un ait désormais envie de travailler pour elle : personne n’a envie de se faire trucider pour un poste !
Leur dernier projet ? La création et la commercialisation d’un sang artificiel, qui leur permettre d’assurer un progrès certain en médecine et de s’en mettre le plus possible dans les poches. Il est des chercheurs qui travaillent encore pour découvrir et faire faire des progrès à la médecine. Il est des commerçants qui regardent profit et stratégie managériale. Et il y a un binôme d’enquêteurs qui tâchent de découvrir le coupable (un peu plus d’une centaine de suspects si l’on prend tous les salariés de l’entrepris, beaucoup plus si l’on prend ceux qui ont été remerciés) et d’empêcher si possible un nouveau crime.
Sur leur route, Firdmann, le policier qui se préoccupe le moins de son apparence physique (voir l’état de ses chaussures) et qui ne cherche à plaire à personne, pas même à son chef ou au maire, croisera une jeune femme à moto, une jeune italienne, qui est venue en France pour mettre fin à des années de rancoeur, de silence. J’en connais, dans la « vraie vie », des jeunes filles devenues des femmes qui ont réagi comme elle, et qui ont « tenu » aussi longtemps qu’elle, voire plus. Bien malgré elle, elle se retrouve mêlée à l’enquête et emmènera Firdmann loin de son « port d’attache » – mais toujours dans le cadre de l’enquête.
Je ne l’ai pas précisé, mais Selena est journaliste, et Firdmann n’aime guère les journalistes – elle est chroniqueuse littéraire, donc pas à la recherche d’un scoop. Ce n’est pas le cas d’Angelo, l’hidalgo (et tant pis si le terme est espagnol) qui souhaite la reconquérir. Le scoop, c’est la vie, c’est sa vie, et Firdmann n’aime pas du tout cela.
Firdmann m’a fait penser à d’autres policiers célèbres qui n’aiment guère avoir des stagiaires. Obnubilé par l’enquête, un peu parano sur les bords, misogyne aussi parfois, il est cependant suffisamment lucide pour se rendre compte de ses propres défauts – il lui faut simplement un peu de temps.
J’ai apprécié la lecture de ce livre, le deuxième roman de l’autrice. J’espère sincèrement qu’elle en publiera d’autres.