Archive | 2 avril 2021

Moi, Tamara Karsavina par Lyane Guillaume

Présentation de l’éditeur :

Admirée pour son talent, sa beauté et sa lumineuse personnalité, Tamara Karsavina fut l’une des plus célèbres danseuses de son temps. Née à Saint-Pétersbourg en 1885, formée à l’Ecole impériale de danse, elle s’illustra sur la scène du théâtre Mariinski, puis dans le Paris de la Belle époque comme vedette des Ballets russes de Diaghilev avant de fuir la révolution bolchevique en 1918. En France et à l’étranger, elle interpréta aux côtés de Nijinski le répertoire classique (La Bayadère, La Belle au bois dormant…) et surtout des chorégraphies novatrices et audacieuses (L’Oiseau de feu, Shéhérazade…) qui bouleversèrent les codes esthétiques en vigueur et provoquèrent parfois le scandale (Parade). Rivale de la Pavlova, muse de nombreux artistes, adulée par des princes mais hantée par des drames personnels (exil, déboires conjugaux, mort au goulag de son frère, le philosophe Lev Karsavine), Tamara côtoya les personnalités les plus en vue: Stravinski, Coco Chanel, Picasso, Noureïev, l’économiste Keynes… Elle vécut à Tanger, Sofia, Budapest, avant de s’établir à Londres où elle contribua à la création de l’Académie royale de Danse. Décédée à l’âge de 93 ans, Tamara Karsavina laisse des témoignages écrits ou oraux qui attestent de sa culture, de sa finesse d’analyse et d’une profonde lucidité sur elle-même et sur son époque.

Mon avis :

Je lis peu de biographies, mais j’avais vraiment très envie de découvrir cette biographie en forme de romans qui rend hommage à l’une des plus grandes ballerines du début du XXe siècle : Tamara Karsavina. Bien sûr, il faut aimé la danse, les ballets, et avoir une culture balletomane pour ne pas être perdu(e) à la lecture de ce livre. Oui, il est bon de connaître Diaghilev, Nijinsky (dont j’ai déjà lu le Journal) et les ballets Russes, la révolution qu’ils ont apporté à la danse pour pleinement apprécier ce livre. Connaître un peu, le livre vous en dira beaucoup.
J’ai apprécié la construction de ce livre, qui parle de danse, bien sûr, mais aussi d’histoire : Tamara Karsavina a vécu la révolution russe, l’exil, l’impossibilité de revenir dans son pays, sans oublier le destin tragique de son frère, qui voulait croire, malgré tout, en un avenir meilleur. Vous apprendrez beaucoup, sans que jamais le livre ne se retrouve didactique ou ennuyeux.
Quand elle prend la parole, Tamara est âgée (plus de 80 ans), veuve, grand-mère heureuse. Elle se replonge dans son passé, elle qui a déjà publié une autobiographie – mais peut-on tout dire dans une autobiographie ? Et avait-elle envie de tout dire, notamment à son fils ? Non, forcément, non.
Ce livre nous parle d’un temps où la culture était essentielle, où l’on tentait de la préserver. Elle nous parle aussi de la difficile transmission des chorégraphies, de l’avancée qu’a constitué la vidéo. Elle parle aussi de tous les danseurs qu’elle a côtoyés, dont les noms sont, pour certains, tombés dans l’oubli, même pour les balletomanes. Je ne parle pas d’Anna Pavolva (même si certains ne pensent à elle que pour le dessert qui porte son nom), je pense à Olga Spessivtseva, qui passa vingt ans en asile psychiatrique, trop imprégnée de son rôle de Giselle, dit-on. Les danseurs et les chorégraphes contemporains ne sont pas oubliés, comme Margot Fonteyn (à quand une biographie de cette grande dame de la danse) et Maurice Béjart.