L’enfant de la prochaine aurore de Louise Erdrich

Merci aux éditions Albin Michel pour leur confiance.

Présentation de l’éditeur :

Dans le sillage d’une apocalypse écologique qui menace l’équilibre de la vie sur terre, l’évolution des espèces s’est brusquement arrêtée. C’est dans ce contexte instable et inquiétant, alors qu’un gouvernement totalitaire a pris les rênes des États-Unis et impose aux femmes enceintes de se signaler auprès d’un centre dédié, que Cedar Hawk Songmaker, 26 ans, apprend qu’elle attend un bébé. Cette jeune Indienne, adoptée à la naissance par un couple de Blancs progressistes, décide alors d’aller rencontrer pour la première fois sa famille biologique, installée sur une réserve dans le nord du Minnesota, et comprend que les membres de l’« Église de la Nouvelle Constitution » désormais au pouvoir portent un intérêt tout particulier à l’enfant qu’elle porte.
Face à la désintégration de ce qui constituait le quotidien ordinaire des Américains, et déterminée à protéger coûte que coûte son bébé, elle se lance dans une fuite à travers le pays, sans savoir s’il existe encore un lieu sûr où se réfugier.

Mon avis :

Je ne vous cacherai pas que j’ai eu du mal à entrer dans cette lecture, il m’a fallu une bonne centaine de pages pour y parvenir, tout simplement parce que ce livre n’appartient pas à  un genre littéraire que j’ai l’habitude de lire, ensuite parce que l’autrice elle-même a écrit un livre qui diffère de ceux que j’ai déjà lus d’elle.

Ce que je viens d’écrire appelle déjà à un approfondissement. A quel genre littéraire appartient ce livre ? Spontanément, je dirai la dystopie, genre dont on parle beaucoup pour penser à Hunger games ou Divergente. Nous sommes en effet dans une Amérique pas si éloignée (temporellement) de nous, dans laquelle l’évolution des espèces s’est arrêtée, pour commencer à régresser. Que faire ? Comment réagir ? Aux Etats-Unis, la réponse est simple : surveiller, sévir, parquer les femmes enceintes. Pardon, elles seront « enfermées dans des hôpitaux » et celles qui se présenteront de leur plein gré se verront offrir « les meilleures chambres ». Existe-t-il des personnes assez naïves pour le croire ? Certainement pas Cedar, la narratrice de ce roman.

Elle a 26 ans, et elle tient un journal intime destiné à l’enfant qu’elle attend, dont elle est persuadée qu’il s’agit d’un garçon (le nombre de naissances de garçon diminue pourtant de manière drastique). Elle est indienne, mais elle a été adoptée par un couple d’avocats blancs que je qualifierai de « bobos-vegan » si ces mots ont encore un sens dans la société dans laquelle évolue Cedar : ils sont athées (Cedar s’est convertie au catholicisme), ils font attention à tous les additifs contenus dans la nourriture, ils n’ont pas fait vacciner leur fille, à cause des risques de maladies dues aux additifs contenus dans les vaccins (sic). Des parents aimants, n’allez pas croire le contraire, qui lui ont transmis la lettre donnée par sa mère biologique, sans l’ouvrir – parce que son contenu ne les regardait pas.

Cedar est enceinte, donc, et veut mener sa grossesse « hors norme » le mieux possible – même si cela veut dire s’enfuir à travers le pays pour protéger son enfant. Elle est enceinte, écrit, comme le compagnon de sa mère biologique le fait, thérapie qui maintient en vie et permet d’affronter les bouleversements du monde qui les entoure. Et il lui est difficile d’échapper à ces bouleversements, à cette surveillance moderne (« Mother », qui apparaît sur l’ordinateur) ou « à l’ancienne » – oui, on n’a pas attendu l’informatique, internet, les portables, pour surveiller et dénoncer ses voisin(e)s, surtout quand il s’agit d’un événement aussi difficile à cacher qu’une grossesse. Note : contrôler la fécondité des femmes n’est pas nouveau – hélas.

Cedar a de la chance, malgré tout, de la chance que, comme dans toute période troublée (du moins, je l’espère), une forme de résistance s’organise, de la chance que des personnes qui l’aiment ne l’abandonnent pas. Ces deux phrases sonnent presque mièvres dans un univers où le cauchemar n’est jamais loin, même pour un acte qui devrait être aussi naturellement banal qu’un accouchement. J’ajoute qu’il ne faut pas toujours attendre de solidarité féminine – dommage, ai-je envie de dire. Mais combien de personnes croient vraiment agir pour le bien des autres ?

L’enfant de la prochaine aurore est un livre dans lequel, je le répète, j’ai eu du mal à rentrer, mais qu’après, j’ai eu du mal à lâcher. Une oeuvre véritablement forte et déroutante.

8 réflexions sur “L’enfant de la prochaine aurore de Louise Erdrich

  1. J’hésite depuis sa sortie, je l’emprunterai sans doute, pour me faire ma propre idée. A priori, une dystopie, ça me tente, mais j’en ai déjà lu pas mal, et après, les comparaisons s’imposent toutes seules !

    • Forcément, c’est TOUJOURS pour leur bien. Les pauvres ! Ah, elles ne savent pas ce qu’elles risquent si elles ne sont pas enfermées.
      Non, tu as parfaitement raison !
      Je te comprends, j’ai eu du mal à entrer dedans.

  2. Ce roman est pour moi. Je lis beaucoup plus de dystopies maintenant, elles sont très révélatrices de notre monde actuel et en devenir.

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