Archive | 17 mars 2021

Claudine à l’école de Willy et Colette

édition Le livre de poche – 252 pages.

Présentation de l’éditeur :

« Ces quatre-là et moi, nous formons cette année la pléiade enviée, désormais au-dessus des « grandes », qui aspirons au brevet élémentaire. » Avec Claudine, quinze ans, intelligente, séduisante, très avertie, ses camarades, la flamboyante directrice de l’école et sa jolie adjointe, les deux instituteurs des garçons et quelques autres, nous allons vivre une année scolaire peu banale… Rempli de vie et de sensualité, Claudine à l’école, premier roman de Colette, réunit déjà toutes les qualités qui assureront l’immense succès du grand écrivain.

Mon avis :

Il est toujours drôle, intéressant, comme vous voulez, de lire à l’âge adulte un livre que l’on a lu, relu, et re-relu étant enfant. J’aimais beaucoup lire les romans de Colette quand j’étais jeune, j’en ai tellement lu que j’ai un peu délaissé cette autrice à l’âge adulte parce qu’elle ne correspondait plus à ce que j’aimais le plus. Développement de l’esprit critique ? Peut-être.

Comment suis-je retournée vers Colette ? Par le biais du challenge solidaire sur Babelio. Alors, autant retourner aux sources, et lire le tout premier roman de Colette, soi-disant co-écrit avec Willy, son mari. En lisant la première page, je me suis rendue compte qu’il s’agissait d’un texte donné lors du brevet voici pas si longtemps que cela, texte donné comme autobiographique, texte, je m’en aperçois maintenant, particulièrement ardu pour les adolescents et les lecteurs d’aujourd’hui.

Claudine, c’est un peu le personnage de l’ado surdouée, même si l’adolescence n’existait pas proprement dit à cette époque. Si je me replace dans le contexte, elle et ses amies ont la chance d’être encore scolarisées, de préparer  un diplôme, puis, peut-être après, de devenir institutrice ou « sous-maitresse ».

L’éducation nationale avait-elle déjà des soucis à l’époque ? En tout cas, l’ancienne directrice est remplacée par une femme plus jeune, protégée par un des hommes politiques du coin, qui n’aime rien tant qu’inspecter l’école, surtout la classe des « grandes ». Si l’on écoute les discours d’aujourd’hui (j’ai quelques noms en tête), on expliquera qu’avoir quinze ans à l’époque, ce n’est pas pareil que maintenant. Lapalissade. Eh oui, à l’époque, à quinze ans, on mariait les filles, on ne leur demandait pas leur avis, ou au contraire on attendait pour les marier, parce qu’il n’était pas question de perdre un salaire (voir La place d’Annie Ernaux). Oui, à l’époque aussi, les hommes pouvait avoir des comportements déplacés envers des jeunes filles, mais unir une toute jeune femme avec un quadragénaire ne dérangeait pas tant que cela – voir le propre mariage de Colette.

Ce sont aussi des histoires en filles, entre jeunes filles, entre jeunes femmes et jeunes filles – on dirait que je déroule un catalogue complet. Est-ce que cela choquait, alors que l’homosexualité, tant masculine que féminine, était assez fréquente dans les milieux littéraires français ? Pas tant que cela. Pas suffisamment pour être censuré, suffisamment pour émoustiller. Il est bon de voir des amours véritables. Même si elles n’ont pas forcément de fin heureuse.

Premier tome des Claudine, premier roman aussi, dans cette Bourgogne loin de Paris, cette Bourgogne où l’héroïne est élevée par un père seul, fille unique et heureuse. Je regrette presque, pour me souvenir de la suite, de ne pas avoir retrouvé après l’ensemble des personnages présents dans ce tome, ou du moins les plus marquantes, comme Anaïs et Marie. Enfants, elles ont grandi ensemble, adultes, elles ont pris des voies différentes.